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Monocoque en fibre de carbone

Fiche Technique : La monocoque en fibre de carbone

Formule 1 – 1979-1981
La monocoque en fibre de carbone est une coque porteuse, formée de nappes de fibres drapées puis durcies dans une résine sous pression, qui remplace la tôle d’aluminium rivetée et tient à la fois le rôle de squelette de la voiture et de cellule de survie du pilote.

Portée en course par la McLaren MP4/1 en 1981. Conception : John Barnard, directeur technique de McLaren, assisté de Steve Nichols et Alan Jenkins. Fabrication des premières coques : Hercules Aerospace, à Salt Lake City, dans l’Utah.

Le châssis monocoque en fibre de carbone et Kevlar d'une McLaren MP4/1 de 1981, exposé à l'exposition Formule 1 à Londres.
Le châssis monocoque en fibre de carbone et Kevlar d’une McLaren MP4/1 de 1981, exposé à l’exposition Formule 1 à Londres. By Hullian111 – Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=160376540

Les données techniques de la monocoque en fibre de carbone

Mécanisme physique

Une monocoque carbone se construit par empilement. Des nappes de fibres, chacune orientée dans une direction choisie, sont drapées sur un moule puis noyées dans une résine époxy, que la cuisson sous pression durcit en autoclave. L’orientation croisée des plis décide de la réponse mécanique : des fibres à 45 degrés encaissent la torsion, des fibres alignées sur l’axe de la voiture encaissent la flexion.

La MP4/1 intercale une âme en nid d’abeille d’aluminium entre deux peaux de carbone. Cette âme éloigne la matière de l’axe neutre et augmente la raideur sans ajouter de masse. À la rupture, le comportement change de nature. L’aluminium plie et conserve sa forme déformée. Le stratifié se délamine pli par pli, et chaque décollement consomme de l’énergie : la structure se broie sur une longueur donnée au lieu de transmettre le choc au pilote.

Principe de stratification des composites ; construction de la MP4/1 décrite par McLaren Racing (Heritage) et par la notice technique de la voiture.

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Les chiffres clés de la monocoque en fibre de carbone

5
éléments composites majeurs formant la monocoque de la MP4/1, tous à faces planes
McLaren Racing, Heritage, fiche MP4/1
1 contre 50
pièce d’aluminium majeure conservée sur la MP4/1, la cloison de suspension avant, contre une cinquantaine sur une monocoque conventionnelle de l’époque
McLaren Racing, Heritage, fiche MP4/1
12 avril 1981
première course d’une monocoque carbone intégrale, au Grand Prix d’Argentine
McLaren Racing, Heritage ; Motorsport.com
225 km/h
vitesse d’impact relevée pour l’accident de John Watson à Monza, dont la cellule est ressortie intacte (estimé)
McLaren Racing, Heritage, cite 140 mph ; conversion arrondie
La rigidité torsionnelle de la MP4/1 n’est chiffrée par aucune source consultable. McLaren n’a jamais publié la valeur, et les comparaisons avec l’aluminium circulent sans mesure attachée. La donnée est traitée en lacune, bloc Sources.

Les moments marquants de la monocoque en fibre de carbone

Contextes d’observation documentés – Formule 1 (1981)
Quatre week-ends de la saison 1981 documentent le passage de la monocoque carbone du banc d’essai à la piste.
15 mars 1981 : la Lotus 88 roule aux essais de Long Beach – l’interdiction tombe avant la course Formule 1

La Lotus 88 passe les vérifications techniques et prend part aux essais du vendredi. Le samedi, une majorité d’écuries dépose une protestation contre son double châssis, assimilé à un dispositif aérodynamique mobile. La FISA suit la protestation et écarte la voiture pour le reste du week-end. Lotus qualifie et engage la 81, de conception classique.

Sa coque intérieure associait fibre de carbone et Kevlar. Peter Wright, l’un de ses concepteurs, a fait tisser le Kevlar dans le stratifié pour répondre à la crainte d’un carbone réduit en poudre sous contrainte. La 88 ne prendra jamais le départ d’un Grand Prix.

Lotus 88, notice technique ; Peter Wright, « Technical: Lotus T88 », Grand Prix ; compte rendu du Grand Prix des États-Unis Ouest 1981.
12 avril 1981 : la MP4/1 court en Argentine – premier départ en course d’une monocoque composite Première

Deux MP4/1 sont engagées à l’Autodromo Municipal de Buenos Aires, troisième manche de la saison. John Watson abandonne au 36e tour sur rupture de transmission. Andrea de Cesaris rallie l’arrivée en 11e position, à deux tours du vainqueur. Le résultat sportif reste anecdotique. La coque, elle, a encaissé une distance de Grand Prix.

Compte rendu du Grand Prix d’Argentine 1981 ; McLaren Racing, Heritage, fiche MP4/1.
18 juillet 1981 : Watson gagne à Silverstone – première victoire d’une monocoque composite Tournant

Parti cinquième sur la grille, Watson recule à la huitième place au départ. René Arnoux ralentit au 50e tour, moteur touché. Watson prend la tête au 61e tour et l’emporte sept tours plus tard. McLaren n’avait plus gagné un Grand Prix depuis Fuji, en 1977.

Compte rendu du Grand Prix de Grande-Bretagne 1981 ; McLaren Racing, Heritage, entretien de John Watson.
13 septembre 1981 : Watson détruit sa MP4/1 à Monza – la cellule ressort entière Décisif

À la sortie du second Lesmo, la MP4/1 part en tête-à-queue et frappe le rail en marche arrière. Le moteur et la boîte de vitesses s’arrachent, l’arrière de la voiture traverse la piste. Watson sort du baquet sans blessure. McLaren relève une vitesse d’impact de 140 mph.

