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Battista Pininfarina (1893-1966)

Battista PininFarina (1893-1966) est un carrossier et designer turinois, fondateur de la Carrozzeria Pinin Farina le 22 mai 1930. Il signe la Cisitalia 202 GT (1946-1947), premier objet entré dans la collection permanente du MoMA en 1972, et habille les Ferrari de route de 1952 à 1966.

Enzo Ferrari et Battista Farina, avec une Ferrari — probablement la Ferrari 340 portant le numéro de châssis 0318 AM. La scène se situe vers 1952-1953.
Enzo Ferrari et Battista Farina, avec une Ferrari — probablement la Ferrari 340 portant le numéro de châssis 0318 AM. La scène se situe vers 1952-1953. By Unknown photographer – [1], Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=84384282


Les essentiels de Battista PininFarina

Design automobile – Carrosserie italienne, 1904-1966

Carrossier et designer piémontais, Battista « Pinin » Farina a fondé la Carrozzeria Pinin Farina le 22 mai 1930 et signé, dès 1952, les premières Ferrari de route qui habillèrent la compétition GT des années 1950 et 1960.

Formé dans l’atelier de son frère Giovanni Carlo, fondateur de Stabilimenti Industriali Farina à Turin, il s’en émancipe en 1930 pour créer sa propre maison. En trente et un ans de direction personnelle, il impose un style qui intègre chaque élément extérieur d’une voiture en un seul volume continu, rompant avec les pratiques de ses contemporains. Son nom reste indissociable de la Cisitalia 202 GT, première automobile à entrer dans la collection permanente du Museum of Modern Art de New York, et de la longue collaboration avec Enzo Ferrari.


Les informations techniques

Fiche du carrossier
Nationalité Italienne
Né le / Décès 2 novembre 1893, Cortanze d’Asti (Piémont, Italie) / 3 avril 1966, Lausanne (Suisse)
Rôle Carrossier, designer automobile, entrepreneur
Années d’activité 1904-1966
Maisons principales Stabilimenti Industriali Farina (1904-1928) ; Carrozzeria Pinin Farina (1930-1961)
Réalisations de référence Cisitalia 202 GT (1946-1947) ; Ferrari 212 Inter Cabriolet (1952) ; Ferrari 250 GT Berlinetta « Tour de France » (1956-1959) ; Alfa Romeo 1600 Duetto (1966)
Partenaires principaux Ferrari (1952-1966), Lancia (dès 1930), Alfa Romeo (dès 1932), Fiat, Nash, Peugeot, Rolls-Royce
Lien avec le sport automobile Carrossier officiel Ferrari (1952-1966) ; la Ferrari 250 GT Berlinetta remporte le Tour de France Automobile 1956, 1957, 1958 et 1959 (Alfonso de Portago 1956, Olivier Gendebien 1957-1959) ; Targa Florio 1957 ; catégorie GT aux 24 Heures du Mans 1959
Reconnaissances Cisitalia 202 GT au MoMA New York (exposition 1951, collection permanente 1972) ; Automotive Hall of Fame (2004, posthume)

Battista Farina est avant tout un bâtisseur de formes qui a compris, avant ses concurrents, que la carrosserie d’une automobile doit être pensée comme un volume sculptural d’un seul tenant. Sa formation chez Stabilimenti Farina, entre 1904 et 1928, lui donne une maîtrise des métaux et des contraintes de production artisanale rares pour son époque. Quand il fonde sa propre carrozzeria en 1930, il dispose de vingt-quatre ans de pratique et d’une conviction formée au contact des châssis Lancia et Alfa Romeo : chaque élément d’une carrosserie doit s’assembler avec les autres en une ligne continue, là où ses contemporains les traitent encore comme des pièces indépendantes.

Cette doctrine de l’intégration atteint son expression la plus radicale avec la Cisitalia 202 GT en 1946-1947, commandée par l’industriel turinois Piero Dusio. Dans l’univers du sport automobile historique, Pinin Farina est le carrossier de référence des Ferrari de compétition GT. La Ferrari 250 GT Berlinetta dite « Tour de France », dont la carrosserie en aluminium est réalisée par Scaglietti sur plans turinois, remporte l’épreuve éponyme quatre fois de suite entre 1956 et 1959. Sa collaboration avec Enzo Ferrari, nouée en automne 1951 à Tortona, définit la production de route de la marque pendant toute la durée de sa direction, et au-delà.

Sources : Automotive Hall of Fame, ferrari.com, carrozzieri-italiani.com
MM - 218 - FERRARI - 250 MM BERLINETTA PININFARINA - 1953 - MILLE MIGLIA
MM – 218 – FERRARI – 250 MM BERLINETTA PININFARINA – 1953 – MILLE MIGLIA

Les chiffres clés

1930
Fondation officielle de la Carrozzeria Pinin Farina (22 mai)
Source : acte notarié, Wikipedia EN
90
Employés à la création (1930), pour 42 carrosseries la première année
Source : carrozzieri-italiani.com
400
Employés et 150 carrosseries/mois à l’apogée d’avant-guerre (1939)
Source : carrozzieri-italiani.com
1951
Cisitalia 202 GT exposée au Museum of Modern Art de New York
Source : MoMA collection (moma.org)
1952
Première Ferrari carrossée par Pinin Farina (la Ferrari 212 Inter Cabriolet)
Source : ferrari.com, carrozzieri-italiani.com
31 ans
Direction personnelle de la Carrozzeria (1930-1961, transfert à Sergio Pininfarina)
Source : Wikipedia EN/FR

Entre 1930 et 1939, l’effectif passe de 90 à 400 personnes et la cadence mensuelle de carrosseries est multipliée par plus de trois. Ce rythme, interrompu par la guerre, place la maison au rang des plus grandes de carrosserie européennes avant même la première collaboration avec Ferrari. La consécration du MoMA en 1951, dix-neuf ans seulement après la fondation, n’a pas d’équivalent dans l’histoire du design automobile d’après-guerre.


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Les moments marquants

Moments marquants – les débuts et l’affirmation piémontaise (1904-1939)

Battista Farina n’a jamais suivi de cours de design. Il apprend la carrosserie dans l’atelier de son frère aîné à Turin, à une époque où les automobiles se construisent encore comme des carrosseries de calèche adaptées à un châssis mécanique. Sa carrière dans ces premières décennies épouse l’essor de l’industrie automobile italienne, jusqu’aux premiers succès en compétition de ses carrosseries.

Vers 1904 : entrée chez Stabilimenti Farina – formation d’un carrossier
Battista Farina rejoint l’atelier de son frère Giovanni Carlo, fondateur de Stabilimenti Industriali Farina à Turin, vers 1904, à l’âge de dix à onze ans. