La guerre froide de McLaren : Prost contre Senna
En 1988, McLaren a réuni Alain Prost, champion du monde 1985 et 1986, contre Ayrton Senna, arrivé de Lotus, dans la même écurie et sur la même monoplace, la MP4/4. Un seul baquet gagnant pour deux légitimités égales : la cohabitation tiendra deux saisons, et son arbitrage finira devant les instances de la Fédération internationale du sport automobile.

En 1988, McLaren a associé Alain Prost et Ayrton Senna sur la MP4/4, dominante dès la première course de la saison. Le classement des pilotes ne suffira pas à les départager, et le barème du championnat s’en chargera à leur place. La cohabitation rompra à Imola le 23 avril 1989, sur un accord verbal dont les deux hommes ne donneront jamais la même lecture. Elle occupera ensuite les commissaires de Suzuka, puis le Tribunal international d’appel réuni à Paris fin octobre 1989. Le Conseil mondial du sport automobile retiendra la super-licence de Senna jusqu’en février 1990.
Sept ans après les faits, un quotidien brésilien publiera l’aveu de Jean-Marie Balestre, alors président de la Fédération internationale du sport automobile : il avait agi en faveur de Prost dans les suites du Grand Prix du Japon 1989. Aucune source ne documente que Prost le lui ait demandé.
Deux styles, un seul baquet
Prost et Senna gagnaient de deux façons qui n’avaient rien en commun, et McLaren a fait tenir les deux dans le même baquet à partir de 1988.
Alain Prost, la gestion de course
Alain Prost est né le 24 février 1955 à Lorette, dans la Loire. Il courait en Formule 1 depuis 1980. Il pilotait sur un registre analytique, tout en gestion de course, et ce style lui avait valu le surnom du Professeur.
Il avait été sacré champion du monde en 1985, puis de nouveau en 1986. Les deux titres avaient été acquis chez McLaren. Senna est arrivé dans une écurie où Prost gagnait déjà.

of BraziI (L) and Alain Prost of France discuss the details of today’s practice of the West German Grand Prix. Senna clocked the fastest time of 1’45.615 followed by Prost’s 1’46.047.
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HOC0I : AM-SAKSA – GRAND: HOCKENHEIM, LÄNSI-SAKSA, 22. heinäkuuta – BrasiIian Ayrton Senna (L) ja Alain Prost Ranskasta keskustelevat Länsi-Saksan Grand Prix -kilpailun tämän päivän harjoitusten yksityiskohdista. Senna ajoi nopeimman ajan 1’45,615, jota seurasi Prost ajalla 1’46,047.
Ayrton Senna, l’engagement en qualification
Ayrton Senna est né le 21 mars 1960 à São Paulo. Il courait en Formule 1 depuis 1984, et il a rejoint McLaren en 1988 en provenance de Lotus.
Son pilotage reposait sur l’engagement immédiat, et il l’exerçait d’abord en qualification. Il revendiquait publiquement une dimension mystique de son rapport à la course.
La MP4/4 et la dernière saison turbo
Les deux pilotes ont partagé la McLaren MP4/4, dont le châssis a été conçu sous la direction de Steve Nichols. La monoplace recevait le V6 biturbo Honda RA168-E, un 1494 cm3 refroidi par eau.
Le règlement encadrait étroitement cette architecture. La FISA plafonnait la pression de suralimentation à 2,5 bar et abaissait la capacité de carburant à 150 litres pour les moteurs turbocompressés. Elle les interdira à partir de 1989.
Honda créditait le RA168-E de 685 ch à 12 500 tr/min en fin de saison, dans la dernière année d’existence de la formule turbo.
| Statistique | Alain Prost | Ayrton Senna |
|---|---|---|
| Points de championnat comptés | 163 (87 en 1988, 76 en 1989) | 150 (90 en 1988, 60 en 1989) |
| Victoires | 11 (7 en 1988, 4 en 1989) | 14 (8 en 1988, 6 en 1989) |
| Pole positions | 4 | 26 |
| Titre de champion du monde | 1989 | 1988 |
Points comptés : totaux retenus au classement après application de la règle des onze meilleurs résultats, et non points marqués sur l’ensemble des courses. En 1988, Prost marque 105 points bruts pour 87 comptés, Senna 94 points bruts pour 90 comptés.