Le pronostic d’une coque qui se fendrait comme un œuf circulait dans le paddock depuis la présentation de la voiture. Hercules Aerospace conservera l’épave pour montrer ce qu’une monocoque carbone laisse au pilote après un choc de cette violence.

McLaren Racing, Heritage, fiche MP4/1 ; notice McLaren MP4/1.

L’idée reçue sur la monocoque en fibre de carbone

Idée reçue
La Lotus 88 aurait été la première monocoque carbone de la Formule 1

La Lotus 88 est bien la première voiture à châssis composite présentée à un week-end de Grand Prix : elle roule aux essais libres de Long Beach le 15 mars 1981. Écartée le samedi sur protestation, elle ne prendra jamais le départ d’une course. La MP4/1 est la première à courir une monocoque composite, en Argentine le 12 avril 1981. La primauté se partage donc selon le critère retenu : première apparition à Lotus, première course à McLaren.

Les deux constructions diffèrent aussi par la matière. La coque intérieure de la 88 associe fibre de carbone et Kevlar. La monocoque de la MP4/1 est intégralement en carbone, avec une seule pièce d’aluminium majeure conservée.

La MP4/1 serait une voiture de Gordon Murray

La MP4/1 est dessinée par John Barnard, directeur technique de McLaren, et ses premières coques sont fabriquées par Hercules Aerospace à Salt Lake City. En 1981, Gordon Murray est chef concepteur chez Brabham, poste qu’il occupe de fin 1972 à 1986. Il y signe la BT49, avec laquelle Nelson Piquet remporte le titre 1981.

Murray rejoindra McLaren comme directeur technique en 1987, en reprenant le poste laissé par Barnard. La MP4/1 lui est antérieure de six ans et ne lui doit rien.


La monocoque en fibre de carbone, pourquoi ça compte ?

Le carbone arrive en Formule 1 par l’aéronautique. Barnard va chercher chez Hercules Aerospace, à Salt Lake City, une compétence de drapage et un autoclave que McLaren ne possédait pas en 1981. Les premiers éléments de coque traversent l’Atlantique avant d’être assemblés à l’usine. Construire une voiture de course devient une affaire de matériaux et de cuisson, avec les fournisseurs et les délais qui vont avec.

La sécurité change de logique. Protéger un pilote consistait jusque-là à ajouter des éléments autour de lui, matelassage et arceau. La monocoque carbone loge la protection dans la pièce qui porte déjà la voiture : celle qui tient les suspensions est celle qui garde le pilote. La réglementation de sécurité structurelle qui suivra, tests de choc frontal compris, s’écrira sur ce postulat.

Le plateau met trois saisons à suivre. Ferrari passe à une monocoque intégralement composite avec la 126C4, en 1984. La même année, la Williams FW09 fait figure d’exception parmi les voitures de pointe, avec son châssis en aluminium. Williams bascule à son tour avec la FW10, en 1985.


Articles liés — La monocoque en fibre de carbone (1979-1981)

Sources

Sources
Primaire McLaren Racing, Heritage, fiche MP4/1 (conception Barnard, rôle d’Hercules Aerospace, cinq éléments composites, cloison d’aluminium, accident de Monza à 140 mph) : mclaren.com/racing/heritage/formula-1/cars/1981-formula-1-mclaren-mp4-1
Primaire McLaren Racing, Heritage, entretien de John Watson sur le Grand Prix de Grande-Bretagne 1981 : mclaren.com/racing/heritage/formula-1/john-watson-interview-1981-british-gp
Primaire Peter Wright, concepteur de la Lotus 88, « Technical: Lotus T88 », Grand Prix (construction carbone et Kevlar, double châssis) : grandprix.com/features/peter-wright/technical-lotus-t88.html
Primaire Classic Team Lotus, le châssis composite carbone en tête des révolutions techniques de la Formule 1 : classicteamlotus.co.uk, the carbon fibre composite chassis
Sec. McLaren MP4/1, notice technique (monocoque intégralement carbone, adoption par Ferrari en 1984 et Williams en 1985) : en.wikipedia.org/wiki/McLaren_MP4/1
Sec. Lotus 88, notice technique (interdiction, voiture n’ayant jamais couru) : en.wikipedia.org/wiki/Lotus_88
Sec. Grand Prix des États-Unis Ouest 1981, Long Beach, 15 mars (vérifications passées, protestation du samedi, exclusion de la 88) : en.wikipedia.org/wiki/1981_United_States_Grand_Prix_West
Sec. Grand Prix d’Argentine 1981, Buenos Aires, 12 avril (abandon de Watson au 36e tour, 11e place de de Cesaris) : en.wikipedia.org/wiki/1981_Argentine_Grand_Prix
Sec. Grand Prix de Grande-Bretagne 1981, Silverstone, 18 juillet (déroulé de la victoire, première pour une monocoque composite) : en.wikipedia.org/wiki/1981_British_Grand_Prix
Sec. Gordon Murray, notice biographique (chef concepteur Brabham de fin 1972 à 1986, McLaren à partir de 1987) : en.wikipedia.org/wiki/Gordon_Murray
Sec. Motor Sport Magazine, John Watson revient sur sa victoire de 1981 : motorsportmagazine.com, John Watson on his landmark 1981 British GP win
Lacune Rigidité torsionnelle de la monocoque de la MP4/1 : aucune valeur publiée. McLaren n’a jamais communiqué le chiffre, et les comparaisons avec l’aluminium riveté circulent sans mesure attachée. Archives compétentes : le fonds technique de McLaren Racing, à Woking, et les archives d’Hercules Aerospace, à Salt Lake City, qui conserve l’épave de Monza. Aucune valeur n’est avancée ici.

Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au XXe Siècle

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