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Mark Donohue

Mark Donohue s’accidente au warm-up du Grand Prix d’Autriche, le 17 août 1975, après la rupture du pneu avant gauche de sa March 751 dans le Vöest-Hügel.
Il se relève et se dit indemne, puis perd connaissance en route vers Graz. L’opération d’une hémorragie cérébrale échoue. Il meurt le 19 août 1975, à 38 ans.


Fiche approfondie Pilote – Mark Donohue (1961-1975)

Endurance, Trans-Am, Indycar, Can-Am et Formule 1 – 1961-1975

Ingénieur mécanicien de formation devenu pilote et metteur au point de Roger Penske, l’Américain Mark Donohue a gagné les 500 miles d’Indianapolis 1972 puis dominé le Can-Am 1973 au volant de la Porsche 917/30, avant de mourir à 38 ans des suites d’un accident survenu au warm-up du Grand Prix d’Autriche 1975.

Né le 18 mars 1937 à Haddon Township, dans le New Jersey, Mark Neary Donohue Jr. sort de Brown University en 1959 avec un diplôme d’ingénieur mécanicien. Il court d’abord en amateur au sein du Sports Car Club of America, sur une Elva Courier, et décroche un titre national dès 1961. Sa rencontre avec Roger Penske, en 1966, fait basculer un pilote de club vers les engagements d’usine : Penske l’aligne en USRRC et en Can-Am, et lui confie du même mouvement la mise au point technique de l’écurie. Les dix saisons suivantes couvrent l’endurance, le Trans-Am, les 500 miles d’Indianapolis, le Can-Am et la Formule 1, toutes abordées avec la même méthode d’ingénieur.

Mark Donohue en course au Pocono Raceway en 1971. Il a gagné.
Mark Donohue en course au Pocono Raceway en 1971. Il a gagné. By Ted Van Pelt from Mechanicsburg, PA, USA – Mark Donahue, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=4923246

Les données techniques de Mark Donohue

Fiche du pilote
Nationalitéaméricaine
Né le18 mars 1937 à Haddon Township (New Jersey, États-Unis)
Décès19 août 1975 à Graz (Autriche), à 38 ans
Formationingénieur mécanicien, Brown University, promotion 1959
Disciplines principalesendurance, USRRC, Trans-Am, Indycar (USAC), Can-Am, Formule 1
Années d’activité1961-1975, dont dix saisons chez Penske de 1966 à 1975
Écuries principalesPenske Racing (1966-1975) ; engagements Ford d’usine en endurance (1966-1967)
Voitures de référencela Ford GT40 Mk II, la Lola T70 Mk3B Chevrolet, la Chevrolet Camaro Z/28 de Trans-Am, l’AMC Javelin, la Lola T152 puis la T153 d’Indianapolis, la McLaren M16B Offenhauser, la Porsche 917/10 puis la 917/30, la Penske PC1, la March 751
Palmarès principal500 miles d’Indianapolis 1972 (McLaren M16B Offenhauser) ; 24 Heures de Daytona 1969 (Lola T70 Mk3B) ; champion Can-Am 1973 (Porsche 917/30) ; champion USRRC 1967 et 1968 ; titres Trans-Am 1968, 1969 et 1971 ; vainqueur de l’IROC I en février 1974 ; 500 miles de Pocono 1971
Coéquipiers notablesWalt Hansgen (Daytona 1966) ; Paul Hawkins (Le Mans 1966) ; Bruce McLaren (Le Mans 1967) ; Chuck Parsons (Daytona 1969) ; Gary Bettenhausen (Penske, Indianapolis 1972) ; George Follmer (Trans-Am, puis Can-Am 1972)
Publication« The Unfair Advantage », avec Paul Van Valkenburgh, 1975

Donohue occupe chez Penske une position rare : il est à la fois le pilote titulaire, l’ingénieur de développement et, les premières saisons, le responsable technique de l’équipe. Sa méthode repose sur la mesure plutôt que sur la sensation, avec un recours systématique au plateau d’essai pour caractériser les trains roulants avant de toucher aux réglages. Le titre de son livre, paru en 1975, résume ce qu’il cherchait dans chaque voiture : l’avantage que le règlement laisse prendre et que les concurrents n’ont pas encore vu. La méthode s’applique aussi bien aux Camaro de Trans-Am allégées par décapage chimique de la caisse qu’aux Porsche à turbocompresseurs du Can-Am, dont il fut le pilote de mise au point pour l’usine.

