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John Watson

Le 15 août 1976, John Watson remporte le Grand Prix d’Autriche sur la Penske PC4, un an après la mort de Mark Donohue sur le même circuit. C’est la seule victoire de Team Penske en championnat du monde de Formule 1, et la dernière d’un constructeur sous licence américaine. Roger Penske annonce son retrait de la discipline à la fin de la saison.


Fiche approfondie Pilote – John Watson (1963-1990)

Formule 1 et endurance – 1963-1990

Premier pilote nord-irlandais vainqueur en championnat du monde, John Watson a gagné cinq Grands Prix entre 1976 et 1983, à commencer par celui d’Autriche 1976 qui reste l’unique victoire de Team Penske en Formule 1, remportée sur le circuit où Mark Donohue s’était tué un an plus tôt.

Né le 4 mai 1946 à Belfast, fils d’un garagiste et concessionnaire local, Watson court dès 1963 en Irlande, d’abord sur une Crossle de Formule Ford achetée d’occasion, puis en Formule Libre irlandaise et écossaise. Il passe à la Formule 2 en 1969, y dispute vingt-trois courses en six ans, et arrive en Formule 1 en 1973 par la petite porte, sur une Brabham privée de Goldie Hexagon Racing. Sa carrière tient dans deux structures : celle de Roger Penske, qui lui offre son premier volant d’usine au lendemain de la mort de son pilote fondateur, et celle de McLaren, où il traverse la reprise de l’écurie par Ron Dennis et l’arrivée de la fibre de carbone.

Grand Prix des Pays-Bas à Zandvoort ; dirige les pilotes, John Watson.
Grand Prix des Pays-Bas à Zandvoort ; dirige les pilotes, John Watson. By Hans van Dijk for Anefo/ neg. stroken, 1945-1989, 2.24.01.05, item number 932-2368 – http://proxy.handle.net/10648/ad1abf02-d0b4-102d-bcf8-003048976d84, CC BY-SA 3.0 nl, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=23246278

La fiche technique de John Watson

Fiche du pilote
Nom completJohn Marshall Watson, MBE
Nationalitébritannique, d’Irlande du Nord
Né le4 mai 1946 à Belfast (Irlande du Nord)
Disciplines principalesFormule 1, Formule 2, endurance et championnat du monde des voitures de sport
Années d’activité1963-1990, dont onze saisons de Formule 1 entre 1973 et 1983, plus une course en 1985
Écuries principalesGoldie Hexagon Racing (1973-1974), Surtees et Lotus (1975), Penske (1975-1976), Brabham (1977-1978), McLaren (1979-1983 et 1985), Group 44 et TWR Silk Cut Jaguar (1984-1988), Richard Lloyd Racing (1990)
Voitures de référencela Brabham BT30 de Formule 2, la Penske PC4, la Brabham BT46 Alfa Romeo, la McLaren MP4/1 puis la MP4B et la MP4/1C, la Porsche 956, la Jaguar XJR-8
Palmarès en Formule 15 victoires, 2 poles, 20 podiums, 5 meilleurs tours, 169 points en 152 départs ; 3e du championnat 1982
Victoires en Grand PrixAutriche 1976 (Penske PC4) ; Grande-Bretagne 1981 (McLaren MP4/1) ; Belgique et Detroit 1982 (McLaren MP4B) ; États-Unis Ouest 1983 (McLaren MP4/1C)
Palmarès en endurance1 000 km du Fuji 1984 avec Stefan Bellof (Porsche 956) ; 2e du championnat du monde des voitures de sport 1987 avec Jan Lammers, trois victoires sur Jaguar XJR-8
Coéquipiers notablesNiki Lauda (Brabham 1978, McLaren 1982-1983), Alain Prost (McLaren 1980), Andrea de Cesaris (1981), Jan Lammers (Jaguar 1987), Stefan Bellof (Porsche 1984)
DistinctionsHawthorn Memorial Trophy 1978, 1982 et 1983 ; membre de l’ordre de l’Empire britannique
Statut actuelretiré de la compétition depuis fin 1990, consultant et commentateur de télévision jusqu’en 2025