Pole positions : reconstitution arithmétique à partir des totaux de saison (Senna 13 poles en 1988 et 13 en 1989, McLaren 15 poles chacune de ces deux saisons). Chiffre cohérent, non relevé directement sur une fiche de statistiques dédiée.
Meilleurs tours et podiums ne figurent pas dans ce tableau : ces deux décomptes n’ont pas pu être recoupés sur une source indépendante lors de la vérification factuelle.
1988, la MP4/4 et un titre à l’avantage du barème
Quinze victoires en seize courses ne suffiront pas à départager les deux McLaren : une règle de comptage désignera le champion 1988.
La MP4/4 a dominé la saison de bout en bout. Elle remportera quinze des seize courses et signera quinze pole positions. Sur les 1078 tours disputés cette année-là, les McLaren en mèneront 1003, soit environ 97,3 % du total, record de la discipline. Prost et Senna se partageront les quinze victoires, sept pour le premier et huit pour le second.
Le barème des onze meilleurs résultats
Le règlement de la FISA pour 1988 attribuera 9, 6, 4, 3, 2 et 1 points aux six premiers de chaque course. Seuls les onze meilleurs résultats de la saison compteront pour le classement final. Une victoire acquise en dehors de ces onze courses ne rapportera rien au total retenu.
Prost marquera 105 points sur l’ensemble de la saison. Le barème n’en retiendra que 87. Senna en marquera 94, dont 90 seront retenus.
L’écart s’inversera. Sur les points bruts, Prost devancera Senna de onze points. Sur les points comptés, Senna devancera Prost de trois. Le règlement aura séparé les deux hommes avant que la piste n’y parvienne.
Senna sera sacré champion du monde au Grand Prix du Japon, quinzième des seize manches, avec une course d’avance sur le calendrier.
| Saison | Voiture | Moteur | Résultat officiel | Champion du monde des pilotes |
|---|---|---|---|---|
| 1988 | McLaren MP4/4 (Prost et Senna) | Honda RA168-E, V6 biturbo 1494 cm3 | 15 victoires sur 16 courses, 15 poles, 1003 tours menés sur 1078 | Ayrton Senna (90 points comptés, contre 87 à Prost) |
| 1989 | McLaren MP4/5 (Prost et Senna) | Honda RA109E, V10 atmosphérique 3,5 L | 10 victoires sur 16 courses (6 Senna, 4 Prost), 15 poles | Alain Prost (76 points comptés, contre 60 à Senna) |
| 1990 | McLaren MP4/5B (Senna) et Ferrari 641 (Prost) | Honda RA100E, V10 atmosphérique / Ferrari Tipo 036, V12 atmosphérique 3,5 L | McLaren championne des constructeurs avec 121 points, Ferrari deuxième avec 110 points | Ayrton Senna (78 points, contre 71 comptés à Prost) |
Points comptés : la règle des meilleurs résultats retenus s’applique sur les trois saisons, seuls les onze meilleurs résultats étant comptabilisés en 1988 et en 1989. Elle explique l’écart entre points marqués et points comptés, notamment en 1988 (Prost 105 marqués pour 87 comptés) et en 1990 (Prost 73 marqués pour 71 comptés).
1989 : le classement final intègre le retrait des points de la victoire de Senna au Grand Prix du Japon, disqualification confirmée par le Tribunal international d’appel le 31 octobre 1989.
Puissance du Honda RA168-E : 685 ch à 12 500 tr/min en fin de saison 1988, chiffre publié par Honda et confirmé par Motor Sport Magazine en juillet 1990.
Imola 1989, la rupture du pacte
Prost et Senna s’étaient entendus sur une règle simple, jamais formalisée par écrit : le pilote en tête au premier virage ne serait pas contesté par son coéquipier avant que l’ordre ne soit fixé. L’accord n’aura pas résisté à un drapeau rouge.
