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Queue de Kamm – Coda Tronca

Fiche Vocabulaire – Queue de Kamm

Aérodynamique de compétition – 1936-1967
La queue de Kamm (ou Queue Kamm) est un arrière de carrosserie qui descend en pente douce puis s’interrompt net sur une face verticale, à l’endroit où la section du corps ne vaut plus que la moitié de sa section maximale : le sillage qui se forme derrière la coupe joue le rôle de la longue pointe fuselée qu’on a supprimée.

L’enjeu en compétition tient en une phrase : la vitesse de pointe se gagne d’ordinaire au moteur, coûteuse et fragile, alors que la queue coupée l’achète avec de la tôle. Entre 1952 et 1967, deux voitures ont mis le calcul à l’épreuve à mécanique rigoureusement inchangée : la Cunningham C-4RK a passé six kilomètres à l’heure et demi de plus que ses roadsters dans les Hunaudières, la Shelby Daytona au moins trente milles à l’heure de plus que la Cobra dont elle sortait. La forme porte le nom de l’ingénieur Wunibald Kamm, directeur de l’institut de recherche automobile de Stuttgart, alors que le brevet de 1936 revient à Reinhard von Koenig-Fachsenfeld, qui en a cédé les droits à cet institut.

Le Mans Classic - Alfa Romeo Giulietta SZ Coda tronca - 1959 - Pitlane exit - l'une des sportive qui arbore une queue de Kamm
Le Mans Classic – Alfa Romeo Giulietta SZ Coda tronca – 1959 – Pitlane exit