Son style de conduite suit la même logique. Ses adversaires le surnomment d’abord Captain Nice, pour sa politesse et sa précision, puis Dark Monohue à mesure que la recherche de performance durcit sa manière de courir. Le palmarès se construit par cycles courts et complets : deux saisons pour verrouiller l’USRRC, trois titres Trans-Am en quatre ans, quatre participations avant de gagner Indianapolis, une seule saison pleine pour liquider le Can-Am. La rupture intervient à l’automne 1973, quand il annonce sa retraite de pilote à 36 ans, après une saison marquée par les accidents d’Indianapolis et la mort de son ami Swede Savage. Roger Penske l’en fera sortir moins d’un an plus tard pour lancer une écurie de Formule 1, décision qui conduira Donohue à l’Österreichring en août 1975.

Sources : Indianapolis Motor Speedway Museum, Motor Sport Magazine, Trans Am Series, archives Porsche.


La chronologie détaillée de Mark Donohue

Mark Donohue : chronologie 1937-1975
Chronologie
Mark Donohue 1937-1975
Légende
Naissance
Carrière
Changement d’écurie, de statut
Victoire majeure, titre, record
Pivot de rupture
Interruption, revers
Mort
18 mars 1937
Naissance à Haddon Township, New Jersey
Mark Neary Donohue Jr. naît dans la banlieue de Camden. Il suivra sa scolarité à la Pingry School, dans le même État, avant d’entrer à Brown University.
1959-1961
Diplôme d’ingénieur mécanicien, puis premier titre SCCA
Sorti de Brown University en 1959, il court en amateur licencié du Sports Car Club of America sur une Elva Courier et remporte un championnat national en 1961.
Février 1966
Troisième aux 24 Heures de Daytona avec Walt Hansgen
La Ford GT40 Mk II numéro 95 de Holman-Moody termine derrière deux autres Ford. Hansgen, qui a ouvert à Donohue les volants d’usine, partageait déjà sa voiture à Sebring.
Avril 1966
Mort de Walt Hansgen aux essais préliminaires du Mans
Victime d’un aquaplanage au volant d’une GT40, Hansgen meurt cinq jours après l’accident. Donohue disputera Le Mans en juin avec Paul Hawkins, abandon au douzième tour sur rupture de différentiel.
1966
Engagement chez Roger Penske, pilote et ingénieur
Penske monte son écurie et l’aligne en USRRC et en Can-Am pour la fin de saison. L’accord dépasse le volant : Donohue prend en charge la mise au point technique de la structure, qu’il ne quittera plus.
1967
Champion USRRC sur la Lola T70
Six victoires en sept départs, sur une saison de huit manches, avec une troisième place à Laguna Seca pour seule course sans succès. En juin, il termine quatrième du Mans avec Bruce McLaren sur la Ford Mk IV de Shelby-American.
1968
Second titre USRRC et dix victoires en Trans-Am
Il conserve l’USRRC sur la McLaren M6A et gagne dix des treize courses du Trans-Am, dont huit consécutives, au volant des Chevrolet Camaro Z/28 allégées par décapage chimique. Le titre revient à Chevrolet, la série ne classant que les constructeurs.
1er février 1969
Victoire aux 24 Heures de Daytona
Avec Chuck Parsons sur la Lola T70 Mk3B Chevrolet numéro 6 aux couleurs Sunoco. Les cinq Porsche 908 d’usine abandonnent. Première victoire de Penske à Daytona et première d’une Chevrolet dans une grande épreuve d’endurance internationale.
Mai 1969
Indianapolis, septième et meilleur débutant