Le Grand Prix de Saint-Marin s’est disputé à Imola le 23 avril 1989, et Senna s’est élancé en pole position. Dès le premier tour, la Ferrari de Gerhard Berger quittera la piste au virage de Tamburello, où un violent incendie se déclarera. Berger sera extrait de l’épave avec des brûlures légères. La course sera interrompue par un drapeau rouge, et le redépart interviendra environ une heure plus tard.

Au redépart, Prost, sur sa McLaren MP4/5, prendra le meilleur envol et mènera au premier virage. Dans la descente vers Tosa, après l’enchaînement Villeneuve, Senna se portera à la hauteur de Prost au freinage et le doublera. Il remportera la course.
L’interprétation divergera aussitôt. Alain Prost soutiendra que l’accord couvrait tout départ, redépart compris, et qu’il avait donc été rompu. Ayrton Senna répondra qu’un redépart ne constitue pas le départ visé par le pacte, et que le dépassement était de toute façon consommé avant l’entrée du virage.
Selon des propos rapportés par the-race.com et grandprix247.com, Ron Dennis serait intervenu auprès de Senna après l’arrivée : « si vous avez un accord, vous devez le respecter ». Selon the-race.com, Prost décrira par la suite Senna comme n’ayant pas été « honorable » dans le respect de l’accord.
Le périmètre exact du pacte n’aura jamais été tranché entre les deux hommes, et aucun texte n’existait pour le faire.
Suzuka 1989, la disqualification et l’hiver de la super-licence
Le titre 1989 se jouera en six tours de piste, puis se rejouera pendant quatre mois devant les instances de la FISA.
Le tour 47
Le Grand Prix du Japon s’est disputé à Suzuka le 22 octobre 1989. Au 47e des 53 tours, Prost menait devant Senna. Senna plongera à la corde, à l’intérieur, avant la chicane. Il ne parviendra pas à se placer devant. Les deux McLaren partiront tout droit et manqueront l’entrée de la chicane.
La McLaren de Prost restera bloquée, et Prost abandonnera sur place. Senna repartira après une poussée des commissaires. Il franchira les barrières de la chicane pour rejoindre la piste après celle-ci, coupant la portion officielle du circuit. Il s’arrêtera aux stands pour remplacer son aileron avant endommagé, puis rattrapera Alessandro Nannini et le doublera. Il franchira la ligne d’arrivée en vainqueur.
Les commissaires de course prononceront sa disqualification immédiate, pour avoir coupé la chicane et bénéficié d’une assistance extérieure au redémarrage. La victoire reviendra à Nannini.
Senna accusera publiquement Jean-Marie Balestre, président français de la FISA, d’avoir orienté la décision en faveur de Prost, français lui aussi. Les commissaires et Balestre démentiront. Balestre n’était pas physiquement présent à la réunion des commissaires qui a statué sur la disqualification.

Le Tribunal international d’appel
McLaren fera appel devant le Tribunal international d’appel de la FISA. L’audience se tiendra à Paris le vendredi 27 octobre 1989.
Le jugement sera rendu le mardi 31 octobre. La disqualification sera maintenue. Senna écopera d’une amende de 100 000 dollars américains et d’une suspension de licence de six mois avec sursis.
Le retrait des points de Suzuka privera Senna du titre 1989. Prost sera sacré champion du monde pour la troisième fois, avec 76 points comptés sur 81 marqués, contre 60 points à Senna. McLaren remportera le championnat des constructeurs avec 141 points.
Le 10 novembre 1989, quelques jours après la fin de la saison, Senna accusera publiquement Balestre et la FISA d’avoir truqué l’issue du championnat.
L’hiver de la super-licence
Le 7 décembre 1989, Senna comparaîtra devant le Conseil mondial du sport automobile de la FISA, sommé de s’expliquer sur ses accusations. Balestre annoncera que Senna n’obtiendra pas sa super-licence pour 1990 tant qu’il ne retirera pas publiquement ses déclarations. Le Conseil votera le refus de délivrance sous cette condition.
Le 10 janvier 1990, Balestre réitérera la menace en l’absence de rétractation.
Le 16 février 1990, la FISA la mettra à exécution. Elle publiera une liste d’engagés où Jonathan Palmer occupait la place de Senna. McLaren envisagera une action contre la FISA pour entrave à la liberté du travail. Selon des propos rapportés par leblogauto.com, Balestre répondra publiquement que Senna « pourrait être pilote en F3000 ».
Sous la pression de Ron Dennis et de Honda, Senna publiera une déclaration. Il y indiquera avoir pris connaissance, lors du Conseil mondial du 7 décembre 1989, de témoignages établissant qu’aucun groupe de pression ni le président de la FISA n’avait influencé les décisions relatives au championnat 1989. En contrepartie, Balestre délivrera la super-licence 1990 et lèvera la suspension de six mois avec sursis.
Senna désavouera publiquement cette déclaration après la chute de Balestre à la tête de la FISA, fin 1991.
Le dossier Balestre, ce que les sources établissent
Ce que Balestre a reconnu
En 1996, sept ans après les faits et après avoir quitté la présidence de la FIA, Jean-Marie Balestre a reconnu avoir agi en faveur de Prost dans les suites du Grand Prix du Japon 1989. L’aveu a été publié le 6 novembre 1996 par le quotidien brésilien O Estado de S. Paulo, sous la signature d’Elpídio Reali Júnior, dans un article intitulé « Balestre admite ter ajudado Prost contra Senna ».
Max Mosley, qui a succédé à Balestre à la tête de la FISA après l’avoir défié à la présidence, a déclaré à propos de l’accrochage de 1989 que Balestre avait arrangé l’affaire en influençant les commissaires.
Ces deux éléments établissent une action de Balestre en faveur de Prost. Ils n’établissent rien sur une demande venue de Prost.
Ce que les sources ne documentent pas
Aucune source consultée n’établit que Prost ait demandé ou obtenu une intervention de Balestre, ni en 1989 ni en 1990. Aucune ne documente de relation personnelle ou d’intérêt partagé entre les deux hommes, au-delà de la nationalité française commune. Cette nationalité commune est le seul élément qu’avançaient les accusateurs de l’époque.
Un élément circonstanciel revient régulièrement à l’appui de la thèse de la connivence. Des images montrent Prost se dirigeant vers la direction de course juste après l’accrochage de Suzuka 1989. Aucune source consultée n’établit la teneur de ce déplacement ni son effet sur la décision des commissaires.
Ce que Prost a dit, et ce qu’il n’a jamais dit
Sur l’accusation d’avoir provoqué délibérément l’accrochage de 1989, Prost a répondu quelques années plus tard au journaliste Nigel Roebuck. Il a donné sa parole qu’il l’aurait dit s’il avait cherché à écarter Senna délibérément. Il a expliqué que Senna avait maintes fois, durant leurs deux saisons de coéquipiers, forcé le passage en le plaçant devant l’alternative de s’écarter ou de mettre les deux McLaren dehors.
Selon le dossier des forums Autosport, Prost avait tendu la main à Senna après la décision des commissaires à Suzuka, en lui disant regretter que les choses se terminent ainsi.
Aucune déclaration sourcée et datée de Prost répondant au reproche de connivence avec Balestre n’a été retrouvée. Prost s’est défendu sur les faits de piste, jamais publiquement sur le procès en connivence institutionnelle.
1990, Ferrari, et le miroir de Suzuka
Le départ de Prost pour Ferrari a mis fin à la cohabitation, sans mettre fin à la rivalité. L’année 1990 s’achèvera au même endroit qu’en 1989, sur un accrochage dont le bénéficiaire aura changé de camp.
Prost a rejoint la Scuderia Ferrari aux côtés de Nigel Mansell. Il y pilotera la Ferrari 641, aussi désignée F1-90, motorisée par le V12 atmosphérique Tipo 036 de 3,5 litres. Senna restera chez McLaren, sur la MP4/5B, évolution de la MP4/5 dotée du Honda RA100E.
La saison tournera à l’avantage de McLaren-Honda, championne des constructeurs avec 121 points contre 110 à Ferrari. Prost signera cinq victoires, dont l’une acquise depuis la treizième place sur la grille au Grand Prix du Mexique. Il ne décrochera aucune pole position de l’année : les trois poles de Ferrari reviendront toutes à Mansell.
Prost terminera deuxième du championnat des pilotes avec 71 points comptés sur 73 marqués, derrière les 78 points de Senna. La règle des onze meilleurs résultats s’appliquait encore, et elle aura retranché deux points à son total.
La pole côté sale
Le Grand Prix du Japon s’est disputé à Suzuka le 21 octobre 1990, et Senna y a signé la pole position. L’usage voulait que la pole soit tracée sur la trajectoire la plus rapide. Elle se trouvait cette fois du côté le plus sale de la piste, hors de la trajectoire idéale en sortie de ligne droite des stands.
Senna et Gerhard Berger demanderont aux commissaires japonais, puis à la FISA, de déplacer la pole sur le côté gauche, plus propre. Jean-Marie Balestre refusera. Senna s’élancera donc depuis le côté le moins adhérent de la grille.
Au départ, Prost prendra l’avantage. Senna plongera à l’intérieur du premier virage. Les deux voitures se percuteront et sortiront immédiatement de piste. Toutes deux abandonneront sur-le-champ.
L’abandon des deux hommes profitera au classement de Senna, en miroir inverse de Suzuka 1989, où l’accrochage avait profité à Prost. Senna sera sacré champion du monde pour la deuxième fois, au premier virage du premier tour du Grand Prix du Japon 1990.
1991-1994, l’aveu, Adélaïde, Imola
Un an après l’accrochage de Suzuka, Senna dira lui-même ce que les images avaient laissé supposer.
L’aveu de Suzuka
Le Grand Prix du Japon s’est disputé à Suzuka le dimanche 20 octobre 1991, et Gerhard Berger l’a remporté sur une McLaren. Lors de la conférence de presse d’après course, Senna reconnaîtra avoir percuté Prost délibérément un an plus tôt, au même endroit. Il imputera sa décision à l’accumulation de ses griefs contre Prost. Il visera aussi les commissaires de course et Balestre.
Selon Motor Sport Magazine, dans « The other side of Senna » (décembre 1991), Senna a décrit une décision prise à l’avance : si Prost le devançait au premier virage, il ne le laisserait pas passer. Aucune transcription officielle de cette conférence de presse n’est accessible. La version publiée par Motor Sport Magazine en décembre 1991 reste la plus complète.
Adélaïde, un geste sans parole
Le 7 novembre 1993, à Adélaïde, s’est disputée la seizième et dernière manche de la saison, dernière course de la carrière de Prost. Senna l’a remportée sur une McLaren-Ford. Ce sera sa 41e et dernière victoire en Formule 1. Prost, sur une Williams-Renault et déjà sacré champion du monde avant l’épreuve, a terminé deuxième. Ce sera son dernier podium.
Sur le podium, Senna invitera Prost à le rejoindre sur la plus haute marche. Il lui saisira la main gauche et la lèvera.
Aucune source ne documente de propos de Senna sur Prost ce jour-là, ni à la radio de bord ni en conférence de presse. Le seul témoignage rapporté du weekend vient de Jo Ramirez, coordinateur technique de McLaren, seul à avoir vu des larmes dans les yeux de Senna avant son dernier départ pour l’écurie.
Imola, mai 1994
Le 1er mai 1994, au Grand Prix de Saint-Marin, Senna sortira de piste au virage de Tamburello alors qu’il menait la course. Il percutera un mur de béton et décédera des suites de ses blessures. Tamburello était le virage où Gerhard Berger s’était embrasé cinq ans plus tôt, le jour de la rupture du pacte.