Watson appartient à la catégorie des pilotes que leurs pairs jugent plus rapides que leur palmarès ne l’indique. Jackie Stewart l’a qualifié de trop gentil, jugement qui a longtemps servi de résumé commode à une carrière passée à attendre du matériel compétitif. Les faits donnent une lecture plus nette : sur ses cinq victoires, deux ont été obtenues depuis la neuvième ligne et au-delà, dont une depuis la vingt-deuxième place, position dont aucun autre pilote n’a jamais gagné. Sa spécialité tenait à la course longue, à la gestion des gommes et à un art du dépassement qui restait applicable dans une Formule 1 à effet de sol où doubler devenait rare.

Sa trajectoire porte deux ruptures. La première est physique : l’accident de Rouen-les-Essarts en 1970, sur sa Brabham BT30 de Formule 2, lui coûte le bras gauche, une jambe et une cheville fracturés après le dégonflement d’un pneu arrière dans la dernière courbe rapide. Il revient l’année suivante en pilote privé sur la même voiture vieillissante. La seconde est contractuelle : à l’automne 1983, Ron Dennis récupère Alain Prost, libre et à prix réduit, et Watson perd son volant McLaren sans avoir démérité. Il bascule alors vers l’endurance, dispute sept 24 Heures du Mans étalées de 1973 à 1990, et achève sa carrière de pilote sur la onzième place de l’édition 1990, son meilleur résultat dans l’épreuve.

Sources : formula1.com, résultats officiels 1979 à 1983 ; Motor Sport Magazine ; McLaren Racing ; Racing Sports Cars.


