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Alfa Romeo 8C 2900

La 8C 2900 est la dernière Alfa Romeo dérivée d’une monoplace de Grand Prix. Conçue par Vittorio Jano sur le châssis de la Tipo C, elle gagne quatre Mille Miglia, en 1936, 1937, 1938 et 1947. Sa moyenne de 135,37 km/h, établie le 3 avril 1938 par Clemente Biondetti, reste le record de l’épreuve jusqu’en 1953.


Fiche Voiture : La famille Alfa Roméo 8C 2900

Courses sur route et endurance, 1935-1947

L’Alfa Romeo 8C 2900 est la famille de voitures à huit cylindres en ligne suralimenté par deux compresseurs, dessinée par Vittorio Jano sur un châssis de Grand Prix, qui donne à la marque milanaise quatre victoires à la Mille Miglia entre 1936 et 1947.

Le point de départ tient à un renoncement. En 1935, les moyens de Mercedes-Benz et d’Auto Union ont mis les monoplaces d’Alfa Romeo hors de portée du titre, et la marque redirige son effort vers les courses sur route, où elle reste chez elle. Jano prend le huit cylindres de la Tipo B P3 et le pose sur le châssis de la Tipo C, celui de la 8C 35 de Grand Prix, avec ses quatre roues indépendantes, sa boîte accolée au pont arrière et ses freins hydrauliques. La voiture est présentée aux salons de Londres et de Paris en 1935, puis engagée à la Mille Miglia le 5 avril 1936.

086 - ALFA ROMEO 8C 2900 BOTICELLA - 1936
086 – ALFA ROMEO 8C 2900 BOTICELLA – 1936


Les données techniques de la famille Alfa Roméo 8C 2900

Fiche technique
Alfa Romeo 8C 2900, les quatre versions 1935-1939
Paramètre 8C 2900A 8C 2900B Corto 8C 2900B Lungo 8C 2900B de course
Années 1935-1936 1937-1939 1937-1939 1938
Destination Course, Scuderia Ferrari Route, clientèle Route, clientèle Course, Alfa Corse
Motorisation Huit cylindres en ligne, deux blocs de quatre sur carter commun, alliage léger, double arbre à cames en tête, deux compresseurs Roots, deux carburateurs Weber
Cylindrée 2905 cm3 2905 cm3 2905 cm3 2905 cm3, et 2926 cm3 sur la berlinetta du Mans
Alésage et course 68 x 100 mm 68 x 100 mm 68 x 100 mm 68,25 x 100 mm sur la berlinetta du Mans
Puissance 220 ch à 5300 tr/min 180 ch à 5200 tr/min 180 ch à 5200 tr/min 225 ch, et 220 ch à 5500 tr/min sur la berlinetta du Mans
Taux de compression 6,5:1 5,75:1 5,75:1 Non documenté
Boîte de vitesses Quatre rapports plus marche arrière, non synchronisée, en unité avec le pont arrière
Suspension Indépendante aux quatre roues, bras et ressorts hélicoïdaux à l’avant, demi-arbres oscillants et ressort à lames transversal à l’arrière
Freins Tambours à commande hydraulique aux quatre roues, 17 pouces sur la 8C 2900B
Châssis Longerons et traverses en caisson soudé, dérivés de la Tipo C de Grand Prix
Empattement 2718 mm 2799 mm 3000 mm 3000 mm sur la berlinetta du Mans
Masse Environ 850 kg Non documenté 1000 kg, berlinetta Touring 412036 1250 kg pour la berlinetta du Mans selon le constructeur
Vitesse maximale Non documenté 185 km/h 185 km/h 220 km/h annoncés pour la berlinetta du Mans
Carrosserie Biplace à ailes cycle, dite Botticella Touring, quelques Pinin Farina Berlinetta, spider et roadster Touring Spider Touring pleine largeur, berlinetta Superleggera au Mans
Production 6 ou 10 selon les sources Environ 20 Environ 10 5 châssis préparés début 1938
Concept signature Châssis de monoplace de Grand Prix, suspension indépendante aux quatre roues, boîte en transaxle

Lignes communes : les cellules fusionnées en italique portent les caractéristiques identiques aux quatre versions de 1935 à 1939. L’architecture du moteur et du châssis n’a pas évolué sur toute la durée de production.