La chronologie détaillée de la queue de Kamm

La queue Kamm : chronologie 1922-1967
Chronologie
La queue Kamm 1922-1967
Légende
Origine du principe
Étape technique
Brevet, institution, adoption
Résultat majeur en course
Pivot de rupture
Revers, accident
Mort du concepteur
1922
Paul Jaray brevette la carrosserie en goutte d’eau
Le profil effilé vers l’arrière donne la traînée minimale, au prix d’une longueur qu’aucune automobile ne peut porter. Toute la recherche des quinze années suivantes consistera à s’en passer.
1930
Wunibald Kamm fonde le FKFS à Stuttgart
Premier professeur de construction automobile et de moteurs de la Technische Hochschule, il crée une fondation de droit privé qui deviendra le premier institut de recherche automobile allemand. Il y bâtira la première soufflerie à l’échelle 1 pour véhicules.
1935
Georg Hans Madelung ouvre la voie sans la pointe
Il montre qu’on peut réduire la traînée d’une carrosserie sans lui donner une queue longue. Le principe manque encore d’un critère chiffré pour être appliqué par un dessinateur.
1936
Koenig-Fachsenfeld brevette la poupe tronquée, le FKFS en reçoit les droits
Le baron Reinhard von Koenig-Fachsenfeld dépose en Allemagne le pavillon fuyant terminé par une face verticale, puis aux États-Unis en 1937, et cède les droits à l’institut de Kamm. Les travaux du FKFS établissent la même année que cette forme, dite K-Heck, offre le meilleur compromis entre utilité quotidienne et coefficient de traînée.
1938
Le Kamm-Coupé sur base BMW 328 relève un Cx de 0,25
Soufflé au FKFS à la fin de l’été, le prototype descend à 0,25 contre 0,35 pour une 328 carrossée en série. C’est la première mesure qui donne un chiffre au principe.
1938-1941
La K-Wagen, une berline construite autour de la coupe
Kamm développe une quatre portes à poupe franchement tronquée, avec caisse semi-monocoque en aluminium, traction avant et moteur à plat. L’objet déclaré reste le compromis entre résistance à l’air et habitabilité.
1949
La Nash Airflyte porte la forme en grande série
Produite aux États-Unis jusqu’en 1951, elle est la première voiture de grande diffusion à appliquer les principes de la queue Kamm. La Borgward Hansa 2400 suivra en Europe de 1952 à 1955.
juin 1952
Le Mans, la Cunningham C-4RK porte la coupe en course
Coupé tiré du roadster C-4R à mécanique identique, elle passe à 241,8 km/h dans les Hunaudières contre 235,3 km/h pour les roadsters. Kamm, installé aux États-Unis, s’était déplacé à Palm Beach pour l’examiner : seule voiture connue à avoir reçu sa visite.
février 1960
Ercole Spada entre chez Zagato et coupe net
Les carrosseries à queue Kamm antérieures conservaient un raccord arrondi. Spada tranche la poupe franchement, geste qui donnera son nom à la coda tronca italienne.
juin 1961
Monza, deux secondes gagnées par l’Alfa Romeo Giulietta SZ
Elio Zagato essaie le prototype à queue coupée et relève deux secondes pleines de gain sur le kilomètre lancé. La configuration est engagée au Grand Prix GT de Monza la même année et gagne la course.
juin 1962
Le Mans, la Breadvan devance les GTO d’usine
Bâtie par Bizzarrini et Drogo pour le comte Volpi, à qui Enzo Ferrari refusait une GTO, la 250 GT SWB châssis 2819GT occupe la septième place au général dans la quatrième heure, devant toutes les GTO d’usine, avant de rompre un arbre de transmission. La 250 GTO de Noblet et Guichet finira deuxième au général et première en catégorie GT.
octobre 1963
La Ferrari 250 LM présentée au Salon de Paris
Berlinette dérivée du prototype 250 P à moteur central, carrossée par Scaglietti avec des ailes arrière qui se referment sur une queue Kamm percée de trois grilles. Trente-deux châssis sortiront jusqu’en 1965.
janvier 1964
Riverside, la Shelby Daytona bat le roadster de trois secondes et demie
Peter Brock avait dessiné le coupé sans soufflerie, sur la foi des publications de Kamm et de Jaray. Ken Miles relève l’écart au tour dès le premier essai du châssis CSX2287.
juin 1964
Le Mans, la queue coupée rafle la catégorie GT
La Shelby Daytona CSX2299 de Dan Gurney et Bob Bondurant gagne la classe et termine quatrième au général, avec un record de distance de catégorie. Les Alfa Romeo Giulia TZ de la Scuderia Sant’Ambroeus signent un doublé dans la leur.
20 juin 1965
Le Mans, la Ferrari 250 LM gagne au classement général
La n°21 du North American Racing Team, confiée à Masten Gregory et Jochen Rindt, part onzième et prend la tête quand la n°26 endommagée regagne son garage. Dernière victoire de Ferrari au Mans avant 2023.
avril 1966
La Ford J-car signe le meilleur temps aux essais préliminaires du Mans
Coque en nid d’abeille d’aluminium et carrosserie kammback à ligne de toit coupée net, achevée en janvier. La voiture réclamera ensuite des modifications essentiellement aérodynamiques et ne pourra pas être engagée en juin.
17 août 1966
Riverside, Ken Miles se tue au volant d’une J-car
Le pilote qui avait validé la Shelby Daytona deux ans plus tôt sur le même circuit meurt dans un tonneau en essais. Le programme sera repris sous le nom de Mk IV, avec arceau en acier et une section arrière de type Can-Am qui abandonne la queue Kamm.
11 oct. 1966
Mort de Wunibald Kamm à Stuttgart
Il s’éteint à 73 ans dans la ville où il avait fondé son institut trente-six ans plus tôt, après une seconde carrière américaine à Wright-Patterson puis au Stevens Institute of Technology.
juin 1967
Le Mans, la Ford Mk IV franchit les 5 000 kilomètres
Dan Gurney et A. J. Foyt couvrent 388 tours et 5 232,9 km à 218,038 km/h de moyenne. La J-car dont elle dérive était née de la queue Kamm, que sa carrosserie définitive avait cessé de porter.

La fiche technique de la queue de Kamm

Mécanisme physique

Une carrosserie fend l’air d’autant mieux qu’elle s’effile vers l’arrière. Tant que la section diminue lentement, l’écoulement reste collé à la tôle et se referme derrière la voiture sans remous. Dès que la surface se dérobe trop vite, l’air ne parvient plus à la suivre, décroche, et laisse dans son dos une zone de basse pression qui tire la voiture en arrière. Cette traînée de forme compte pour environ les deux tiers de la résistance totale d’une automobile : tout se joue là, pas sur le frottement de l’air le long des flancs.