Les obsèques se sont tenues à São Paulo le 5 mai 1994. Le cortège a été suivi, selon les estimations rapportées, par plus d’un million de personnes.
Prost figurait parmi les porteurs du cercueil, sans occuper la tête du cortège. Jackie Stewart et lui devaient initialement y porter le cercueil. Betise Assumpcao, attachée de presse et proche de Senna, a modifié la disposition au dernier moment pour placer Gerhard Berger et Emerson Fittipaldi devant, tous deux jugés plus proches du pilote.
Prost a poussé le chariot du cercueil juste derrière Fittipaldi.
Ce que la guerre froide de McLaren révèle
Le classement de ces trois saisons n’a jamais été rectifié.
Senna a conservé ses titres de 1988 et de 1990. Prost a conservé celui de 1989. La disqualification prononcée à Suzuka, confirmée par le Tribunal international d’appel le 31 octobre 1989, n’a fait l’objet d’aucun réexamen après l’aveu de 1996. Les points retirés cette année-là n’ont pas été rendus.
L’écart entre les deux hommes s’est joué deux fois hors de la piste. En 1988, le barème des onze meilleurs résultats a donné le titre au pilote qui avait marqué le moins de points bruts sur la saison. En 1989, une décision de commissaires a retiré une victoire acquise sous le drapeau à damier. Dans les deux cas, le championnat s’est décidé après l’arrivée, sur une règle ou sur un jugement.
Ce que la recherche documentaire retient de ces trois saisons tient dans une dissymétrie entre les trois hommes. Senna qui accusait s’est rétracté par écrit pour obtenir sa licence, avant de désavouer sa rétractation fin 1991. Prost accusé n’a jamais eu à répondre publiquement du reproche de connivence, et aucune source consultée ne le lui oppose sur pièces. L’aveu est venu de Balestre, sept ans après les faits, alors qu’il avait quitté la présidence de la FIA.
Articles liés à la guerre froide de McLaren : Prost contre Senna
Sources
Sources primaires de l’événement
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★ PRIMAIRE
Honda, fiche moteur officielle RA168E (POWEREDbyHONDA)
https://global.honda/en/powered-by-honda/ Apport spécifique : puissance de 685 ch à 12 500 tr/min, cylindrée de 1494 cm3, alésage de 79,0 mm, taux de compression de 9,4, masse de 146 kg, couple de 313 lb-pi à 10 000 tr/min. Plafond de suralimentation de 2,5 bar et capacité de 150 litres pour 1988. -
★ PRIMAIRE
Motor Sport Magazine, « Formula for Success: The Honda RA168E », juillet 1990
https://www.motorsportmagazine.com/archive/article/july-1990/48/formula-success/ Apport spécifique : confirmation indépendante des 685 ch en fin de saison 1988, chiffre retenu contre les 650 ch avancés par plusieurs sources secondaires. -
★ PRIMAIRE
Motor Sport Magazine, « The other side of Senna », décembre 1991
https://www.motorsportmagazine.com/archive/article/december-1991/16/other-side-senna/ Apport spécifique : version la plus complète de l’aveu de Senna en conférence de presse à Suzuka, le 20 octobre 1991, sur l’accrochage délibéré de 1990. Source de la citation-pivot de l’article. -
★ PRIMAIRE
McLaren Racing Heritage, fiches MP4/4, MP4/5 et MP4/5B
https://www.mclaren.com/racing/heritage/ Apport spécifique : bilan constructeur 1988 (15 victoires sur 16, 15 poles, 1003 tours menés sur 1078) et répartition des victoires 1989 entre Senna et Prost.
