DELAGE 15 S 8
La Delage 15 S 8 est la monoplace à huit cylindres de 1 488 cm3 suralimenté dessinée par Albert Lory. Elle gagne le premier Grand Prix de Grande-Bretagne à Brooklands le 7 août 1926, puis les quatre grandes épreuves européennes de 1927 avec Robert Benoist, ce qui vaut à Delage le dernier titre mondial des constructeurs de l’AIACR.
Fiche Voiture – DELAGE 15 S 8
Grand Prix, 1926-1927
La Delage 15 S 8 est la monoplace de Grand Prix à huit cylindres en ligne de 1 488 cm3 suralimenté, dessinée par Albert Lory, qui gagne le premier Grand Prix de Grande-Bretagne à Brooklands en 1926 puis offre à Delage le championnat du monde des constructeurs 1927 avec Robert Benoist.
Sa désignation se lit comme un cahier des charges : 15 pour la cylindrée de 1,5 litre qu’impose la formule internationale de 1926 et 1927, S pour la suralimentation, 8 pour le nombre de cylindres. Louis Delâge confie le projet à Albert Lory, trente-deux ans, arrivé de Salmson, et lui laisse les mains libres. Quatre châssis sortent des ateliers de Courbevoie. La voiture qui en résulte compte parmi les mécaniques les plus élaborées de son temps, et parmi les plus coûteuses à construire pour une marque dont les finances ne suivront pas.

Fiche Technique de la Delage 15 S 8
Fiche technique par version
| Version | 15 S 8 de 1926 | 15 S 8 de 1927 |
| Constructeur | Automobiles Delage, Courbevoie | Automobiles Delage, Courbevoie |
| Concepteur | Albert Lory | Albert Lory |
| Discipline | Grand Prix, formule 1 500 cm3 de l’AIACR | Grand Prix, formule 1 500 cm3 de l’AIACR |
| Motorisation | Huit cylindres en ligne, bloc en fonte et culasse venue de fonderie avec lui, carter en aluminium | Huit cylindres en ligne, culasse redessinée, admission et échappement inversés |
| Cylindrée | 1 488 cm3 | 1 488 cm3 |
| Alésage et course | 55,8 x 76 mm | 55,8 x 76 mm |
| Distribution | Deux arbres à cames en tête entraînés par train de pignons, deux soupapes par cylindre | Même architecture, soupapes de plus grand diamètre |
| Suralimentation | Deux compresseurs Roots montés en série, du côté droit du moteur | Un seul compresseur Roots, de plus forte taille, monté à l’avant |
| Alimentation | Deux carburateurs Zenith | Un carburateur Cozette, collecteur d’admission neuf |
| Puissance | De l’ordre de 160 ch, aucune mesure d’usine publiée | De l’ordre de 170 ch à 8 000 tr/min, valeur d’époque non recoupée |
| Vilebrequin | Nickel-chrome, neuf paliers, ensemble mobile monté sur 62 roulements à billes et à rouleaux | |
| Allumage | Un magnéto Bosch, huit bougies | |
| Boîte de vitesses | Cinq rapports, héritée de la Delage V12 de deux litres | |
| Empattement | 2 495 mm | |
| Voies | 1 345 mm à l’avant comme à l’arrière | |
| Masse | 748 kg, pour un minimum réglementaire de 600 kg | Minimum réglementaire porté à 700 kg |
| Implantation | Moteur dans l’axe, échappement sous le plancher du pilote | Moteur et transmission déportés d’environ quatre pouces vers la gauche, siège abaissé, radiateur incliné |
| Concept signature | Suralimentation à deux étages puis à un seul, régime de 8 000 tr/min, friction combattue par 62 roulements | |
| Exemplaires | Quatre châssis d’usine, cinq moteurs. Deux châssis supplémentaires seront assemblés dans les années trente à partir d’éléments d’origine | |
Le tableau se lit en deux colonnes parce que la voiture a été refaite en un hiver. La mécanique de 1926 est un objet d’orfèvrerie : un huit cylindres en deux blocs de quatre, un train de pignons qui commande les deux arbres à cames, et surtout la traque de la friction poussée jusqu’à monter la totalité de l’embiellage sur roulements, 36 à rouleaux et 26 à billes. C’est ce qui autorise les 8 000 tr/min, un régime que les moteurs de Grand Prix contemporains atteignent rarement. La suralimentation à deux étages, deux compresseurs Roots en série, appartient au même parti pris : ne rien s’interdire.