La forme qui satisfait cette exigence est une goutte d’eau dont la poupe se resserre selon un angle inférieur à quinze degrés. Aucune automobile ne peut porter la longueur qu’elle réclame. Les essais menés en soufflerie à Stuttgart au cours des années 1930 apportent la sortie : passé un certain point, la pointe ne sert plus à rien, car l’écoulement décolle de toute façon. Il suffit donc de couper là où la section transversale est tombée à la moitié de la section maîtresse, puis de terminer sur une arête franche. Derrière cette face verticale se forme une poche d’air tourbillonnant, refermée sur elle-même, que le flux extérieur contourne sans y pénétrer. La voiture roule ainsi derrière une queue d’air, sans en porter la longueur ni la masse.

Deux conditions commandent le résultat. La pente du pavillon d’abord : Peter Brock, qui a dessiné la Shelby Daytona sur ce principe, situe autour de sept degrés la limite au-delà de laquelle l’air décroche avant d’atteindre la coupe, auquel cas le sillage s’élargit au lieu de prolonger la carrosserie. La netteté de l’arête ensuite : un raccord arrondi laisse l’écoulement hésiter sur le point où il doit se séparer, et la position du décollement se met à varier avec la vitesse. Les premières carrosseries à queue Kamm conservaient précisément ce raccord adouci ; la coupe franche est une contribution italienne, apportée par Ercole Spada chez Zagato en 1960.

Sur une voiture de course, le bénéfice ne se limite pas à la traînée. La face verticale et l’arête vive fixent le point de décollement, donc stabilisent la répartition des pressions sur le capot arrière. La portance qui allège le train arrière à grande vitesse diminue d’autant, et c’est cette propriété, plus encore que le gain de vitesse, qui a fait adopter la forme sur les voitures carrossées à partir de 1959.

Wikipedia, Kammback ; zwischengas.com, Die Renaissance des Langhecks ; Wikipedia, Aérodynamique automobile ; Peter Brock, cité par le Revs Institute.

Les chiffres clés de la queue de Kamm

50 %
Part de la section maîtresse à laquelle la poupe est tronquée
Règle attribuée à Kamm. Wikipedia, Kammback. Formulation équivalente chez zwischengas.com : obtenir la plus petite section possible au point de décollement.
moins de 15°
Angle de resserrement de la poupe idéale en cône, celle que la troncature dispense de construire
Wikipedia, Aérodynamique automobile.
7 degrés
Pente maximale du pavillon avant que l’écoulement ne décroche en amont de la coupe, ordre de grandeur
Peter Brock, concepteur de la Shelby Daytona, cité par le Revs Institute. Témoignage unique, aucune publication du FKFS ne le corrobore.
0,25
Coefficient de traînée du Kamm-Coupé sur base BMW 328 soufflé au FKFS à la fin de l’été 1938, contre 0,35 pour une 328 carrossée en série
Wikipedia, Wunibald Kamm ; peoplepill.com, qui rattache la valeur de comparaison à une autre voiture.
241,8 km/h
Vitesse relevée dans les Hunaudières en 1952 par la Cunningham C-4RK, contre 235,3 km/h pour les roadsters de mécanique identique
150,24 mph contre 146,21 mph. Revs Institute.
3,5 s au tour
Gain de la Shelby Daytona sur la Cobra roadster au premier essai de Riverside, janvier 1964
Relevé par Ken Miles. Hagerty ; Shelby American Collection.
Aucun de ces chiffres ne vient d’une soufflerie de voiture de course. Les rapports du FKFS ne sont pas consultables, Bizzarrini a travaillé la Ferrari 250 GTO à l’université de Pise sans que ses relevés sortent, et Brock a dessiné la Daytona sans jamais la souffler. La queue Kamm en compétition se mesure au chronomètre et au radar, pas au banc.