La chronologie détaillée de John Watson

John Watson : chronologie 1946-1990
Chronologie
John Watson 1946-1990
Légende
Naissance
Carrière
Changement d’écurie
Victoire majeure
Pivot de rupture
Interruption, revers
4 mai 1946
Naissance à Belfast, chez un concessionnaire automobile
John Marshall Watson naît en Irlande du Nord. Son père Marshall Watson tient un garage de Belfast où le froid lui donnera l’idée de porter la barbe.
1966
Dunboyne Trophy sur Crossle, puis pilote d’usine
Après une deuxième place l’année précédente, il gagne l’épreuve irlandaise sur sa Crossle de Formule Ford et devient pilote d’usine de la marque. Les saisons suivantes se passent en Formule Libre irlandaise et écossaise.
1970
Rouen-les-Essarts, trois fractures en Formule 2
Un pneu arrière de sa Brabham BT30 se dégonfle dans la dernière courbe rapide. La voiture heurte les rails et se déchire presque en deux : bras gauche, jambe et cheville fracturés. Il revient en 1971 sur la même voiture, en pilote privé.
14 juil. 1973
Silverstone, débuts en championnat du monde
Premier Grand Prix sur la Brabham BT37 de Goldie Hexagon Racing, l’écurie d’un concessionnaire londonien. Il court aux États-Unis sur une BT42 en fin de saison et ne marque aucun point cette année-là.
26 mai 1974
Monaco, premier point en Grand Prix
Toujours chez Hexagon, sur Brabham BT42 puis BT44. Six points au total et une quinzième place au championnat, résultat modeste qui le fait remarquer des écuries d’usine.
5 oct. 1975
Watkins Glen, la Penske laissée vacante par Mark Donohue
Donohue est mort le 19 août des suites de son accident au warm-up du Grand Prix d’Autriche. Roger Penske appelle Watson pour la dernière course de l’année : qualifié 12e, neuvième à l’arrivée. Il devient le pilote unique de l’écurie pour 1976.
4 juil. 1976
Grand Prix de France, premier podium
Troisième place, obtenue après le passage de la PC3 à la Penske PC4 dessinée par Geoff Ferris. L’allongement d’empattement et les retouches d’aérodynamique ont rendu la voiture compétitive.
15 août 1976
Österreichring, première victoire et seul succès de Penske
Parti deuxième derrière James Hunt, il reprend la tête au 12e des 54 tours et gagne avec 10,79 s d’avance sur Jacques Laffite. Un an après la mort de Donohue sur le même circuit. Il rase sa barbe de sept ans, pari conclu avec Roger Penske.
fin 1976
Penske quitte la Formule 1
Roger Penske appelle Watson à deux heures du matin pour annoncer son retrait et son recentrage sur l’Indycar. Watson finit 7e du championnat avec 20 points, l’écurie 5e chez les constructeurs avec 18 points.
3 juil. 1977
Dijon, victoire perdue par manque de carburant
Engagé chez Brabham-Alfa Romeo en remplacement de Carlos Reutemann, il mène le Grand Prix de France à partir du 5e tour avant que le moteur ne s’étouffe dans le dernier. Mario Andretti passe et gagne. Sa première pole datait de Monaco, la même saison.
2 juil. 1978
Pole du Grand Prix de France, face à Niki Lauda
Deuxième et dernière pole de sa carrière, sur la Brabham BT46, à la première course disputée après le retrait de la voiture à ventilateur. Bernie Ecclestone lui avait adjoint Lauda, double champion du monde quitté de Ferrari. Watson finit 6e du championnat avec 25 points.
1979
Arrivée chez McLaren et la M28
Il décrira la M28 comme la pire voiture qu’il ait pilotée. Une troisième place en Argentine à l’ouverture, 15 points et une neuvième place au championnat. En 1980, la M29 et l’arrivée d’Alain Prost le renvoient à 6 points et à la onzième place.
18 juil. 1981
Silverstone, première victoire d’une monocoque carbone
Parti cinquième sur la McLaren MP4/1 de John Barnard, il gagne le Grand Prix de Grande-Bretagne avec 40,65 s d’avance sur Carlos Reutemann. Première victoire de McLaren depuis 1977, et première de Watson depuis l’Autriche 1976.
mai-juin 1982
Zolder et Detroit, deux victoires en quatre semaines
Le 9 mai, il gagne le Grand Prix de Belgique parti dixième, deux jours après la mort de Gilles Villeneuve aux qualifications. Le 6 juin, il remporte Detroit parti dix-septième, sur une course arrêtée puis relancée.
25 sept. 1982
Caesars Palace, titre manqué de cinq points
Deuxième de la dernière manche, il termine le championnat à 39 points contre 44 à Keke Rosberg. À égalité avec Didier Pironi, il est classé troisième, le Français comptant une troisième place de plus.
27 mars 1983
Long Beach, vainqueur parti vingt-deuxième
Sur la McLaren MP4/1C qualifiée en 1’30″100, il devance Niki Lauda de près de trente secondes au terme des 75 tours. Aucun autre vainqueur de Grand Prix n’est jamais parti au-delà de la vingtième place. Cinquième et dernière victoire de sa carrière.
fin 1983
Alain Prost prend son volant chez McLaren
Prost se retrouve libre à un tarif que Ron Dennis juge imbattable. Watson perd sa place après une saison à 22 points et une sixième place au championnat. Il bascule vers l’endurance et gagne les 1 000 km du Fuji avec Stefan Bellof le 30 septembre 1984, sur une Porsche 956.
6 oct. 1985
Brands Hatch, dernier Grand Prix
McLaren le rappelle pour une course au Grand Prix d’Europe, en remplacement de Niki Lauda blessé. Il pilote la MP4/2B avec le numéro 1 du champion en titre, part vingt et unième et finit septième.
1987
Jaguar XJR-8, deuxième du championnat du monde des voitures de sport
Associé à Jan Lammers chez TWR Silk Cut Jaguar, il gagne à Jarama le 22 mars, à Monza le 12 avril, puis au Fuji. La XJR-8 remporte huit des dix manches de la saison.
16 juin 1990
Le Mans, dernière course
Onzième sur la Porsche 962C de Richard Lloyd Racing avec Bruno Giacomelli et Allen Berg, meilleur résultat de ses sept participations. Il devient la même année le premier pilote d’essais de Jordan Grand Prix, puis commentateur de télévision.