Résultats et chronologie
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★ PRIMAIRE
StatsF1, classement du championnat 1988
https://www.statsf1.com/fr/1988.aspx Apport spécifique : colonnes points comptés et points marqués, établissant que Prost marque 105 points pour 87 retenus, Senna 94 points pour 90 retenus. Clé du titre 1988. -
★ PRIMAIRE
StatsF1, classement du championnat 1989
https://www.statsf1.com/fr/1989.aspx Apport spécifique : Prost 76 points comptés sur 81 marqués, Senna 60 points, McLaren championne des constructeurs avec 141 points. -
★ PRIMAIRE
StatsF1, classement du championnat 1990
https://www.statsf1.com/fr/1990.aspx Apport spécifique : Senna 78 points, Prost 71 comptés sur 73 marqués, McLaren-Honda championne des constructeurs avec 121 points contre 110 à Ferrari. -
★ PRIMAIRE
StatsF1, fiches de carrière Alain Prost et Ayrton Senna
https://www.statsf1.com/fr/alain-prost.aspx
https://www.statsf1.com/fr/ayrton-senna.aspx Apport spécifique : base de la reconstitution de la confrontation directe 1988-1989 (163 points à 150, 14 victoires à 11). Palmarès complets : Prost 4 titres et 51 victoires, Senna 3 titres et 41 victoires. -
SEC.
Wikipedia EN, 1989 Japanese Grand Prix
https://en.wikipedia.org/wiki/1989_Japanese_Grand_Prix Apport spécifique : déroulé du tour 47 sur 53, disqualification de Senna pour avoir coupé la chicane, victoire attribuée à Alessandro Nannini. -
SEC.
Wikipedia EN, 1990 Japanese Grand Prix
https://en.wikipedia.org/wiki/1990_Japanese_Grand_Prix Apport spécifique : refus de Balestre de déplacer la pole du côté propre le 21 octobre 1990, accrochage au premier virage et deuxième titre de Senna. -
SEC.
The Race, « The Senna and Prost war begins at Imola »
https://www.the-race.com/formula-1/bring-back-v10s-the-senna-and-prost-war-begins-at-imola/ Apport spécifique : récit du redépart d’Imola le 23 avril 1989 et du dépassement à Tosa, origine du désaccord sur le pacte de non-agression. -
SEC.
Wikipedia EN, 1993 Australian Grand Prix
https://en.wikipedia.org/wiki/1993_Australian_Grand_Prix Apport spécifique : 7 novembre 1993, dernière course de Prost, 41e et dernière victoire de Senna, geste du podium.
Contexte réglementaire et institutionnel
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SEC.
Ayrton Senna.net, dossier « McLaren versus Balestre »
https://www.ayrton-senna.net/ Apport spécifique : audience du Tribunal international d’appel à Paris le 27 octobre 1989, jugement du 31 octobre (amende de 100 000 dollars, suspension de six mois avec sursis), accusations publiques de Senna du 10 novembre 1989. -
SEC.
Motor Sport Magazine, « When Ayrton Senna was nearly banned from F1 »
https://www.motorsportmagazine.com/articles/single-seaters/f1/when-ayrton-senna-was-nearly-banned-from-f1/ Apport spécifique : Conseil mondial du 7 décembre 1989, conditionnement de la super-licence 1990 à une rétractation, qualification du texte de Senna en retrait contraint plutôt qu’en excuses. -
SEC.
Le Blog Auto, « Rétro F1-intersaison 1990 : Senna contre Balestre »
https://www.leblogauto.com/2020/01/retro-f1-intersaison-1990-senna-contre-balestre.html Apport spécifique : chronologie de l’hiver 1989-1990, menace réitérée le 10 janvier 1990, liste d’engagés du 16 février 1990 où Jonathan Palmer occupe la place de Senna. -
SEC.
RaceFans, « The Making of Senna part 6: The perfect bad guy? »
https://www.racefans.net/2011/06/03/the-making-of-senna-part-6-the-perfect-bad-guy/ Apport spécifique : propos rapportés de Max Mosley, successeur de Balestre, selon lesquels Balestre aurait influencé les commissaires en 1989. -
SEC.
Wikipedia EN, Jean-Marie Balestre
https://en.wikipedia.org/wiki/Jean-Marie_Balestre Apport spécifique : référence bibliographique de l’aveu de 1996 (Elpídio Reali Júnior, O Estado de S. Paulo, 6 novembre 1996), fait central du dossier.