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Les moments marquants sur la queue de Kamm

Contextes d’observation – du laboratoire de Stuttgart aux carrossiers italiens (1938-1962)
La queue Kamm est née dans une soufflerie universitaire, pour une berline de famille. Elle a mis quatorze ans à passer sur une voiture de course, et vingt-trois à trouver la coupe franche que l’on associe aujourd’hui à son nom. Cinq étapes documentées jalonnent ce trajet.
1938-1941 : les prototypes du FKFS – la forme sort du calcul Voiture de route

À la fin de l’été 1938, l’institut de Stuttgart souffle un coupé bâti sur châssis BMW 328 et relève un coefficient de traînée de 0,25, contre 0,35 pour une 328 carrossée en série. Kamm enchaîne avec la K-Wagen, développée de 1938 à 1941 : une berline quatre portes à poupe franchement tronquée, dont l’objet déclaré est le compromis entre faible résistance à l’air et habitabilité. Le programme accumule les partis pris de rupture, caisse semi-monocoque en aluminium, traction avant, moteur à plat, suspension indépendante aux quatre roues. Le FKFS revendique aussi la première soufflerie à l’échelle 1 pour automobiles, sans en donner l’année de mise en service.

1949-1955 : la Nash Airflyte et la Borgward Hansa 2400 – la grande série avant la course Voiture de route

La forme atteint les chaînes de montage avant les grilles de départ. La Nash Airflyte, produite aux États-Unis de 1949 à 1951, et la Borgward Hansa 2400, produite en Europe de 1952 à 1955, sont les premières voitures de grande diffusion à appliquer les principes de la queue Kamm. L’ordre compte pour comprendre la suite : quand les constructeurs de voitures de course s’y intéressent, le procédé a déjà quinze ans de littérature technique derrière lui et roule sous les yeux de tout le monde. Un dessinateur n’a besoin ni d’une soufflerie ni d’une licence pour s’en emparer, seulement d’avoir lu.

1952 : la Cunningham C-4RK court Le Mans – le premier coupé taillé pour les Hunaudières Endurance

G. Briggs Weaver tire du roadster C-4R un coupé de mécanique identique, Chrysler V8 hemi de 331,1 pouces cubes et quatre carburateurs Zenith, dont il tronque la poupe. Le K de C-4RK renvoie à Kamm, alors installé aux États-Unis, et Briggs Cunningham l’invite à Palm Beach pour examiner la voiture terminée : elle reste la seule à avoir reçu sa visite. Sa remarque, rapportée par Peter Brock, tient en une phrase, une telle carrosserie demande du temps en soufflerie. La voiture passe pourtant à 241,8 km/h dans les Hunaudières, contre 235,3 km/h au mieux pour les roadsters de l’écurie, avec 40 livres de plus sur la balance.

Phil Walters mène le premier tour et tient la troisième place quatre heures durant, avant que Duane Carter n’ensable la voiture au Tertre Rouge : deux heures pour la dégager. Elle abandonne dans la nuit sur destruction de la distribution, comme le roadster de John Fitch, les deux par surrégime au rétrogradage que les tambours Alfin en surchauffe rendaient inévitable. Son meilleur tour en course, 105,6 mph de moyenne, dépasse celui de la Mercedes-Benz 300 SL victorieuse. La C-4R roadster de Cunningham et Bill Spear termine quatrième.

1960-1961 : l’Alfa Romeo Giulietta SZ de Zagato – la coupe devient franche Grand Tourisme

Ercole Spada entre chez Zagato en février 1960 et tranche la poupe net, là où les carrosseries à queue Kamm antérieures conservaient un raccord arrondi. C’est la naissance de la coda tronca telle qu’on l’entend depuis. Elio Zagato essaie le prototype à Monza en juin 1961 : deux secondes gagnées sur le kilomètre lancé, pour une pointe que VeloceToday situe à 227 km/h, d’autres sources autour de 220. La configuration révisée est engagée au Grand Prix GT de Monza la même année et gagne la course. Quarante et une des 216 Giulietta SZ construites reçoivent cet arrière et les freins à disque avant, selon le registre de RM Sotheby’s ; d’autres décomptes circulent.

1962 : la Ferrari 250 GTO au Mans – la lèvre qui rattrape la coupe Grand Tourisme

Giotto Bizzarrini travaille la forme en soufflerie à l’université de Pise et en essais à Monza, pour la pointe autant que pour la tenue. La voiture reçoit un capot long et bas, une prise de radiateur réduite, des entrées de nez à obturateurs amovibles et un fond plat dont le couvercle de réservoir fait office de becquet. Elle se révèle malgré tout instable à grande vitesse, et une lèvre rapportée vient fermer l’arrière, boulonnée sur les dix-huit premières voitures d’après conceptcarz, intégrée à la carrosserie ensuite.