Lory avait pourtant commis une erreur d’implantation. L’échappement sortait du côté droit et passait sous le plancher, exactement là où le pilote posait les pieds. À Lasarte en juillet 1926, puis à Brooklands en août, les Delage arrivent avec des semelles roussies, des pédales brûlantes et, pour deux d’entre elles, la carrosserie en feu. Benoist déclara qu’il ne reprendrait pas le volant sans modification de la conception.
La réponse de l’hiver 1926-1927 tient en une opération : inverser l’admission et l’échappement. Lory redessine la culasse, reporte les gaz de l’autre côté, remplace les deux compresseurs par un seul, plus gros, monté à l’avant, et l’alimente d’un unique carburateur Cozette. Il en profite pour décaler le moteur et l’arbre de transmission d’une dizaine de centimètres vers la gauche, ce qui laisse enfin le pilote s’asseoir bas, et pour incliner le radiateur. La 15 S 8 de 1927 présente alors l’un des maîtres-couples les plus réduits que l’on verra en Grand Prix avant longtemps. Face aux Bugatti 39 A et aux Talbot 700, ses deux rivales directes sur la formule 1 500, elle n’a plus de point faible.
Sources : 8W Forix, Revs Institute, supercars.net, RM Sotheby’s, Motor Sport (août 1926 et août 1927).
| Date | Grande épreuve | Pilote vainqueur |
|---|---|---|
| 7 août 1926 | Grand Prix de Grande-Bretagne, Brooklands | Robert Sénéchal et Louis Wagner |
| 3 juillet 1927 | Grand Prix de l’ACF, Montlhéry | Robert Benoist |
| 31 juillet 1927 | Grand Prix d’Espagne, Lasarte | Robert Benoist |
| 4 septembre 1927 | Grand Prix d’Italie et d’Europe, Monza | Robert Benoist |
| 1er octobre 1927 | Grand Prix de Grande-Bretagne, Brooklands | Robert Benoist |
Chiffres clés de la Delage 15 S 8
1 488 cm3
Cylindrée du huit cylindres en ligne, alésage de 55,8 mm et course de 76 mm
8W Forix, supercars.net
170 ch
Puissance annoncée à 8 000 tr/min pour la version 1927, valeur d’époque sans mesure d’usine publiée
Revs Institute, conceptcarz
62
Roulements à billes et à rouleaux dans l’embiellage, 36 à rouleaux et 26 à billes
8W Forix, Motor Sport
5
Victoires en grande épreuve du championnat du monde, une en 1926 et quatre en 1927
AIACR, classements 1926 et 1927
4
Châssis d’usine construits, pour cinq moteurs
Sports Car Digest, Motor Sport
1927
Dernier championnat du monde des constructeurs attribué par l’AIACR, remporté avec 10 points
Wikipedia, World Manufacturers’ Championship
Quatre voitures construites, cinq victoires en grande épreuve et un titre mondial : le rendement est sans équivalent dans les années vingt. Le barème de l’époque comptait à l’envers, un point au vainqueur et six au non partant, et Delage boucla la saison 1927 à dix points en étant la seule marque à courir les trois épreuves exigées pour être classée.
Moments marquants de la Delage 15 S 8
Pilotes et résultats clés – les débuts brûlants et la refonte (1926-1927)
La 15 S 8 arrive en course avec un an de retard sur la formule qu’elle vise, et elle gagne dès sa deuxième sortie. Entre les deux, ses pilotes rentrent aux stands les pieds brûlés. Cinq épisodes suffisent à raconter comment une voiture mal implantée devient, en un hiver, la meilleure monoplace du monde.