Sur la Lola T152 à quatre roues motrices et moteur Offenhauser. L’année suivante, il finira deuxième derrière Al Unser au volant de la Lola T153, dont Penske a acquis le seul exemplaire construit.
1971
Pocono puis Mosport, deux premières la même saison
En juillet, il gagne la première édition des 500 miles de Pocono, victoire inaugurale de Penske en Indycar. Le 19 septembre, il monte sur le podium du Grand Prix du Canada pour ses débuts en Formule 1, troisième sur la McLaren M19A engagée par l’écurie.
27 mai 1972
Victoire aux 500 miles d’Indianapolis
Parti troisième sur la McLaren M16B Offenhauser, il prend la tête au 188e tour après la panne d’allumage de son équipier Gary Bettenhausen. Moyenne de 162,962 miles/h, soit 262,3 km/h, record de l’épreuve jusqu’en 1984, et premier succès de Penske dans la course.
Juillet 1972
Road Atlanta, la Porsche 917/10 détruite
La carrosserie arrière se détache aux essais, la voiture part en tonneaux. Genou gauche opéré et six semaines de plâtre. George Follmer reprend le volant et enlève le titre Can-Am 1972 ; Donohue revient le 27 août à Edmonton et gagne la course.
1973
Champion Can-Am, six victoires en huit manches
Sur la Porsche 917/30 dont il a conduit la mise au point, flat-12 de 5,4 litres à deux turbocompresseurs. Il gagne les six dernières courses de la saison et boucle le championnat à 139 points contre 62 à Follmer. Le SCCA plafonnera la consommation dès 1974.
29 oct. 1973
Retraite annoncée au lendemain de Riverside
À 36 ans, il arrête la compétition. Les accidents d’Indianapolis 1973 et la mort de son ami Swede Savage pèsent sur la décision. Il prend la présidence de Penske Racing et rédige « The Unfair Advantage » avec Paul Van Valkenburgh.
14 févr. 1974
Vainqueur de l’IROC I sur la finale de Daytona
Quatre courses sur des Porsche 911 Carrera RSR 3.0 strictement identiques, trois à Riverside les 27 et 28 octobre 1973, la dernière à Daytona. Il en gagne trois et empoche 54 000 dollars, devant Denny Hulme, Richard Petty et A. J. Foyt.
Octobre 1974
Retour au volant pour la Formule 1 de Penske
La Penske PC1 de Geoff Ferris débute au Grand Prix du Canada à Mosport, qualifiée vingt-quatrième et classée douzième. En 1975, Donohue tirera son meilleur résultat de la voiture en Suède, cinquième le 8 juin, avant que l’écurie n’achète une March 751 client.
9 août 1975
Record du monde sur circuit fermé à Talladega
La 917/30 ressort avec une aérodynamique affinée et le moteur de 5,0 litres, 1 230 ch au banc. Tour de l’ovale de 4,28 km en 43,3 s, à 355,848 km/h de moyenne selon les archives Porsche. Le record de A. J. Foyt, 350,53 km/h, est effacé.
17 août 1975
Österreichring, accident au warm-up du Grand Prix d’Autriche
Le pneu avant gauche de sa March 751 éclate dans le Vöest-Hügel, quelques heures avant le départ. La voiture traverse les grillages et percute un panneau publicitaire. Le commissaire de piste Manfred Schaller, atteint par les débris, succombe à ses blessures.
19 août 1975
Mort à Graz, à 38 ans
Relevé conscient et se déclarant indemne, il perd connaissance pendant son transfert par hélicoptère. L’opération destinée à réduire la pression intracrânienne n’arrête pas l’hémorragie. Le circuit recevra la chicane Hella-Licht à cet endroit pour l’édition 1976.