Les chiffres clés de John Watson

5
victoires en Grand Prix entre août 1976 et mars 1983, en 152 départs pour 154 engagements
formula1.com, relevés de carrière
22e
place sur la grille de Long Beach le 27 mars 1983, la plus reculée dont un Grand Prix ait été gagné, record toujours valable
grille officielle du Grand Prix des États-Unis Ouest 1983
1
seule victoire de Team Penske en championnat du monde de Formule 1, et dernière d’un constructeur sous licence américaine
Team Penske, classements FIA
39
points marqués en 1982, à cinq longueurs de Keke Rosberg, pour son meilleur classement au championnat
formula1.com, classement final 1982
20
podiums, pour deux poles et cinq meilleurs tours en course
relevés de la discipline, 1973-1985
7
participations aux 24 Heures du Mans entre 1973 et 1990, meilleur résultat une onzième place en 1990
Automobile Club de l’Ouest, engagements et classements

Deux de ces cinq victoires ont été gagnées depuis la neuvième ligne ou au-delà, à Detroit en 1982 depuis la dix-septième place et à Long Beach en 1983 depuis la vingt-deuxième. Aucun autre pilote n’a jamais gagné un Grand Prix parti au-delà de la vingtième place, et les deux courses se suivent à moins d’un an d’intervalle.


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Les moments marquants de la carrière de John Watson

Moments marquants – de Belfast à l’Österreichring (1969-1978)

Watson met treize ans à passer des circuits irlandais à la première ligne d’un Grand Prix. La période comprend un accident qui aurait pu arrêter sa carrière, quatre saisons de F1 dans du matériel privé ou dépassé, puis un appel téléphonique de Roger Penske qui change son statut en une seule course.

1969-1970 : la Formule 2 et l’accident de Rouen – deux ans pour tout perdre et tout reprendre Première

Watson découvre l’international en 1969 au Wills Trophy de Thruxton, sur la Lotus 48 d’occasion de Team Ireland, une voiture à ailerons qu’il n’a jamais pilotée. Il termine cinquième de sa finale avant de sortir au trentième tour. L’année suivante, à Rouen-les-Essarts, un pneu arrière se dégonfle dans la dernière courbe rapide prise à plein régime. La Brabham BT30 heurte les rails et se déchire presque en deux. Le bilan tient en trois fractures, bras gauche, jambe et cheville. Il revient en 1971 sur la même voiture désormais vieillissante, en pilote privé, et se classe devant des noms mieux dotés. Cette saison de reconstruction lui vaut ses premiers appuis britanniques.

1973-1974 : Goldie Hexagon Racing – l’entrée en championnat par une écurie de concessionnaire

Sa première apparition en Formule 1 date de 1972, hors championnat, sur la March Cosworth d’une écurie montée par un concessionnaire londonien. Les débuts en championnat du monde suivent au Grand Prix de Grande-Bretagne 1973, sur une Brabham BT37, puis aux États-Unis sur une BT42. Il ne marque rien cette année-là et se blesse à la jambe droite au Race of Champions, accélérateur coincé, en refusant de lever le pied. Hexagon lui confie une saison complète en 1974 avec une Brabham BT42 puis une BT44 : premier point à Monaco, six points au total et une quinzième place au championnat. Le résultat est modeste, la régularité suffit à le faire remarquer des écuries d’usine.

5 octobre 1975 : Watkins Glen – la Penske vacante après la mort de Mark Donohue Tournant

La saison 1975 se passe mal : onze Grands Prix sur la Surtees TS16, une course sur une Lotus, aucun point. Le 19 août, Mark Donohue meurt à Graz des suites de son accident au warm-up du Grand Prix d’Autriche, à l’Österreichring. Roger Penske perd d’un coup son pilote et l’ingénieur de mise au point autour de qui l’écurie s’était bâtie. Pour la dernière course de l’année, à Watkins Glen, il appelle Watson. Qualifié douzième, celui-ci finit neuvième, sans point mais sans faute. Penske en fait son unique pilote pour 1976. La carrière de Watson bascule sur une seule invitation, dans des circonstances qu’aucun des deux hommes n’aurait choisies.