Réserves : la cylindrée de 2926 cm3 et l’alésage de 68,25 mm ne concernent que le châssis 412033 engagé aux 24 Heures du Mans 1938, relevés à la fois sur la fiche du constructeur et sur la fiche d’engagement de l’épreuve. La masse et la vitesse maximale de cette voiture sont données par le Museo Storico Alfa Romeo ; d’autres relevés avancent environ 1100 kg et près de 240 km/h. Le nombre de 8C 2900A construites varie de six à dix selon les sources, un écart que le renumérotage des châssis par l’usine contribue à entretenir.

Le tableau se lit d’abord en colonnes. La 8C 2900A est une voiture de course que rien ne destine à la route, avec ses 220 ch et son taux de compression de 6,5:1. La 8C 2900B qui lui succède en 1937 descend à 5,75:1 et à 180 ch, une opération de fiabilisation destinée à une clientèle qui roule sur route ouverte. Les deux empattements, 2799 mm pour la Corto et 3000 mm pour la Lungo, ne changent pas la mécanique mais la destination, châssis court pour les carrosseries sportives, châssis long pour les berlinettas de voyage.

L’architecture, elle, ne bouge pas de 1935 à 1939. Jano avait divisé son huit cylindres en deux blocs de quatre et pris la commande de distribution au milieu du vilebrequin, ce qui réduit de moitié la longueur des arbres à cames et limite leur flexion. Chaque bloc reçoit son compresseur. La boîte accolée au pont arrière recule le centre de gravité d’une voiture lourde de l’avant, solution rare sur une automobile de série en 1937.

La colonne de droite mérite une réserve. Les cinq châssis préparés pour la saison 1938 ne forment pas un ensemble homogène : la voiture de Biondetti reçoit un moteur de Grand Prix de trois litres, et la berlinetta engagée au Mans porte un huit cylindres de 2926 cm3 relevé sur sa fiche d’engagement comme sur la fiche du constructeur. Face aux Delahaye 145 et aux Talbot T150 C engagées dans la même catégorie, l’Alfa Romeo compense un poids supérieur par une puissance et une tenue de route héritées du Grand Prix.

Sources : Museo Storico Alfa Romeo, Revs Institute, Racing Sports Cars, Ultimatecarpage.

L'Alfa Romeo 8C 2900B Berlinetta Speciale Le Mans Touring de 1938 au musée historique.
L’Alfa Romeo 8C 2900B Berlinetta Speciale Le Mans Touring de 1938 au musée historique. By azrhey – https://www.flickr.com/photos/23476813@N00/22087271572/, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=96081956

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Les chiffres clés de la famille Alfa Roméo 8C 2900

4

Victoires à la Mille Miglia, en 1936, 1937, 1938 et 1947

Racing Sports Cars

135,37 km/h

Moyenne de Biondetti en 1938, meilleure de l’épreuve jusqu’en 1953

Racing Sports Cars, Grand Prix History

1

Victoire aux 24 Heures de Spa, en 1936, avec un tour d’avance sur le plateau

Racing Sports Cars

2905 cm3

Cylindrée du huit cylindres, alésage de 68 mm et course de 100 mm

Revs Institute, châssis 412036

220 et 180 ch

Puissance de la 8C 2900A de course en 1935, puis de la 8C 2900B de route en 1937

Conceptcarz, Revs Institute

43 (estimation)

Exemplaires construits toutes versions confondues, décompte de l’historien Simon Moore

Sports Car Digest

Quatre victoires à la Mille Miglia pour une quarantaine de voitures construites : aucune autre Alfa Romeo n’a fait mieux sur l’épreuve. La moyenne de 1938 tient quinze années, guerre comprise, et n’est battue qu’en 1953. Le décompte total reste une estimation, faute de registre d’usine publié.


Les moments marquants de la famille Alfa Roméo 8C 2900

Pilotes et résultats clés – les années Scuderia Ferrari (1936-1937)

Pendant deux saisons, la 8C 2900A ne court presque que sous les couleurs de la Scuderia Ferrari, qui gère alors la compétition pour le compte d’Alfa Romeo. Quatre courses suffisent à installer sa réputation, et l’une d’elles montre déjà que l’endurance de vingt-quatre heures ne lui réussit pas.

5 avril 1936 : la Mille Miglia offre un triplé à la Scuderia Ferrari – trente-deux secondes entre les deux premières

Première

Pour sa première course connue, la 8C 2900A est engagée à trois exemplaires sur les 1606 km de la dixième Coppa Mille Miglia. Elle prend les trois premières places. Antonio Brivio et Carlo Ongaro l’emportent en 13 h 07 min 51 s, à 121,59 km/h de moyenne, devant Giuseppe Farina et Attilio Meazza pour trente-deux secondes, après plus de treize heures de route. Carlo Pintacuda et Stefani complètent le podium à trente-six minutes. Le châssis vainqueur, numéroté 412004, sera reconverti en voiture de route à la fin de la saison et renuméroté 412006 par l’usine, une pratique qui brouille depuis les décomptes de production.

12 juillet 1936 : Sommer et Severi gagnent les 24 Heures de Spa – 202 tours et cent kilomètres d’avance

Record

Trois mois après la Mille Miglia, la Scuderia Ferrari envoie le châssis 412001 en Belgique pour l’épreuve que le programme d’époque nomme Grand Prix de tourisme de Belgique. Raymond Sommer et Francesco Severi bouclent 202 tours, soit 3001,032 km à 125,043 km/h. La Delahaye 135 CS de Mongin et Le Bègue termine deuxième avec une centaine de kilomètres de retard, l’équivalent d’un tour complet du circuit. C’est la seule victoire de la famille 8C 2900 hors de la Mille Miglia, et la seule fois où elle voit l’arrivée d’une course de vingt-quatre heures.

4 avril 1937 : Pintacuda gagne une deuxième Mille Miglia – une moyenne en recul de sept kilomètres-heure

La Scuderia Ferrari aligne de nouveau trois 8C 2900A. Carlo Pintacuda, associé cette fois à Mambelli, l’emporte en 14 h 17 min 32 s sur 1623 km, à 114,72 km/h. Farina et Meazza suivent à dix-sept minutes. Le doublé est net, mais la moyenne recule de près de sept kilomètres-heure par rapport à 1936, et la troisième place échappe à Alfa Romeo au profit de la Delahaye 135 CS de Schell et Carrière. La troisième voiture italienne, le châssis 412005 de Clemente Biondetti et P. Mazzetti, abandonne.

20 juin 1937 : le premier passage au Mans tourne court – onze tours pour le châssis 412001

Raymond Sommer engage à son nom la 8C 2900A qui avait gagné à Spa onze mois plus tôt, immatriculée MI 1482 et peinte en noir. Il la partage avec Giovanni Battista Guidotti, l’essayeur d’Alfa Romeo. La voiture s’arrête au onzième tour, après 148,412 km sur les 13,492 km du circuit de la Sarthe, et la cause n’est pas consignée. Jean-Pierre Wimille et Robert Benoist gagnent sur la Bugatti Type 57 G Tank, 243 tours à 136,997 km/h. L’édition reste surtout dans les mémoires pour deux accidents mortels survenus au huitième tour.

1937 : la voiture de course devient une voiture de client – naissance des Corto et Lungo

Tournant

Alfa Romeo décline la voiture victorieuse en modèle de catalogue sous le nom de 8C 2900B. Le taux de compression descend de 6,5:1 à 5,75:1, la puissance de 220 à 180 ch, dans un but de fiabilité en usage routier. Deux empattements sont proposés, 2799 mm pour la Corto et 3000 mm pour la Lungo, et la quasi-totalité des châssis part chez Touring, à Milan, qui vient de breveter en 1936 son procédé Superleggera. Une année sépare ainsi le triplé de Brescia de la mise en vente d’une automobile de route dont le châssis sort d’une monoplace de Grand Prix.

1937 Alfa Romeo 8C 2900, 8 cylinder, 2905cm3, 200cv, 200kmh Photographed at the Cité de l’Automobile, Musée national de l’automobile, Collection Schlumpf, Mulhouse, France.
1937 Alfa Romeo 8C 2900, 8 cylinder, 2905cm3, 200cv, 200kmh Photographed at the Cité de l’Automobile, Musée national de l’automobile, Collection Schlumpf, Mulhouse, France. By Alf van Beem – Own work, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=36784889

Pilotes et résultats clés – Alfa Corse et l’après-guerre (1938-1947)

En janvier 1938, Alfa Romeo reprend la compétition en interne sous le nom d’Alfa Corse, dirigée par Enzo Ferrari. Cinq châssis de 8C 2900B sont préparés pour la saison. Elle donnera à la marque sa plus belle victoire et son plus cuisant abandon, à onze semaines d’intervalle.