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Les chiffres clés de Mark Donohue

162,962
miles/h de moyenne au vainqueur des 500 miles d’Indianapolis 1972, soit 262,3 km/h, record de l’épreuve jusqu’en 1984
Indianapolis Motor Speedway
6
victoires en huit manches du Can-Am 1973, sur la Porsche 917/30, dont les six dernières courses de la saison
classement final du Can-Am 1973
139
points au titre Can-Am 1973, contre 62 à George Follmer, deuxième
classement final du Can-Am 1973
3
titres Trans-Am gagnés au volant en 1968, 1969 et 1971, décernés aux constructeurs Chevrolet puis AMC
Trans Am Series, Hall of Fame
355,848
km/h de moyenne sur un tour de Talladega le 9 août 1975, record du monde sur circuit fermé
archives Porsche, tour en 43,3 s ; 221,160 miles/h selon les relations américaines
14
départs en Grand Prix de championnat du monde pour 16 engagements, 8 points et un podium
relevés de la discipline, 1971 et 1974-1975

Ces chiffres se répartissent sur quatre disciplines qui ne se croisaient guère : un ovale de briques, un championnat de sport-prototypes sans limite de cylindrée, une série de berlines de série et le championnat du monde de Formule 1. Aucun pilote américain de sa génération n’a gagné dans autant de registres au même niveau, et le total de 29 victoires en Trans-Am pour Penske reste le socle le moins commenté de ce palmarès.


Les moments marquants de la carrière de Mark Donohue

Moments marquants – de l’ingénieur amateur au vainqueur d’Indianapolis (1966-1972)

À vingt-neuf ans, Donohue court encore en amateur licencié du Sports Car Club of America. Six saisons plus tard, il gagne les 500 miles d’Indianapolis. Cette première période est celle de la construction d’une équipe autant que d’une carrière : chaque titre américain remporté avec Penske sert de banc d’essai à la méthode qui, en 1972, permettra à l’écurie de gagner sur l’ovale de l’Indiana.

1966 : les débuts en endurance d’usine – troisième à Daytona, puis l’entrée chez Penske Première

Walt Hansgen, qui l’a poussé vers les volants d’usine Ford, partage avec lui la Ford GT40 Mk II numéro 95 de Holman-Moody aux 24 Heures de Daytona en février 1966. Les deux hommes terminent troisièmes, derrière deux autres Ford. Hansgen se tue en avril lors des essais préliminaires du Mans, après un aquaplanage, et Donohue perd d’un coup son mentor et son équipier. Il dispute Le Mans en juin avec Paul Hawkins sur la même Mk II, abandon au douzième tour sur rupture de différentiel. Roger Penske, qui monte alors sa propre écurie, l’engage pour la fin de saison en USRRC et en Can-Am. L’accord dépasse le volant : Donohue devient aussi l’ingénieur de développement de la structure.

1967-1968 : USRRC et Trans-Am – la méthode Penske s’installe Tournant

En 1967, Donohue enlève le championnat USRRC sur la Lola T70 de Penske avec six victoires en sept départs, une troisième place à Laguna Seca constituant sa seule course sans succès. Il conserve le titre en 1968, cette fois sur la McLaren M6A, et décroche entre-temps sa meilleure performance au Mans, quatrième en juin 1967 avec Bruce McLaren sur la Ford Mk IV de Shelby-American. Le Trans-Am, où Penske aligne des Chevrolet Camaro Z/28 allégées par décapage chimique de la caisse, devient le terrain de démonstration de sa méthode : dix victoires en treize courses en 1968, dont huit consécutives, puis six victoires en 1969. Le titre récompense alors le constructeur, en l’occurrence Chevrolet, jamais le pilote. Donohue totalisera 29 victoires en Trans-Am pour Penske et 43 podiums en 55 départs.

1er et 2 février 1969 : les 24 Heures de Daytona – la première victoire majeure en endurance Première

Associé à Chuck Parsons sur la Lola T70 Mk3B Chevrolet numéro 6 aux couleurs Sunoco, Donohue gagne les 24 Heures de Daytona. Penske avait fondé sa stratégie sur l’usure : consigne de rythme prudent, pas de bataille pour la tête tant que l’épreuve n’entre pas dans sa dernière phase. Le calcul se vérifie, les cinq Porsche 908 d’usine engagées abandonnent toutes, et la Lola l’emporte malgré une série de pannes traitées au stand. C’est la première victoire de Penske à Daytona et la première d’une Chevrolet dans une grande épreuve d’endurance internationale. Quarante ans plus tard, en 2009, son fils David gagnera la même course.

1969-1970 : Indianapolis – meilleur débutant, puis deuxième Tournant

Donohue découvre les 500 miles d’Indianapolis en 1969 au volant de la Lola T152 à quatre roues motrices, à moteur Offenhauser, engagée par Penske. Il termine septième et reçoit le titre de meilleur débutant de l’épreuve. L’année suivante, sur la Lola T153 dont Penske a acquis le seul exemplaire construit, il part au milieu de la deuxième ligne et finit deuxième derrière Al Unser. L’écurie aborde l’Indycar comme elle a abordé le Trans-Am, par la préparation et le travail des arrêts au stand plutôt que par la seule performance en piste. En 1971, Donohue gagne la première édition des 500 miles de Pocono, victoire inaugurale de Penske dans la discipline, mais abandonne à Indianapolis sur la McLaren M16 et se retrouve classé vingt-cinquième. Il aura donc échoué trois fois avant de gagner.

27 mai 1972 : les 500 miles d’Indianapolis – treize tours en tête suffisent Record

Parti troisième sur la McLaren M16B Offenhauser numéro 66, Donohue court la majeure partie de l’épreuve derrière son équipier Gary Bettenhausen, qui mène 138 des 200 tours avant qu’un problème d’allumage ne l’arrête au 176e et ne le renvoie à la quatorzième place. Donohue prend la tête au 188e tour et la garde jusqu’au drapeau, avec 3 min 10 s 95 d’avance sur Al Unser. Sa moyenne de 162,962 miles/h, soit 262,3 km/h, établit un record de l’épreuve qui tiendra jusqu’en 1984. Roger Penske gagne là ses premiers 500 miles d’Indianapolis, prélude à la série de victoires qui fera de son écurie la plus titrée de l’histoire de la course.

Mark Donohue à la Course des Champions 1975
Mark Donohue à la Course des Champions 1975 By Martin Lee – https://www.flickr.com/photos/kartingnord/25405370114/in/album-72157664023733134/, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47748516
Moments marquants – Porsche, la retraite manquée et l’Österreichring (1972-1975)

La victoire d’Indianapolis ouvre la période la plus dense de sa carrière et, la même année, la plus coûteuse. Donohue passe dix-huit mois à mettre au point les Porsche turbocompressées du Can-Am, en gagne le championnat, puis quitte la compétition à trente-six ans. Roger Penske l’en fera sortir un an plus tard.

Juillet 1972 : Road Atlanta – la 917/10 détruite, le titre au remplaçant Tournant

Aux essais de Road Atlanta, quelques jours avant la deuxième manche du Can-Am, la carrosserie arrière de la Porsche 917/10 se détache et la voiture part en tonneaux. Les récits les plus détaillés attribuent la rupture à une goupille de fixation mal verrouillée, d’autres à une défaillance de la direction. Donohue s’en sort avec le genou gauche et la cuisse touchés, des ligaments déchirés qu’il faut opérer et six semaines de plâtre, tandis que certaines relations parlent d’une jambe fracturée. George Follmer reprend la 917/10 d’usine et enlève le championnat 1972. Donohue suit les courses en béquilles, revient à Edmonton le 27 août et gagne l’épreuve, sans pouvoir rattraper le classement.