15 août 1976 : le Grand Prix d’Autriche – la seule victoire de Penske, un an après Donohue Décisif

Penske dispute les six premières courses de 1976 avec la PC3, puis engage la PC4 dessinée par Geoff Ferris à partir du Grand Prix de Suède. Après un allongement d’empattement et des retouches d’aérodynamique, la voiture devient compétitive. À l’Österreichring, Watson se qualifie deuxième derrière James Hunt. La piste est sèche, après une pluie légère au warm-up du matin. Les deux hommes partent côte à côte, Watson passe devant au premier virage, puis laisse filer Ronnie Peterson et Jody Scheckter avant de reprendre la tête au douzième tour des cinquante-quatre. Il gagne avec 10,79 s d’avance sur Jacques Laffite, Gunnar Nilsson complétant le podium. Niki Lauda était toujours hospitalisé, Ferrari boycottait l’épreuve.

1977-1978 : Brabham-Alfa Romeo – Dijon perdu au dernier tour, puis deux saisons face à Lauda

Roger Penske appelle Watson à deux heures du matin, à la fin de 1976, pour lui annoncer son retrait de la Formule 1 et son recentrage sur l’Indycar. Bernie Ecclestone l’engage chez Brabham en remplacement de Carlos Reutemann. Watson décroche sa première pole à Monaco en 1977, puis mène le Grand Prix de France à Dijon à partir du cinquième tour avant que le moteur Alfa Romeo, gourmand, ne s’étouffe dans le dernier tour faute de carburant. Mario Andretti passe et gagne, Watson finit deuxième. En 1978, Ecclestone lui adjoint Niki Lauda, double champion du monde fraîchement quitté de Ferrari. Watson signe la pole en France, trois podiums et vingt-cinq points, sixième du championnat.

John Watson, au volant de sa Penske Ford au Grand Prix des États-Unis 1975.
John Watson, au volant de sa Penske Ford au Grand Prix des États-Unis 1975. By Christian Sinclair – https://www.flickr.com/photos/64636480@N02/6364205045/in/album-72157628053160311/, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=72928652
Moments marquants – McLaren, le carbone et les remontées (1979-1990)

Watson signe chez McLaren au moment où l’écurie touche le fond. Il y restera cinq saisons, le temps de voir arriver Ron Dennis, John Barnard et la première monocoque en fibre de carbone, de gagner quatre fois et de disputer un titre jusqu’à la dernière course.

1979-1980 : la McLaren M28 – deux saisons dans une voiture que son pilote juge indéfendable

La M28 de 1979 est une voiture à effet de sol surdimensionnée qui ne fonctionne pas. Watson la décrira comme la pire qu’il ait pilotée. Il sauve une troisième place en Argentine à l’ouverture, deux quatrièmes places à Monaco et à Silverstone, et termine neuvième du championnat avec quinze points. En 1980, la M29 ne redresse rien et l’écurie descend à onze points au classement des constructeurs. Watson finit onzième avec six points, doublé par un débutant, Alain Prost, dont c’est la première saison. Marlboro impose alors la fusion de McLaren avec Project Four, la structure de Ron Dennis. La reprise se fait en septembre 1980.

18 juillet 1981 : le Grand Prix de Grande-Bretagne – première victoire d’une monocoque carbone Record

John Barnard a dessiné pour 1981 la MP4/1, première Formule 1 à monocoque en composite de fibre de carbone, technologie que la concurrence juge alors fragile. À Silverstone, Watson part cinquième. Les deux Renault de René Arnoux, parti en pole, et d’Alain Prost abandonnent sur panne d’allumage. Watson passe en tête et gagne avec 40,65 s d’avance sur Carlos Reutemann, Jacques Laffite terminant troisième à un tour, sur 68 tours et 320,824 km. C’est la première victoire d’un châssis carbone en championnat du monde, la première de McLaren depuis James Hunt au Japon en 1977, et la première de Watson depuis l’Autriche 1976, cinq ans plus tôt.