3 avril 1938 : Biondetti gagne la Mille Miglia – une moyenne qui tiendra quinze ans

Record

Alfa Corse engage quatre spiders Touring. Clemente Biondetti et Aldo Stefani mènent le numéro 143, châssis 412031, immatriculé MI 638. Ils bouclent les 1630 km en 11 h 58 min 29 s, à 135,37 km/h de moyenne, chiffre qu’aucune Mille Miglia ne dépassera avant 1953. Leur voiture n’est pas tout à fait comme les autres : sa fiche d’engagement mentionne un moteur de Grand Prix de trois litres, le type 308, et des tambours de frein surdimensionnés. Les sources qui avancent 295 ch pour cette monture précise, contre 225 pour ses trois sœurs, restent trop peu nombreuses pour trancher.

3 avril 1938 : Pintacuda mène puis perd la course à Terni – deux minutes et deux secondes

Carlo Pintacuda et Mambelli, sur le châssis 412030, tiennent la tête de Plaisance à Terni. Un blocage de freins les immobilise pour une réparation d’une quarantaine de minutes, et Biondetti passe devant. Pintacuda revient et termine deuxième en 12 h 00 min 31 s, à deux minutes et deux secondes. Convaincu que son coéquipier n’a pas tenu un accord passé entre eux, il refuse de se rendre à la remise des prix et rentre directement à Florence. Le récit de cette brouille repose sur une seule source, l’écart au classement est en revanche établi.

18 et 19 juin 1938 : la berlinetta du Mans mène puis se vide de son huile

Décisif

Un châssis, le 412033, reçoit chez Touring une berlinetta Superleggera dessinée pour les longues lignes droites de la Sarthe, avec ailes avant intégrées et pavillon fastback. Les Italiens la surnomment « Soffio di Satana ». Engagée au nom de Raymond Sommer, elle est menée par lui et par Biondetti. L’Automobile Club de l’Ouest lui compte quatorze tours d’avance, d’autres relevés en donnent onze au dimanche matin. Sommer signe le meilleur tour en 5 min 13,08 s. À 12 h 45, son pneumatique avant droit éclate dans les Hunaudières à environ 210 km/h et arrache la carrosserie, la suspension et les canalisations d’huile.

19 juin 1938 : l’arrêt d’Arnage – 219 tours, à deux heures de l’arrivée

Réparée aux stands, la berlinetta repart entre les mains de Biondetti. Elle s’immobilise à Arnage sur son 220e tour, 219 bouclés, à environ deux heures du drapeau. Biondetti tente de la pousser sur les quatre kilomètres qui le séparent des stands, sans y arriver. Les archives de Racing Sports Cars enregistrent « accident, perte d’huile » ; les récits plus anciens parlent d’une soupape cassée ou d’une boîte rompue, sans que rien ne les départage. Eugène Chaboud et Jean Trémoulet gagnent sur Delahaye 135 CS. La 8C 2900B avait couvert plus de tours que la Delahaye classée quatrième.

1937-1938 : deux courses de côte et un dernier abandon à Spa

La 8C 2900 court aussi hors des grandes épreuves. Biondetti la mène à la troisième place de la course de côte de Suse Mont-Cenis le 18 juillet 1937, puis à la deuxième de Parme Poggio di Berceto le 29 mai 1938. Trois semaines après Le Mans, le 10 juillet 1938, Alfa Corse réengage le châssis 412031 aux 24 Heures de Spa, cette fois avec un moteur de 2905 cm3 portant le numéro 422025. Sommer et Biondetti abandonnent sur rupture d’arbre de transmission. C’est la dernière apparition en course de la voiture avant la guerre.