1973 : le Can-Am – six victoires en huit courses sur la 917/30 Record

La Porsche 917/30, dont Donohue a conduit toute la mise au point pour l’usine, aligne un flat-12 de 5,4 litres à deux turbocompresseurs, environ 1 100 ch en configuration de course et plus de 1 500 ch en qualification. Charlie Kemp gagne l’ouverture à Mosport, Follmer la deuxième manche, puis Donohue remporte les six dernières : Watkins Glen le 22 juillet, Mid-Ohio le 12 août, Road America le 26 août, Edmonton le 16 septembre, Laguna Seca le 14 octobre et Riverside le 28 octobre. Il signe aussi le meilleur tour de chaque course et termine à 139 points contre 62 à Follmer. Le SCCA imposera pour 1974 une consommation plafonnée à trois miles par gallon, mesure qui écarte les turbocompressées et vide la série.

29 octobre 1973 – 14 février 1974 : la retraite annoncée, puis le titre IROC Première

Au lendemain de sa victoire de Riverside, Donohue annonce qu’il arrête la compétition. La saison a été dure : les accidents d’Indianapolis 1973 et la mort de son ami Swede Savage pèsent sur la décision. Il prend la présidence de Penske Racing et consacre 1974 à la direction de l’écurie ainsi qu’à la rédaction de « The Unfair Advantage ». Restait un engagement pris : l’International Race of Champions, quatre courses sur des Porsche 911 Carrera RSR 3.0 strictement identiques, trois à Riverside les 27 et 28 octobre 1973, la finale à Daytona le 14 février 1974. Donohue en gagne trois et empoche le classement, doté de 54 000 dollars, devant Denny Hulme, Richard Petty et A. J. Foyt.

1974-1975 : le retour en Formule 1 – de la Penske PC1 à la March 751 Décisif

Penske monte une écurie de Formule 1 et rappelle Donohue au volant pour les deux dernières courses de 1974. La PC1, dessinée par Geoff Ferris autour d’une monocoque aluminium et d’un Ford Cosworth DFV, débute au Grand Prix du Canada à Mosport : qualifiée vingt-quatrième, classée douzième. La saison 1975 est disputée en entier. Donohue tire le meilleur de la voiture en Suède, cinquième à Anderstorp le 8 juin, puis Penske renonce à son propre châssis et achète une March 751 client, sur laquelle il termine cinquième du Grand Prix de Grande-Bretagne le 19 juillet. Son bilan en championnat du monde tient en 16 engagements, 14 départs, 8 points et un podium, la troisième place de Mosport en 1971 sur la McLaren M19A.

9 et 17 août 1975 : Talladega, puis l’Österreichring – huit jours d’écart Décisif

Le 9 août, Penske ressort la 917/30 pour attaquer le record du monde de vitesse sur circuit fermé à Talladega. La voiture reçoit une aérodynamique affinée et le moteur de 5,0 litres, jugé plus fiable, qui délivre 1 230 ch au banc et 382 km/h en pointe. Donohue boucle l’ovale de 4,28 km en 43,3 s, à 355,848 km/h de moyenne selon les archives Porsche, et efface le record de A. J. Foyt, 350,53 km/h. Huit jours plus tard, au warm-up du dimanche matin du Grand Prix d’Autriche, le pneu avant gauche de sa March 751 éclate dans le Vöest-Hügel. La voiture traverse les grillages et percute un panneau publicitaire. Donohue se relève et se dit indemne, perd connaissance sur le trajet vers Graz, où l’opération d’une hémorragie cérébrale échoue. Il meurt le 19 août 1975. Le commissaire de piste Manfred Schaller, atteint par les débris, succombe également.