18 juillet 1926 : la 15 S 8 débute à Lasarte – deuxième place et pieds brûlés
PremièreDelage engage ses voitures neuves au Grand Prix d’Europe de Saint-Sébastien, 45 tours du circuit de Lasarte, 799,2 km sous une chaleur écrasante. Louis Wagner signe le meilleur tour en 7 min 54,6 s, ce qui règle la question de la vitesse. Le reste tourne à l’épreuve d’endurance humaine : l’échappement passe sous le plancher, du côté du pilote, et les hommes doivent se relayer pour ne pas y laisser leurs pieds. Edmond Bourlier et Robert Sénéchal terminent deuxièmes derrière la Bugatti 39 A de Jules Goux, vainqueur en 6 h 51 min 52 s. Les commissaires prononcent d’abord des exclusions pour recours à des pilotes de relais non déclarés, avant que la commission d’appel de l’AIACR ne rétablisse le classement, les changements ayant été validés en course.
7 août 1926 : Sénéchal et Wagner gagnent le premier Grand Prix de Grande-Bretagne – plus de quatre tours d’avance
DécisifLe Royal Automobile Club organise à Brooklands la première épreuve britannique du calendrier, 110 tours et environ 462 km. Neuf voitures s’élancent, dont trois Delage, seules à porter deux compresseurs chacune. Benoist mène la course pendant l’essentiel de la distance, puis rentre au 81e tour faire enrouler une feuille d’amiante autour de son conduit d’échappement. Sénéchal s’arrête au 83e, plonge les pieds dans une bassine d’eau froide et cède le volant à Louis Wagner, qui avait lui même abandonné sa propre voiture au 6e tour. L’équipage ainsi recomposé l’emporte en 4 h 00 min 56,6 s, à 71,61 mph, avec plus de quatre tours d’avance sur la Bugatti de Malcolm Campbell. C’est la première victoire de la 15 S 8.
7 août 1926 : la troisième place échoit à un pilote en costume de ville – la voiture arrive en feu
Vers le 90e tour, Benoist rentre aux stands avec des flammes sous le capot et renonce. André Dubonnet prend sa place, tête nue et en tenue de ville, sans avoir parcouru un seul tour de reconnaissance du circuit. Il ramène la n° 2 à la troisième place, en 4 h 13 min 08,4 s, dépassé au 102e tour par Campbell pour la deuxième place. À l’arrivée, les pilotes des Delage doivent être extraits de leurs voitures et soignés pour brûlures aux pieds. Benoist déclare qu’il ne repilotera pas la voiture sans modification de sa conception. La marque tient sa première victoire et connaît, le même jour, l’exacte nature de son défaut.
Hiver 1926-1927 : Albert Lory inverse l’admission et l’échappement – un compresseur au lieu de deux
TournantLory redessine la culasse et fait passer les gaz brûlants du côté opposé au poste de conduite. Les deux compresseurs Roots montés en série cèdent la place à un seul, plus volumineux, installé à l’avant et alimenté par un unique carburateur Cozette. Les soupapes grandissent, le collecteur d’admission est neuf. Le moteur et l’arbre de transmission reculent d’une dizaine de centimètres vers la gauche, ce qui permet d’abaisser le siège, et le radiateur est incliné. La formule 1927 relève au passage la masse minimale de 600 à 700 kg. La voiture qui sort de cet hiver n’a plus rien du guet-apens thermique de 1926 et présente l’un des maîtres-couples les plus faibles de sa génération.
3 juillet 1927 : Montlhéry ouvre la saison par un triplé – trois engagées, trois à l’arrivée
RecordAu Grand Prix de l’Automobile Club de France, 48 tours de l’anneau routier de Montlhéry et 600 km, Delage aligne trois voitures et les ramène toutes les trois. Robert Benoist gagne en 4 h 45 min 41,2 s et signe le meilleur tour en 5 min 41,0 s, devant Edmond Bourlier et André Morel. Bugatti a renoncé à venir, et Albert Divo, alors chez Talbot, casse une soupape. La presse d’époque relève qu’un tel balayage n’avait été vu qu’une fois dans l’épreuve, avec Mercedes en 1914, et que les Delage ont fait mieux en amenant leurs trois voitures au bout. Les grilles se tiraient encore au sort, sans séance qualificative.