22 juin 1947 : une quatrième Mille Miglia, compresseurs déposés

Tournant

Neuf ans après le record de Biondetti, la première Mille Miglia d’après-guerre revient à une 8C 2900B Lungo berlinetta Touring, sous le numéro 230. Emilio Romano et Clemente Biondetti la conduisent en 16 h 16 min 39 s, à 112,238 km/h. Le règlement nouveau interdit la suralimentation : la voiture court sans ses deux compresseurs, avec la puissance qu’il en reste. Tazio Nuvolari termine deuxième sur une Cisitalia 202 SMM, à seize minutes. Une automobile conçue en 1935 gagne ainsi contre une génération entière qui lui succède.

Antonio Brivio + Carlo Ongaro dans l'Alfa Romeo 8C 2900A s/n 412004, lors des Mille Miglia le 3 mai 1936 en Italie qu'ils ont remportées.
Antonio Brivio + Carlo Ongaro dans l’Alfa Romeo 8C 2900A s/n 412004, lors des Mille Miglia le 3 mai 1936 en Italie qu’ils ont remportées. By Unknown photographer – [1], Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=83489883

L’idée reçue sur la famille Alfa Roméo 8C 2900

À ne pas confondre

La 8C 2900 et la 8C 2300 sont deux voitures différentes

Les deux modèles partagent le même huit cylindres d’origine, celui que Jano avait dessiné en 1931 avec 2336 cm3, porté ensuite à 2905 cm3. Ils ne partagent ni le châssis ni l’époque de gloire. La 8C 2300 gagne les 24 Heures du Mans quatre années de suite, de 1931 à 1934. La 8C 2900 arrive après, sur un châssis de Grand Prix, et ne gagne jamais au Mans. La confusion se glisse jusque dans les bases de résultats : la troisième place de la Mille Miglia 1938, souvent portée au crédit d’une 8C 2900, revient en réalité à la 8C 2300A privée de Piero Dusio et Boninsegni. Les 8C 2900B d’Alfa Corse ont signé cette année là un doublé, pas un triplé. Le seul triplé de la famille date de 1936.

La berlinetta du Mans n’était pas engagée par Alfa Corse

La voiture est bien une voiture d’usine : Alfa Corse commande la carrosserie à Touring et prépare le châssis 412033. Sur la feuille d’engagement des 24 Heures du Mans 1938, elle figure pourtant au nom de Raymond Sommer, à titre privé. Les deux affirmations circulent séparément et paraissent se contredire ; elles sont exactes toutes les deux. Une voiture préparée par le constructeur, inscrite sous le nom d’un pilote, était une pratique courante à la fin des années trente. Le même montage vaut pour les 24 Heures du Mans 1937, où Sommer engage à son nom la 8C 2900A qui avait gagné à Spa un an plus tôt sous les couleurs de la Scuderia Ferrari.

Brivio et Ongaro à bord de l'Alfa Romeo 8C 2900 « Botticella » avec laquelle ils ont remporté les Mille Miglia de 1936. La photo a peut-être été prise après la course (ou avant). La course a eu lieu le 5 mai 1936.
Brivio et Ongaro à bord de l’Alfa Romeo 8C 2900 « Botticella » avec laquelle ils ont remporté les Mille Miglia de 1936. La photo a peut-être été prise après la course (ou avant). La course a eu lieu le 5 mai 1936. By Unknown photographer – [1], Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=83490774

Pourquoi ça compte de connaître la famille Alfa Roméo 8C 2900 ?

La 8C 2900 ferme une porte. Elle est la dernière automobile qu’Alfa Romeo construise selon un principe simple, prendre une monoplace de Grand Prix et lui ajouter deux places. Le châssis de la Tipo C, la suspension indépendante aux quatre roues, la boîte accolée au pont : rien de tout cela n’avait été conçu pour un client, et un client pouvait pourtant l’acheter à partir de 1937. Après elle, les voitures de route et les voitures de course d’Alfa Romeo suivront des routes séparées, comme chez tous les constructeurs.

Elle ferme aussi une période interne. Vittorio Jano quitte le Portello en septembre 1937, Wifredo Ricart y entre en octobre, et Gioachino Colombo, que tout le monde voyait à ce poste, reste où il est. Enzo Ferrari partira à son tour, l’arrivée de l’ingénieur espagnol comptant parmi les raisons invoquées. La 8C 2900B qui court en 1938 appartient déjà à une maison que ses concepteurs ont quittée. C’est une voiture d’un règne achevé qui gagne à Brescia et mène au Mans.