Bizzarrini quitte Ferrari fin 1961 et Enzo Ferrari confie l’achèvement à Sergio Scaglietti et Mauro Forghieri. Trente-six GTO sortiront entre 1962 et 1964. Aux 24 Heures du Mans de juin 1962, la 250 GTO châssis 3705GT de Pierre Noblet et Jean Guichet, engagée à titre privé, termine deuxième au général et première en catégorie GT, à cinq tours de la Ferrari 330 TRI/LM d’usine de Phil Hill et Olivier Gendebien.

Ferrari 250 GTO utilise le principe de la queue de Kamm
Ferrari 250 GTO utilise le principe de la queue de Kamm
Contextes d’observation – la généralisation en endurance (1962-1967)
En cinq saisons, la queue coupée passe du procédé de carrossier à l’évidence de plateau. Elle bat les GTO d’usine avec une voiture bricolée en 1962, gagne sa catégorie au Mans en 1964, le classement général en 1965, puis rencontre sa limite sur le prototype de Ford en 1966.
1962 : la Ferrari 250 GT SWB Breadvan – la démonstration par la voiture qu’on refusait de vendre Grand Tourisme

Enzo Ferrari refuse toute GTO au comte Giovanni Volpi, qui a embauché d’anciens de Maranello chez ATS. Volpi fait remanier son châssis 2819GT, une 250 GT SWB Competizione de 1961, par Bizzarrini lui-même. Moteur et radiateur reculés de douze centimètres vers le centre du châssis, abaissés par un graissage à carter sec, six carburateurs Weber double corps au lieu de trois, 935 kg sur la balance. Piero Drogo martèle à Modène un pavillon qui court jusqu’à l’arrière avant d’être coupé net, application directe de la théorie de Kamm. La presse française la baptise « la camionnette », les Britanniques « Breadvan ».

Au Mans en juin 1962, Carlo Maria Abate et Colin Davis la portent à la septième place au général dans la quatrième heure, devant toutes les GTO d’usine, jusqu’à la rupture d’un arbre de transmission. Elle gagnera ensuite sa catégorie au Guards Trophy et à la course de côte d’Ollon-Villars. Sa forme est créditée d’avoir validé la queue Kamm pour les voitures de course qui ont suivi, jusqu’à la Ford J-car.

1963-1964 : l’Alfa Romeo Giulia TZ – la coda tronca contre plus gros qu’elle Grand Tourisme

Zagato applique à la Giulia Tubolare l’arrière mis au point sur les SZ. Le résultat tient dans un rapport : environ 160 chevaux pour une pointe voisine de 215 km/h, sur 1,6 litre. La voiture paraît en compétition à la Coupe FISA de Monza en 1963. À la Targa Florio de 1964, les TZ de la Scuderia Sant’Ambroeus prennent la troisième place avec Roberto Bussinello et Nino Todaro, la quatrième avec Kim et Alfonso Thiele, derrière deux Porsche 904 et devant les Ferrari 250 GTO. Au Mans la même année, trois TZ sont engagées et signent un doublé de classe : le châssis 750011 de Bussinello et Bruno Deserti finit treizième au général avec 307 tours, le 750006 de Giampiero Biscaldi et Giancarlo Sala quinzième avec 305 tours.

1964-1965 : la Shelby Cobra Daytona – une queue Kamm dessinée sans soufflerie Endurance

La Cobra roadster accusait une vingtaine de milles à l’heure de retard sur les Ferrari dans les Hunaudières, où celles-ci passaient à 180 mph. Peter Brock, formé à l’ArtCenter et passé par General Motors, dessine un coupé fastback à queue tronquée en appliquant les publications de Kamm et de Jaray, sans disposer d’une soufflerie. Le châssis CSX2287 sort de l’atelier de Shelby American entre octobre 1963 et janvier 1964, avec Ken Miles, John Ohlsen et Phil Remington. Au premier essai à Riverside, Miles trouve le coupé trois secondes et demie au tour plus rapide que le roadster. Les 390 chevaux le portent au-delà de 185 mph, au moins trente de plus que le meilleur roadster.

