Circuit de Mellaha
Le circuit de Mellaha est un tracé routier de 13,140 km aménagé en 1933 autour d’un lac salé à l’est de Tripoli, en Libye italienne. Réputé le plus rapide du monde, il a accueilli huit éditions du Grand Prix de Tripoli de 1933 à 1940, avant d’être rasé en 1953 par le génie militaire américain.

Fiche Circuit : Mellaha (1933-1940)
Les essentiels
Le circuit de Mellaha, ou Autodromo della Mellaha, est un tracé routier de 13,140 km aménagé en 1933 autour d’un lac salé à l’est de Tripoli, dans la Libye italienne, réputé le plus rapide du monde à son époque et théâtre du Grand Prix de Tripoli jusqu’en 1940.
Le Grand Prix de Tripoli existe depuis 1925, mais il s’était éteint faute de moyens. En 1933, Italo Balbo, gouverneur de la Libye italienne, le relance sur un tracé neuf et l’adosse à une loterie nationale calée sur le résultat de la course. Le mécanisme assure des dotations sans équivalent en Europe et attire l’élite des pilotes. Doté d’une tribune couverte et d’une tour de chronométrage électrique, Mellaha devient une vitrine du prestige colonial italien autant qu’une épreuve sportive, avant que la guerre n’y mette un terme en 1940.
Les informations techniques
| Pays | Libye italienne (colonie) |
| Localisation | Bassin salé de Mellaha, à l’est de Tripoli, entre Tripoli, Suq al Jum’ah et Tajura |
| Longueur | 13,140 km (version 1933-1940) |
| Type de tracé | Route permanente sur terrain de bassin salé, forme grossièrement rectangulaire, courbes rapides en quasi-totalité |
| Nombre de virages | Non documenté avec précision (courbes rapides, changements de direction légèrement relevés) |
| Tutelle sportive | Épreuve régie par l’AIACR et le Reale Automobile Club d’Italie (la FIA naît en 1947) |
| Disciplines | Formule Grand Prix (1933-1938), puis formule voiturette 1,5 litre suralimenté (1939-1940) |
| Années d’activité | 1933 à 1940 à Mellaha (8 éditions ; premier GP de Tripoli dès 1925 sur un autre tracé) |
| Statut actuel | Disparu. Site absorbé par la base de Wheelus, tribune et tracé rasés en 1953, aujourd’hui en bordure de l’aéroport de Mitiga |
Long de 13,140 kilomètres, le tracé adopte une forme grossièrement rectangulaire posée sur le bassin salé de Mellaha, une dépression située juste sous le niveau de la mer. Ses deux longues lignes droites sont prolongées par des courbes négociées à très haute vitesse : la quasi-totalité des virages se franchit pleins gaz, et même les changements de direction les plus marqués sont légèrement relevés pour autoriser des passages rapides. Cette géométrie, sans épingle ni enchaînement lent, explique les moyennes record enregistrées à partir de 1935.
L’infrastructure rivalise avec les meilleurs circuits européens de l’époque. Une tribune couverte de dix mille places, dotée d’un auvent en porte-à-faux contre le soleil libyen et de sièges en acajou, fait face à la ligne de départ. Une tour de chronométrage blanche, haute d’environ cinquante mètres, domine l’ensemble et porte un grand tableau d’affichage des temps qui rappelle ceux des gares. Le circuit compte parmi les premiers à combiner feux de départ et chronométrage photoélectrique, des innovations rares pour la décennie. Le tracé épouse les routes aménagées autour de la base aérienne de Mellaha, établie par l’aviation italienne dès 1923 : le site mêle vocation militaire et vitrine sportive jusqu’à l’interruption de 1940.

Les chiffres clés
À 13,140 km par tour et des courbes négociées pleins gaz, Mellaha autorisait des moyennes supérieures à celles des circuits européens contemporains, ce qui lui valut sa réputation de piste la plus rapide du monde dans la seconde moitié des années 1930. La barre des 230 km/h au tour, atteinte dès 1937, ne sera dépassée sur route fermée que bien après la guerre.
| Année | Vainqueur | Voiture |
|---|---|---|
| 1933 | Achille Varzi | Bugatti Type 51 |
| 1934 | Achille Varzi | Alfa Romeo Tipo B P3 |
| 1935 | Rudolf Caracciola | Mercedes-Benz W25 |
| 1936 | Achille Varzi | Auto Union Type C |
| 1937 | Hermann Lang | Mercedes-Benz W125 |
| 1938 | Hermann Lang | Mercedes-Benz W154 |
| 1939 | Hermann Lang | Mercedes-Benz W165 |
| 1940 | Giuseppe Farina | Alfa Romeo 158 |
Moments marquants
Avant d’être le circuit le plus rapide du monde, Tripoli fut une course de ville sans grand écho. La Mellaha lui donne une autre dimension en 1933, puis l’ouvre presque aussitôt aux machines italiennes les plus en vue de l’époque.