L’idée reçue sur Mark Donohue

Idée reçue
Un accident survenu aux essais du Grand Prix d’Autriche

L’accident n’a pas eu lieu pendant les essais qualificatifs, comme le rapportent encore plusieurs récits, mais au warm-up du dimanche matin 17 août 1975, quelques heures avant le départ. Donohue s’était qualifié la veille en vingt et unième position. La course a été disputée l’après-midi même, remportée par Vittorio Brambilla au bout de 29 tours sous la pluie. La confusion est d’autant plus fréquente que la mort n’est pas immédiate : Donohue se relève, parle aux secours et se déclare indemne, avant de perdre connaissance pendant son transfert par hélicoptère militaire vers Graz. L’intervention chirurgicale destinée à réduire la pression intracrânienne n’empêche pas l’hémorragie de progresser. Il meurt le mardi 19 août 1975, à 38 ans.

À ne pas confondre avec David Donohue

Son fils David Donohue est également pilote, et son palmarès croise celui de son père au point de prêter à confusion. Il a gagné les 24 Heures de Daytona en janvier 2009 sur la Porsche Riley numéro 58 de Brumos Racing, avec 0,167 seconde d’avance sur Juan Pablo Montoya, quarante ans après la victoire de Mark Donohue dans la même épreuve. Les résultats en endurance américaine des années 2000 attribués à « Donohue » sans prénom sont ceux de David.


Pourquoi ça compte de connaître Mark Donohue ?

Le sport automobile américain des années 1960 se réglait à la sensation du pilote. Donohue y a imposé la mesure. Diplômé en mécanique, il traitait chaque voiture comme un objet d’étude : relevés systématiques au plateau d’essai, caractérisation des trains roulants avant toute modification, décapage chimique des caisses de Camaro pour retirer des kilos que le règlement Trans-Am ne défendait pas. Sa formule, l’avantage déloyal, désignait cette zone où le texte n’avait rien prévu. La méthode a survécu à son auteur : elle est devenue celle de Penske Racing, écurie la plus titrée de l’histoire des 500 miles d’Indianapolis.

Cette recherche a fini par se retourner contre les disciplines qu’il courait. La Porsche 917/30 qu’il avait mise au point a rendu le Can-Am indéfendable pour ses concurrents. Le SCCA a plafonné la consommation à trois miles par gallon dès 1974, les voitures à turbocompresseurs ont disparu du plateau, et le championnat le plus libre du monde s’est vidé en deux saisons. Un règlement d’ouverture technique a été refermé par la voiture qui en avait tiré la conclusion logique.

L’Österreichring a produit l’autre modification. Le Vöest-Hügel se prenait pied au plancher, en sortie de bosse, avec des grillages plantés devant des panneaux publicitaires et sans dégagement utile. Après le 17 août 1975, une chicane freinante y a été construite, la Hella-Licht, opérationnelle pour l’édition suivante. Deux règlements changés en trois ans, l’un par ses victoires, l’autre par sa mort.

La suite appartient à l’écurie qu’il avait contribué à bâtir. Le 15 août 1976, sur ce même tracé, John Watson a gagné le Grand Prix d’Autriche au volant de la Penske PC4. C’est la seule victoire de Penske en championnat du monde de Formule 1, et la dernière d’un constructeur sous licence américaine.

Image de la voiture victorieuse des 500 miles d'Indianapolis 1972 (Mark Donohue). La photo a été prise à l'Indianapolis Motor Speedway en mai 2011.
Image de la voiture victorieuse des 500 miles d’Indianapolis 1972 (Mark Donohue). La photo a été prise à l’Indianapolis Motor Speedway en mai 2011. By Doctorindy – Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19149490

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Sources

Sources

Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au XXe Siècle

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Mark-Donohue

Mark Donohue, ingénieur-pilote de Penske : Indianapolis 1972 à 162,962 miles/h, six victoires en Can-Am 1973 sur la 917/30, mort à l'Österreichring en 1975.