Le châssis CSX2299 arrive au Mans en juin 1964 sans avoir jamais roulé. Gurney y signe aux essais un tour en 3’56’’1, nouveau record de la catégorie, et l’équipage qu’il forme avec Bob Bondurant gagne la classe GT, quatrième au général, avec un record de distance de catégorie. En 1965, Shelby enlève à Ferrari le titre mondial des constructeurs GT, seul succès américain de cet ordre.

1963-1965 : la Ferrari 250 LM – la queue coupée gagne le classement général Endurance

Présentée au Salon de Paris en octobre 1963 comme la berlinette dérivée du prototype 250 P à moteur central, la 250 LM reçoit de Sergio Scaglietti une carrosserie d’aluminium dont les ailes arrière galbées se referment sur une queue Kamm, percée de trois grilles pour évacuer l’air chaud du moteur. Quarante-quatre pouces de haut, un V12 de 3,3 litres et 320 chevaux malgré la désignation 250 héritée du prototype, une pointe annoncée à 287 km/h, trente-deux châssis de 1963 à 1965.

Aux 24 Heures du Mans des 19 et 20 juin 1965, la n° 21 du North American Racing Team de Luigi Chinetti, confiée à Masten Gregory et Jochen Rindt, part onzième, se fait retarder tôt, puis passe en tête quand la n° 26 endommagée regagne son garage. Elle gagne. Ce sera la dernière victoire de Ferrari au Mans avant 2023, et la première d’une équipe non officielle depuis sept ans.

1966-1967 : la Ford J-car puis la Mk IV – la limite du procédé Endurance

La J-car pousse le raisonnement au bout : coque en nid d’abeille d’aluminium, deux tôles de quatorze millièmes de pouce espacées d’un pouce, et une carrosserie de type kammback dont la ligne de toit coupée net rappelle assez la Breadvan pour lui en valoir le surnom. Le premier exemplaire, J-1, est achevé en janvier 1966 et signe le meilleur temps aux essais préliminaires du Mans en avril. La suite est moins nette : la voiture réclame des modifications importantes, essentiellement aérodynamiques, et ne peut être engagée en juin.

Le 17 août 1966, Ken Miles se tue en essais à Riverside au volant d’une J-car, dans un tonneau. Le programme est repris sous le nom de Mk IV, avec arceau en acier, nez allongé, ligne de toit revue et une section arrière de type Can-Am : la queue Kamm d’origine ne survit pas à la refonte. C’est cette Mk IV qui gagne Le Mans en 1967 avec Dan Gurney et A. J. Foyt, 388 tours, 5 232,9 km à 218,038 km/h de moyenne, premier franchissement de la barre des 5 000 kilomètres.

473 - SHELBY COBRA DAYTONA COUPE - 1964 - PLATEAU 4 - LE MANS CLASSIC
473 – SHELBY COBRA DAYTONA COUPE – 1964 – PLATEAU 4 – LE MANS CLASSIC – crédit : Hphoto.fr

L’idée reçue sur la queue de Kamm

Idée reçue
La queue Kamm serait l’invention du seul Wunibald Kamm
Le brevet allemand sur la ligne arrière tronquée a été déposé en 1936 par Reinhard von Koenig-Fachsenfeld, avec un dépôt américain l’année suivante. Son auteur en a cédé les droits au FKFS, l’institut de recherche automobile fondé à Stuttgart en 1930, dont Kamm était le directeur : la forme a pris l’initiale du directeur de l’institut, K-Heck en allemand. La filiation remonte plus haut, au brevet de carrosserie en goutte d’eau déposé par Paul Jaray en 1922, puis aux travaux de Georg Hans Madelung en 1935. Ce qui revient en propre à Kamm est la campagne de soufflerie qui a chiffré le compromis et l’a rendu utilisable par un dessinateur : sans le critère des 50 % de la section maîtresse, l’idée de couper la poupe restait une intuition invérifiable. Les sources allemandes attribuent d’ailleurs la découverte aux deux hommes, de façon concurrente plutôt que successive.
Tout arrière coupé net serait une queue Kamm
La coupe ne suffit pas : ce qui fait la forme, c’est la pente régulière du pavillon qui la précède, assez faible pour que l’air reste collé jusqu’à l’arête. La Cunningham C-4RK porte l’initiale de Kamm et a bel et bien réduit sa traînée, mais Peter Brock relève que son arrière descend selon un arc trop creusé depuis son point haut, et manque donc le principe. Le contresens le plus fréquent porte sur la Porsche 917. Sa version courte de 1970, la 917 K, naît d’un essai à l’Österreichring où John Horsman remarque que les moucherons écrasés dessinent le passage de l’air partout sauf sur la queue, restée propre. La solution improvisée en tôles adhésivées, une queue courte en coin relevé, cherche l’appui et le paie en traînée : la voiture perd jusqu’à trente milles à l’heure de vitesse de pointe par rapport à la queue longue. Le marché est l’inverse exact de celui de Kamm, qui achetait de la vitesse sans rien concéder.