Pilotes et résultats clés – la saison sans défaite et la seconde vie britannique (1927-1936)
À partir de juillet 1927, la 15 S 8 ne perd plus une grande épreuve. Delage ferme pourtant son service course quatre mois après le titre, et les voitures partent chez des particuliers. C’est là que commence la partie la moins attendue de leur histoire, celle qui les voit gagner encore dix ans après leur dessin.
Été 1927 : Lasarte puis Monza – deux victoires de Benoist à six semaines d’intervalle
Le 31 juillet, Robert Benoist gagne le Grand Prix d’Espagne sur les 40 tours du circuit de Lasarte, 692,6 km, en 5 h 20 min 45 s, avec le meilleur tour en 7 min 33,2 s. Edmond Bourlier complète le podium à la troisième place, derrière la Bugatti de Caberto Conelli. Le 4 septembre, à Monza, le Grand Prix d’Italie porte aussi le titre de Grand Prix d’Europe : Benoist boucle les 50 tours et 500 km sous la pluie en 3 h 26 min 59,8 s, meilleur tour en 3 min 57,2 s, devant l’OM de Giuseppe Morandi. Le plateau se réduit alors à une poignée de voitures, la formule 1 500 n’attirant plus les constructeurs.
1er octobre 1927 : Brooklands couronne Delage – trois voitures aux trois premières places
DécisifLe deuxième et dernier Grand Prix de Grande-Bretagne disputé à Brooklands se court sur 125 tours d’un tracé de 4,21 km, soit 526,25 km, avec quatorze partants. Benoist l’emporte en 3 h 49 min 14,6 s, Bourlier suit à sept secondes en 3 h 49 min 21,6 s, et Albert Divo, passé de Talbot à Delage, complète le triplé en 3 h 52 min 20,0 s. Louis Chiron sauve l’honneur de Bugatti à plus de vingt-huit minutes. Benoist a gagné les quatre grandes épreuves européennes de la saison, la cinquième manche du championnat étant les 500 miles d’Indianapolis, que Delage ne disputait pas. Le titre mondial des constructeurs revient à la marque de Courbevoie avec dix points.
30 mai 1929 : une 15 S 8 court les 500 miles d’Indianapolis – Louis Chiron septième
Delage a fermé son service course fin 1927 et vendu ses voitures. L’une d’elles traverse l’Atlantique pour l’épreuve la plus riche du calendrier, engagée sous l’appellation Delage Special. Louis Chiron la mène à la septième place, sur un ovale de 2,5 miles où la puissance compte davantage que la finesse d’un châssis de Grand Prix européen. La performance vaut surtout comme démonstration de longévité mécanique : une monoplace conçue pour 600 km de route ferme tient les 500 miles d’Indianapolis deux ans après la fin de sa carrière officielle. Robert Sénéchal ramènera l’une de ces voitures à la sixième place du Grand Prix de l’ACF 1930.
28 mai 1936 : Richard Seaman gagne dans l’île de Man – une voiture de dix ans devant les ERA neuves
RecordEarl Howe avait acheté deux 15 S 8 à partir de l’hiver 1931 et couru avec elles en catégorie voiturette, notamment victorieux à l’Eifelrennen 1933 au Nürburgring. Passé à l’ERA pour 1936, il cède la sienne au jeune Richard Seaman, qui confie la voiture à Giulio Ramponi. L’Italien la refait dans un mews londonien : freins hydrauliques à la place de la commande mécanique, épure de distribution revue, allègement, longerons raidis par des blocs de bois insérés dans les caissons. Peinte en noir, elle remporte le 28 mai la IV RAC International Light Car Race sur le circuit de Douglas, 199,98 miles, devant un plateau qui comptait dix ERA 1 500 cm3 sorties d’usine deux ans plus tôt.
29 août 1936 : les 200 Miles de Donington – 51 secondes prises à l’ERA d’Earl Howe
TournantEn trois week-ends d’affilée, Seaman gagne la Coppa Acerbo Junior à Pescara, le Prix de Berne à Bremgarten, puis les 200 Miles du Junior Car Club à Donington Park. Cette dernière course se règle à 69,28 mph de moyenne et 51 secondes devant l’ERA d’Earl Howe, l’ancien propriétaire de la voiture, avec Pat Fairfield et Cholmondeley-Tapper derrière. Le chroniqueur de Motor Sport souligne que la Delage a couru sans un seul arrêt, sur un plein, préparée dans un petit atelier contre des machines d’usine. Alfred Neubauer suivait la saison de près. Seaman vend la Delage à la fin de l’année et signe chez Mercedes-Benz pour 1937.