De 1935 à 1939, Mercedes-Benz et Auto Union confisquent l’épreuve voulue par Rome. Les longues courbes pleins gaz du tracé deviennent le terrain idéal des moteurs suralimentés allemands, jusqu’au sursaut italien de 1940 et à l’effacement du site après la guerre.
Idée reçue
La légende d’une course entièrement truquée en 1933 provient surtout du livre d’Alfred Neubauer paru en 1958, alors qu’il n’assistait pas à l’épreuve. Les archives documentent un accord légal entre Varzi, Nuvolari et Borzacchini pour partager la cagnotte de la loterie si l’un d’eux gagnait, et non un classement décidé d’avance. Saisie, la fédération italienne se contenta d’avertir les pilotes, sans sanction. L’arrangement sur les gains est avéré ; la manipulation du résultat reste, elle, contestée par les historiens.
Pourquoi ça compte
Mellaha n’est pas qu’un circuit rapide, c’est un instrument de prestige. En confiant à Italo Balbo le soin d’en faire l’épreuve la mieux dotée d’Europe, le régime fasciste transforme une course coloniale en démonstration de puissance, depuis la tribune en acajou jusqu’à la loterie nationale qui finance les dotations. Le paradoxe veut que cette vitrine italienne devienne, à partir de 1935, le théâtre de la supériorité allemande. Pendant cinq éditions, Mercedes-Benz et Auto Union confisquent la victoire, et les longues courbes pleins gaz du tracé exposent l’écart de moyens entre les Flèches d’argent et les voitures italiennes.
L’épisode de 1939 résume cette mécanique. Rome impose une formule de 1,5 litre pour rendre la victoire à Alfa Romeo et à Maserati ; Mercedes conçoit en quelques mois la W165 et signe un doublé, sur le sol même où le règlement devait l’écarter. Mellaha aura ainsi servi de banc d’essai à la domination technique allemande de l’avant-guerre, sous pavillon italien. Le destin du lieu prolonge cette ironie : la guerre referme l’autodrome, le site passe sous contrôle américain, et en 1953 le génie militaire des États-Unis rase ce qui faisait, quinze ans plus tôt, la fierté de la colonie. Le circuit le plus rapide de son temps a disparu sans laisser de tracé visible, recouvert par une base aérienne devenue l’aéroport de Mitiga.
En lien avec la fiche
- Tazio Nuvolari (1892–1953)
- Chronologie Achille Varzi 1904-1948
- Mercedes-Benz W125
- Scuderia Ferrari (1929-2026) : l’écurie qui refusa de disparaître
Sources
- PRIMAIREMotor Sport Magazine – Base de données du circuit de Mellaha
- PRIMAIREDaimler Global Media – Doublé Mercedes-Benz W165 à Tripoli 1939 (archive constructeur)
- SEC.Wikipedia – Tripoli Grand Prix (palmarès 1925-1940, loterie)
- SEC.Circuits of the Past – Tripoli Circuit, Circuito di Mellaha (tracé, démolition 1953)
- SEC.grandprix.com – Mellaha, Libya (infrastructures, capacité tribune)
- SEC.Motor Sport Magazine – The tangled tale of Tripoli (scandale de la loterie, version Neubauer)
- SEC.Wikipedia – Mercedes-Benz W165 (formule voiturette 1939)
- SEC.Libyan Heritage House – Italian Mellaha, the Racing Days (postérité du site)
- LACUNENombre exact de virages et sens de rotation du tracé non documentés dans les sources consultées : presse d’époque et archives du Reale Automobile Club d’Italie à dépouiller.
- LACUNEAttribution précise du tour le plus rapide de 1937 (pilote et voiture exacts) à confirmer : bases de résultats détaillées et presse d’époque à recouper.
Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au XXe Siècle