Reste ce que la mécanique ne dit pas. Une quarantaine d’exemplaires ont suffi à porter quatre victoires à la Mille Miglia, dont une en 1947 avec les compresseurs déposés, neuf ans après la précédente. Aucun autre modèle de la marque n’en compte autant. Et l’histoire s’est prolongée là où personne ne l’attendait : en 2018 et 2019, une berlinetta Touring de 1937 a remporté coup sur coup Pebble Beach, les Peninsula Classics et Villa d’Este. Une voiture dessinée pour couvrir mille miles de routes italiennes en une journée est devenue, quatre-vingts ans plus tard, l’automobile la plus primée des concours d’élégance.

L'entrée n°32 à Asmara le 25 décembre 1938 est une Alfa Romeo 8C, ressemblant à la Tipo B Mille Miglia, dont il n'y a eu que 5 exemplaires.
L’entrée n°32 à Asmara le 25 décembre 1938 est une Alfa Romeo 8C, ressemblant à la Tipo B Mille Miglia, dont il n’y a eu que 5 exemplaires. By Unknown photographer – [1], Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=97516480

Le palmarès de la famille Alfa Roméo 8C 2900

Palmarès
Alfa Romeo 8C 2900 en course 1936-1947
5
Victoires
4
Mille Miglia gagnées
15
Engagements recensés
11
Places dans les trois premiers
4
Abandons
12
Années couvertes
Date Épreuve Version et châssis Équipage Engageant Résultat
1936 et 1937, les années Scuderia Ferrari
5 avril 1936 Mille Miglia, 1606 km 8C 2900A Antonio Brivio et Carlo Ongaro Scuderia Ferrari 1er, 13 h 07 min 51 s, 121,59 km/h
5 avril 1936 Mille Miglia 8C 2900A Giuseppe Farina et Attilio Meazza Scuderia Ferrari 2e, 13 h 08 min 23 s
5 avril 1936 Mille Miglia 8C 2900A Carlo Pintacuda et Stefani Scuderia Ferrari 3e, 13 h 44 min 17 s
12 juillet 1936 24 Heures de Spa 8C 2900A, châssis 412001 Raymond Sommer et Francesco Severi Scuderia Ferrari 1er, 202 tours, 3001,032 km, 125,043 km/h
4 avril 1937 Mille Miglia, 1623 km 8C 2900A Carlo Pintacuda et Mambelli Scuderia Ferrari 1er, 14 h 17 min 32 s, 114,72 km/h
4 avril 1937 Mille Miglia 8C 2900A Giuseppe Farina et Attilio Meazza Scuderia Ferrari 2e, 14 h 35 min 11 s
4 avril 1937 Mille Miglia 8C 2900A, châssis 412005 Clemente Biondetti et P. Mazzetti Scuderia Ferrari Abandon
20 juin 1937 24 Heures du Mans, n° 4 8C 2900A Spider, châssis 412001 Raymond Sommer et Giovanni Battista Guidotti Raymond Sommer Abandon au 11e tour, 148,412 km
18 juillet 1937 Course de côte de Suse Mont-Cenis 8C 2900 Clemente Biondetti Non documenté 3e
1938, Alfa Corse
3 avril 1938 Mille Miglia, n° 143, 1630 km 8C 2900B Spider MM Touring, châssis 412031 Clemente Biondetti et Aldo Stefani Alfa Corse 1er, 11 h 58 min 29 s, 135,37 km/h
3 avril 1938 Mille Miglia, n° 142 8C 2900B Spider MM Touring, châssis 412030 Carlo Pintacuda et Mambelli Alfa Corse 2e, 12 h 00 min 31 s, à 2 min 02 s
29 mai 1938 Course de côte Parme Poggio di Berceto 8C 2900 Clemente Biondetti Non documenté 2e
18 et 19 juin 1938 24 Heures du Mans, n° 19 8C 2900B Speciale Tipo Le Mans, châssis 412033 Raymond Sommer et Clemente Biondetti Raymond Sommer Abandon au 219e tour, après avoir mené
10 juillet 1938 24 Heures de Spa, n° 2 8C 2900B, châssis 412031 Raymond Sommer et Clemente Biondetti Alfa Corse Abandon, arbre de transmission
1947, le retour d’après-guerre
22 juin 1947 Mille Miglia, n° 230 8C 2900B Lungo Berlinetta Touring Emilio Romano et Clemente Biondetti Non documenté 1er, 16 h 16 min 39 s, 112,238 km/h