L’idée reçue sur la Delage 15 S 8
À ne pas confondre
La 15 S 8 et la 155 B sont deux voitures différentes
Plusieurs notices, dont une page de Graces Guide recopiée depuis une ancienne révision de Wikipedia, désignent la voiture victorieuse de 1926 sous le nom de Delage 155 B. La 155 B est la deux-litres à douze cylindres en V des saisons 1924 et 1925, dessinée avant l’arrivée d’Albert Lory sur le projet. La voiture de 1926 et 1927 est une 1 500 cm3 à huit cylindres en ligne, une mécanique entièrement neuve dont la 155 B ne lui lègue guère que sa boîte à cinq rapports. Le musée détenteur d’un exemplaire d’origine la désigne 15 S 8, graphie retenue ici.
Le titre de 1927 récompense la marque, pas le pilote
Robert Benoist gagne les quatre grandes épreuves européennes de 1927 et se voit parfois présenté comme le premier champion du monde des pilotes. Le championnat que l’AIACR décernait alors était celui des constructeurs, avec un barème inversé et l’obligation de disputer trois manches. Delage est titrée, Benoist ne l’est pas : aucun championnat du monde des pilotes n’existe avant 1950, et le premier titre de champion d’Europe des pilotes ne sera institué qu’en 1931. Une autre erreur circule dans le même mouvement, celle d’un Benoist vainqueur des cinq manches de 1927. La cinquième était les 500 miles d’Indianapolis, gagnés par George Souders sur Duesenberg, épreuve à laquelle Delage n’était pas engagée.
Pourquoi ça compte de connaître la Delage 15 S 8 ?
La 15 S 8 est la dernière voiture à avoir gagné un championnat du monde des constructeurs avant que l’idée même n’en disparaisse. L’AIACR avait lancé ce classement en 1925, l’avait attribué à Alfa Romeo puis à Bugatti, et le confia à Delage en 1927. Il annonça la même année qu’il abandonnait la formule 1 500 pour une formule libre encadrée par la seule masse. Les manches obligatoires ne furent plus réunies : aucun titre ne fut décerné en 1928, en 1929 ni en 1930, et l’AIACR remplaça l’exercice par un championnat d’Europe des pilotes en 1931. Il faudra attendre 1958 pour qu’un titre mondial récompense de nouveau des constructeurs.
La voiture illustre aussi ce que coûtait la course à un constructeur indépendant. Soixante-deux roulements dans un embiellage, un train de pignons pour la distribution, quatre châssis pour cinq moteurs : la 15 S 8 est un exercice d’ingénierie sans plafond de dépense, mené dans une maison de taille moyenne. Louis Delâge referma son service course avec le titre en poche, revint aux voitures de série, et fut écarté de sa propre entreprise en 1935. Il mourut sans fortune en 1947. La leçon n’a pas vieilli, et les années trente la répéteront à d’autres.
Reste la démonstration technique, la plus difficile à contester. Une monoplace dessinée pour la formule de 1926 gagne encore en 1936 devant des voitures conçues dix ans plus tard, entre les mains de Richard Seaman et de Giulio Ramponi, et elle le fait sans un arrêt aux stands à Donington. Ce résultat ouvrit à Seaman la porte de Mercedes-Benz. Il dit surtout que le travail d’Albert Lory portait sur le fond, la friction, le régime et l’implantation des masses, et non sur l’artifice d’une saison. Deux victoires à Brooklands, en 1926 puis en 1927, encadrent une carrière d’usine de dix-huit mois. Trois des quatre voitures existent toujours.
Sources
Sources
- PrimaireMotor Sport, septembre 1926, compte rendu du Grand Prix du RAC, presse d’époque : temps du vainqueur, moyenne de 71,61 mph, relais de Wagner au 83e tour, incendies et brûlures aux pieds.