Biographies des acteurs
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★ PRIMAIRE
Formula1.com, Hall of Fame : Alain Prost
https://www.formula1.com/en/information/hall-of-fame-alain-prost.6zzHNXdCEbcbf4jbHdcz4A Apport spécifique : recoupement du palmarès de Prost (4 titres, 51 victoires) et de son parcours chez McLaren avant 1988. -
★ PRIMAIRE
Senna.com, fiche GP da Austrália 1993
https://www.senna.com/ Apport spécifique : source brésilienne de référence documentant le geste du podium d’Adélaïde, sans propos associés. Base du traitement de la lacune sur les déclarations de Senna ce jour-là. -
SEC.
Motorsport.com, « Stewart, Prost moved from front of Senna’s coffin »
https://www.motorsport.com/f1/news/stewart-prost-moved-from-front-of-sennas-coffin/ Apport spécifique : repositionnement des porteurs du cercueil le 5 mai 1994, Prost poussant le chariot derrière Emerson Fittipaldi et non en tête de cortège. -
SEC.
Wikipedia EN, Death of Ayrton Senna
https://en.wikipedia.org/wiki/Death_of_Ayrton_Senna Apport spécifique : accident de Tamburello le 1er mai 1994, obsèques à São Paulo le 5 mai, cortège suivi par plus d’un million de personnes, liste des porteurs. -
SEC.
Autosport Forums, « Prost’s comment on Suzuka 89 »
https://forums.autosport.com/topic/48887-prosts-comment-on-suzuka-89/ Apport spécifique : réponse de Prost rapportée par Nigel Roebuck sur l’accusation d’accrochage délibéré en 1989, seule prise de parole documentée de Prost sur ce point.
Lacunes documentaires
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LACUNE
Texte intégral de l’aveu de Balestre, 1996
Elpídio Reali Júnior, « Balestre admite ter ajudado Prost contra Senna », O Estado de S. Paulo, 6 novembre 1996. Référence bibliographique précise, article non consulté dans son texte intégral (archives payantes du quotidien). Le fait est établi, sa formulation exacte ne l’est pas : aucune citation entre guillemets n’est possible en l’état. Archive compétente : Acervo Estadão, São Paulo. -
LACUNE
Déclaration de Prost sur le reproche de connivence avec Balestre
Aucune déclaration sourcée et datée d’Alain Prost répondant au reproche de connivence institutionnelle n’a été retrouvée après recherche dédiée. Prost s’est exprimé sur les faits de piste, jamais publiquement sur ce procès. Ce vide est un résultat de la recherche, et il cadre le traitement de l’article. -
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Transcription primaire de l’aveu de Senna, Suzuka 1991
Aucune transcription officielle de la conférence de presse du 20 octobre 1991 n’est accessible, les transcriptions systématiques de la FIA ne débutant que plus tard. La version de Motor Sport Magazine (décembre 1991) reste la plus complète. Archive compétente : service des archives de la FIA, Paris. -
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Propos de Senna sur Prost à Adélaïde, 7 novembre 1993
Recherche dédiée menée en portugais du Brésil et en anglais : aucune source ne documente de propos de Senna sur Prost ce jour-là, sur aucun canal. Seul le geste non verbal du podium est établi. Archive compétente : archives audiovisuelles de TV Globo, hors périmètre consulté. -
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Meilleurs tours et podiums de la confrontation directe 1988-1989
Les décomptes de meilleurs tours et de podiums entre Prost et Senna sur ces deux saisons ne reposent que sur un agrégateur et son reflet encyclopédique, non indépendants l’un de l’autre. Non recoupés, ils sont écartés de l’article et du tableau de confrontation. -
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Article original de Nigel Roebuck et transcription des propos de Ron Dennis
La publication d’origine de la réponse de Prost recueillie par Nigel Roebuck n’a pas été identifiée avec certitude (vraisemblablement Autosport ou Motor Sport). Les propos de Ron Dennis à Senna après Imola 1989 sont rapportés de seconde main, sans transcription primaire datée. Archives compétentes : Autosport et Motor Sport Magazine.
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