Pourquoi ça compte de connaître la queue de Kamm

La queue Kamm a été mise au point pour l’automobile de série. Le compromis que cherchait le FKFS en 1936 tenait au logement de quatre personnes et de leurs bagages dans une longueur de garage, et les premières voitures de grande diffusion à en porter une sont la Nash Airflyte de 1949 et la Borgward Hansa 2400 de 1952. La compétition l’a reprise treize ans après la publication du critère, pour un motif que Stuttgart n’avait pas visé : une carrosserie courte pèse moins, se place mieux dans un virage, et sur un tour dont la ligne droite ne fait qu’une part, la longueur ne se rembourse pas.

Le procédé n’a jamais été réglementé, à la différence des jupes latérales ou des ventilateurs d’extraction. Il ne prélève aucune puissance, ne comporte aucune pièce mobile, ne se démonte pas au parc fermé et ne se voit pas dans un livret d’homologation. Un dessinateur qui coupait la poupe au bon endroit gagnait de la vitesse de pointe sans toucher au moteur : Brock l’a fait en 1963 sur la foi de publications vieilles de vingt-cinq ans, sans jamais souffler sa voiture, et Bizzarrini a battu les GTO d’usine avec un châssis de 1961 recarrossé par un artisan de Modène.

C’est peut-être là que la forme compte le plus. Les gains aérodynamiques qui ont suivi ont réclamé des moyens croissants, souffleries d’usine puis calcul numérique, et ils ont enrichi ceux qui pouvaient les payer. La queue Kamm a fait l’inverse pendant quinze ans : elle a mis à portée d’un carrossier indépendant, d’un préparateur californien ou d’un comte vénitien fâché avec Enzo Ferrari un avantage que les usines n’avaient pas su s’approprier les premières. Ford y a mis fin en 1966 en découvrant qu’une carrosserie de compétition se valide en essais, pas sur un principe. La forme figure aujourd’hui sur les compactes de série, pour la raison exacte qui l’avait fait naître.

Le Mans Classic - Alfa Romeo Giulietta SZ Coda tronca - 1962 - arriere
Le Mans Classic – Alfa Romeo Giulietta SZ Coda tronca – 1962 – arriere – Crédit : Hphoto.fr