- PrimaireMotor Sport, août 1927, Grand Prix de l’ACF à Montlhéry, presse d’époque : trois Delage engagées et trois à l’arrivée, boîte à cinq rapports, compresseur Cozette, magnéto Bosch.
- PrimaireMotor Sport, septembre 1936, « Richard Seaman wins again », presse d’époque : 200 Miles de Donington du 29 août 1936, 69,28 mph, 51 secondes sur l’ERA d’Earl Howe, course sans arrêt.
- PrimaireRevs Institute, Naples, Floride, fiche de la Delage Type 15 S 8 de 1927, musée détenteur du châssis n° 1 : refonte de 1927, compresseur unique à l’avant, 170 ch à 8 000 tr/min, empattement de 98,5 pouces.
- PrimaireBrooklands Museum, Weybridge, fiche de sa Delage 15 S 8, musée du circuit et détenteur d’un châssis légué en 2012 : identification de la voiture et rappel des deux Grands Prix de Grande-Bretagne.
- Sec.8W Forix, dossier Delage, cotes de 55,8 x 76 mm pour 1 488 cm3, 62 roulements à billes et à rouleaux, déport du moteur vers la gauche en 1927, carrière voiturette britannique.
- Sec.Sports Car Digest, profil de la Delage 15-S-8 de 1926, quatre châssis pour cinq moteurs, architecture du bloc et du carter, chaîne de propriétaires après 1927.
- Sec.supercars.net, fiche Delage 15 S8, masse de 748 kg, empattement de 2 495 mm, voies de 1 345 mm, carburateurs Zenith en 1926 et Cozette en 1927.
- Sec.Wikipedia, saison de Grand Prix 1927, calendrier des cinq manches, dates, distances et vainqueurs, victoire de George Souders à Indianapolis.
- Sec.Wikipedia, Grand Prix de Grande-Bretagne 1927, classement complet du 1er octobre 1927, quatorze partants, temps de Benoist, Bourlier et Divo.
- Sec.Wikipedia, Grand Prix de Saint-Sébastien 1926, débuts de la 15 S 8 le 18 juillet 1926, deuxième place de Bourlier et Sénéchal, exclusions annulées en appel.
- Sec.Wikipedia, World Manufacturers’ Championship, barème inversé, titres de 1925 à 1927, absence de titre de 1928 à 1930, bascule vers le championnat d’Europe des pilotes en 1931.
- Sec.Wikipedia, circuit de Douglas, IV RAC International Light Car Race du 28 mai 1936, victoire de Richard Seaman sur Delage 15 S 8, distance de 199,98 miles.
- Sec.Retro-Speed, les Delage de Grand Prix à Brooklands, réunion du 5 octobre 2022, legs du châssis n° 2 au Brooklands Museum par Alan Burnard, travail de Ramponi pour Seaman.
- Sec.Motor Sport, janvier 2023, « Delage à trois », sort des quatre châssis, incendie de l’atelier de Rob Walker en 1968, reconstruction par John Chisman, châssis n° 5 et n° 6 assemblés plus tard.
- Sec.8W Forix, dossier Richard Seaman, rachat de la voiture à Earl Howe, préparation par Ramponi, enchaînement des victoires voiturette de 1936 et passage chez Mercedes-Benz.
- LacuneIdentité exacte du châssis piloté par Louis Chiron à Indianapolis en 1929 puis par Richard Seaman en 1936 : présenté comme le n° 4 par Motor Sport, comme un châssis n° 2 frappé n° 4 par RM Sotheby’s en 2021. Le registre d’usine Delage n’est pas accessible. Archives compétentes : fonds Delage, Brooklands Museum, Revs Institute.
- LacunePuissance mesurée au banc par le constructeur : aucune fiche d’usine consultable. Les valeurs de 160 ch pour 1926 et de 170 ch à 8 000 tr/min pour 1927 sont des chiffres de presse d’époque, repris depuis sans recoupement. Archive compétente : fonds Delage, Musée national de la voiture, Compiègne.
- LacuneRattachement des numéros de châssis aux trois voitures engagées à Brooklands le 7 août 1926 : les sources citent des numéros sans les relier aux engagements de la course. Archives compétentes : registre Delage, Royal Automobile Club, Brooklands Museum.
Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au XXe Siècle