Périmètre : ce relevé porte sur les engagements documentés par une source de classement, et ne prétend pas à l’exhaustivité. Alfa Corse a par exemple engagé quatre voitures à la Mille Miglia 1938, dont deux seulement figurent au classement retenu ici. Les courses de côte de 1937 et 1938 ne précisent ni le châssis ni l’engageant.

Lectures utiles : les quatre victoires à la Mille Miglia sont le meilleur total de tous les modèles Alfa Romeo sur l’épreuve. La 8C 2900 n’a jamais vu l’arrivée des 24 Heures du Mans, en deux tentatives. Sa seule course de vingt-quatre heures terminée est celle de Spa en 1936. La moyenne de 135,37 km/h de 1938 n’a été battue à la Mille Miglia qu’en 1953. En 1947, la voiture court sans ses compresseurs, déposés pour se conformer au règlement d’après-guerre.

Les châssis identifiés de la famille Alfa Roméo 8C 2900

Châssis
Alfa Romeo 8C 2900, châssis identifiés série 412
11
Châssis documentés
43
Exemplaires estimés au total
3
En collection publique
2
Châssis renumérotés par l’usine
Châssis Version Élément identifiant Localisation ou statut
8C 2900A, 1935-1936
412001 / SF51 Spider Vainqueur des 24 Heures de Spa 1936, engagé au Mans 1937 sous immatriculation MI 1482, robe noire Non documenté
412002 Botticella Carrosserie retrouvée sur un véhicule à moteur Jaguar, réunie au châssis puis restaurée Collection Simon Moore
412003, renuméroté 412015 Botticella Recarrossé en voiture de route par l’usine en 1937, châssis re-frappé à cette occasion Non documenté
412004, renuméroté 412006 Botticella Vainqueur de la Mille Miglia 1936 avec Brivio et Ongaro, converti en voiture de route fin 1936, recarrossé en Suisse dans les années 1950, restauré par Paul Grist avec l’aide de Simon Moore Garde allemande depuis 2003
412005 Spider Engagé à la Mille Miglia 1937 par Biondetti, abandon, immatriculation MI 57971 Non documenté
412007 Châssis nu Acquis sans moteur ni carrosserie aux États-Unis en 1980 Collection Simon Moore
8C 2900B, 1937-1939
412030 Mille Miglia Voiture de Pintacuda, deuxième de la Mille Miglia 1938 Non documenté
412031 Mille Miglia Spider Touring Vainqueur de la Mille Miglia 1938, moteur de Grand Prix, immatriculation MI 638, réengagé à Spa en juillet 1938 avec le moteur 422025 Simeone Foundation Automotive Museum, Philadelphie
412033 Speciale Tipo Le Mans Exemplaire unique de 1938, moteur 422022 de 2926 cm3, immatriculation 630 MI, robe rouge Museo Storico Alfa Romeo, Arese
412035 Berlinetta Touring Exemplaire de 1938 Non documenté
412036 Berlinetta Touring Exemplaire de 1938, 180 ch, empattement long, 1000 kg Revs Institute, Naples, Floride

Renumérotation : Alfa Romeo re-frappait ses châssis lors des reconstructions. Le 412004 vainqueur en 1936 devient 412006 après conversion en voiture de route, et un châssis 412004 neuf réapparaît en 1937. Le 412003 devient 412015 lors de son recarrossage. Un décompte fondé sur les seuls numéros surestime donc le nombre de voitures physiques, ce qui contribue à l’écart de six à dix 8C 2900A selon les sources.

Réserves : ce relevé recense les châssis identifiés par une source publique, non la totalité de la production. Le total d’environ 43 exemplaires est le décompte de l’historien Simon Moore, auteur du registre de référence, et reste une estimation faute de registre d’usine publié. Toutes les carrosseries Botticella hormis celle du 412006 ont été remplacées ou détruites.


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Sources

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Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au 20e Siècle

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