9 mai et 6 juin 1982 : Zolder et Detroit – deux victoires dans une saison endeuillée Tournant

À Zolder, Gilles Villeneuve se tue aux qualifications du samedi et Ferrari retire ses deux voitures. Watson, dixième sur la grille avec 1’17″144 contre 1’15″701 à Prost, gagne le lendemain devant Keke Rosberg, avec 7,268 s d’avance ; Eddie Cheever hérite du podium après la disqualification de Niki Lauda pour voiture sous le poids réglementaire. Quatre semaines plus tard, à Detroit, Watson part dix-septième. La course est arrêtée au septième tour puis relancée, le résultat étant établi au cumul des deux manches. Il remonte l’essentiel du plateau et devance Cheever de 15,726 s. Ces deux succès le placent en course pour le titre.

25 septembre 1982 : Caesars Palace – le titre manqué de cinq points Décisif

Onze pilotes de sept écuries différentes ont gagné en 1982, sans qu’aucun ne l’emporte plus de deux fois. Watson aborde la dernière manche, sur le parking du Caesars Palace de Las Vegas, avec une chance de titre. Il finit deuxième, Keke Rosberg cinquième, ce qui suffit au Finlandais pour être champion avec 44 points. Watson termine à 39 points, à égalité avec Didier Pironi, blessé en Allemagne et absent depuis. Les deux hommes comptent deux victoires et deux deuxièmes places ; Pironi possède deux troisièmes places contre une à Watson et lui passe devant. Troisième du championnat, meilleur classement de sa carrière.

27 mars 1983 : Long Beach – vainqueur parti vingt-deuxième Record

Les deux McLaren manquent leurs qualifications dans les rues de Long Beach : Watson vingt-deuxième en 1’30″100, Lauda vingt-troisième en 1’30″188. Peu avant le départ, Watson choisit la gomme Michelin qui lui avait réussi à Detroit l’année précédente. Sur 75 tours et 245,625 km, les deux McLaren remontent tout le plateau, Watson gagne avec près de trente secondes d’avance sur son coéquipier, René Arnoux complétant le podium sur Ferrari. Aucun autre vainqueur de Grand Prix n’est jamais parti au-delà de la vingtième place. C’est la cinquième et dernière victoire de Watson, et la dernière d’un pilote nord-irlandais avant Eddie Irvine en Australie en 1999.

1984-1990 : Prost, Brands Hatch et les Jaguar de groupe C – l’après-Formule 1

À l’automne 1983, Alain Prost se retrouve libre à un tarif que Ron Dennis juge imbattable. Watson perd son volant sans avoir démérité, sixième du championnat avec vingt-deux points. Il gagne les 1 000 km du Fuji le 30 septembre 1984 avec Stefan Bellof sur une Porsche 956, puis dispute Le Mans sur la Jaguar XJR-5 de Group 44. Le 6 octobre 1985, McLaren le rappelle pour une course, au Grand Prix d’Europe de Brands Hatch, en remplacement de Lauda blessé : parti vingt et unième avec le numéro 1 du champion en titre, il finit septième. En 1987, associé à Jan Lammers sur la Jaguar XJR-8 de TWR, il gagne à Jarama en mars puis à Monza en avril, ajoute le Fuji, et termine deuxième du championnat du monde des voitures de sport. Sa dernière course est la onzième place du Mans 1990.