Articles liés – La queue Kamm

Sources

Sources
Primaire FKFS, institut fondé par Kamm : fondation de 1930, professorat, K-Wagen, première soufflerie à l’échelle 1 : fkfs.de, About us
Primaire Revs Institute, fiche de collection de la C-4RK : mécanique, masses, numéro de série, Le Mans 1952 : revsinstitute.org, 1952 Cunningham C-4RK
Primaire Revs Institute, museum news : vitesses des Hunaudières, visite de Kamm à Palm Beach, principe des sept degrés selon Peter Brock : museum.revsinstitute.org, The Cunningham C-4RK looked and raced like a cougar in a bad mood
Primaire Shelby American Collection, châssis CSX2299 au Mans 1964 et refonte de la J-car en Mk IV : shelbyamericancollection.org, 1964 Cobra Daytona Coupe CSX2299
Primaire Automobile Club de l’Ouest : la 250 GTO au Mans 1962, la 250 LM en 1965, le record des 5 000 km en 1967 : 24h-lemans.com, Ferrari 250 GTO, cinquante ans plus tard et 24h-lemans.com, The 5 000 club
Primaire Mercedes-Benz Group, Tradition : travaux du FKFS de 1936 sur le K-Heck : group.mercedes-benz.com, Aerodynamics history
Primaire The Henry Ford, essais de la Ford GT J-car à Riverside en 1966 : thehenryford.org, Ford GT-40 J-Car Testing, Riverside
Sec. VeloceToday : Ercole Spada, essai de Monza de juin 1961, cession du brevet au FKFS, filiation vers la GTO : velocetoday.com, Coda Tronca: Fact and Fiction
Sec. Motor Sport Magazine : débuts de la J-car aux essais préliminaires du Mans d’avril 1966 : motorsportmagazine.com, Ford dominates Le Mans 1966 test as J-car debuts
Sec. Hagerty : construction de CSX2287, essai de Riverside de janvier 1964, écart de vitesse avec les Ferrari : hagerty.com, Shelby’s 1964 secret weapon Cobra Daytona Coupe
Sec. Zwischengas : formulation allemande du K-Heck, paternité concurrente de Kamm et Koenig-Fachsenfeld : zwischengas.com, Die Renaissance des Langhecks
Sec. Martin Ebner : brevet de 1936, dépôt américain de 1937, cession des droits au FKFS : martin-ebner.net, Stromlinien aus Baden-Württemberg
Sec. Coachbuild.com : la Breadvan 2819GT, rôle de Drogo, contexte Volpi et ATS, Le Mans 1962 : coachbuild.com, Drogo Ferrari 250 GT SWB Breadvan
Sec. Zagato Cars : engagements des Giulia TZ au Mans et à la Targa Florio, châssis et équipages : zagato-cars.com, Alfa Romeo Giulia TZ Le Mans entries
Sec. Supercar Nostalgia : carrosserie et queue Kamm de la Ferrari 250 LM, 32 châssis, V12 de 3,3 litres : supercarnostalgia.com, Ferrari 250 LM Guide
Sec. Jalopnik et Supercars.net : essai de l’Österreichring, observation des moucherons par John Horsman, perte de vitesse de la 917 K : jalopnik.com, How gnats redesigned the Porsche 917
Sec. Wikipedia, Kammback : critère des 50 %, filiation Jaray et Madelung, premières voitures de série : en.wikipedia.org, Kammback
Sec. Wikipedia, Wunibald Kamm : biographie, FKFS en 1930, Cx de 0,25 en 1938, K-Wagen : en.wikipedia.org, Wunibald Kamm
Sec. Conceptcarz : lèvre boulonnée sur les dix-huit premières 250 GTO : conceptcarz.com, 1962 Ferrari 250 GTO
Lacune Rapports d’essais en soufflerie du FKFS des années 1930 et année de mise en service de la soufflerie à l’échelle 1 : introuvables en ligne, ce qui laisse le critère des 50 % sans support primaire. Archives compétentes : fonds du FKFS, Universität Stuttgart, et Deutsches Museum, Munich.
Lacune Numéro DRP du brevet de Koenig-Fachsenfeld et acte de cession au FKFS : attestés par plusieurs sources, jamais référencés. Archives compétentes : DEPATISnet et fonds du château de Fachsenfeld.
Lacune Sort, numéros de série et rapports d’essais des prototypes K du FKFS, K1 de 1938, K4 de 1940 et K-Wagen : aucune source ne les documente. Archive compétente : fonds du FKFS, Universität Stuttgart.
Lacune Coefficients de traînée des voitures de course citées : les essais de Bizzarrini à l’université de Pise sont inédits, et la Shelby Daytona n’a jamais été soufflée. Archives compétentes : Università di Pisa, archives Ferrari à Maranello, Shelby American Collection à Boulder.
Lacune Nombre de Giulietta SZ à queue coupée et pointe relevée à Monza en 1961 : quarante et une voitures selon RM Sotheby’s, trente ou une quarantaine ailleurs ; Archives compétentes : Archivio Storico Alfa Romeo à Arese et archives Zagato à Milan.
Lacune Chiffres de production de la Nash Airflyte : le seul décompte trouvé provient d’une encyclopédie auto-générée écartée par le site. Archive compétente : fonds Nash-Kelvinator, National Automotive History Collection, Detroit Public Library.

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