John Watson au Grand Prix de Grande-Bretagne 1982
John Watson au Grand Prix de Grande-Bretagne 1982 By Martin Lee – https://www.flickr.com/photos/kartingnord/5764626820/in/album-72157626850422268/, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=66929736

L’idée reçue sur John Watson

Idée reçue
Une victoire américaine avec une voiture américaine

Le Grand Prix d’Autriche 1976 reste la dernière victoire d’un constructeur sous licence américaine en championnat du monde, mais la Penske PC4 n’a presque rien d’américain sur le plan technique. Elle a été dessinée par l’ingénieur britannique Geoff Ferris, construite à trois exemplaires par l’antenne anglaise de l’écurie, et propulsée par le moteur Ford Cosworth DFV, un V8 de 3,0 litres britannique associé à une boîte Hewland DG 400 à cinq rapports, pour 620 kg. Le pilote était nord-irlandais. Américains, il n’y avait que le propriétaire de l’écurie et la licence sous laquelle le constructeur était engagé. Roger Penske a d’ailleurs annoncé son retrait dès la fin de la saison, pour se recentrer sur l’Indycar.

Vingt-deuxième à Long Beach, pas vingt-troisième

Plusieurs récits, y compris des titres de la presse spécialisée britannique, placent Watson en vingt-troisième position sur la grille de Long Beach 1983. La feuille officielle est sans ambiguïté : Watson vingt-deuxième en 1’30″100, Niki Lauda vingt-troisième en 1’30″188. La confusion vient de ce que les deux McLaren occupaient la dernière ligne et que Lauda, deuxième à l’arrivée, a effectué la remontée la plus longue de la course. Le record de la place de départ la plus reculée pour un vainqueur appartient donc bien à la vingt-deuxième position, et il tient toujours.


Pourquoi ça compte de connaître John Watson ?

La carrière de Watson sert de fil conducteur à deux basculements que la Formule 1 a vécus entre 1975 et 1983. Le premier est le départ des Américains. Roger Penske avait construit une écurie complète, avec ses ateliers anglais et le pilote ingénieur qui en était le pivot ; la mort de Mark Donohue en août 1975 a fait tomber cette architecture, et la victoire de Watson à l’Österreichring un an plus tard l’a refermée plutôt qu’ouverte, Penske annonçant son retrait quelques semaines après. Depuis, aucun constructeur sous licence américaine n’a gagné de Grand Prix. Ce résultat unique documente la difficulté d’importer en Europe un modèle d’écurie éprouvé à Indianapolis.

Le second basculement est technique. En gagnant à Silverstone en juillet 1981 sur la MP4/1 de John Barnard, Watson a apporté à la fibre de carbone sa première preuve en course. La suite a validé le matériau autrement, en 1982, quand il est sorti sans blessure grave d’un accident violent : l’argument de sécurité a fait plus pour la diffusion du composite que le gain de rigidité. Toutes les Formule 1 construites depuis descendent de cette monocoque.

Reste l’apport proprement sportif, celui qu’on retient sans le rattacher à une écurie. Watson a gagné deux fois depuis des positions dont la Formule 1 avait cessé de croire qu’on pouvait gagner, dix-septième à Detroit en 1982 et vingt-deuxième à Long Beach en 1983. La seconde de ces courses tient toujours le record de la grille la plus reculée pour un vainqueur, plus de quarante ans après, dans une discipline où les dépassements se sont raréfiés à mesure que l’aérodynamique gagnait en importance. Il aura aussi ouvert la voie à l’Irlande du Nord en championnat du monde, vingt-trois ans avant qu’Eddie Irvine ne gagne à son tour.

John Watson - Brabham BT46 devance Patrick Depailler - Tyrrell 008 Round Druids au Grand Prix de Grande-Bretagne 1978
John Watson – Brabham BT46 devance Patrick Depailler – Tyrrell 008 Round Druids au Grand Prix de Grande-Bretagne 1978 By Martin Lee from London, UK – John Watson – Brabham BT46 leads Patrick Depailler – Tyrrell 008 round Druids at the 1978 British Grand Prix, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=97344856

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Sources

Sources

Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au XXe Siècle

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John-Watson

Le 15 août 1976, John Watson remporte le Grand Prix d'Autriche sur la Penske PC4, un an après la mort de Mark Donohue sur le même circuit. C'est la seule victoire de Team Penske en championnat du monde de Formule 1, et la dernière d'un constructeur sous licence américaine. Roger Penske annonce son retrait de la discipline à la fin de la saison.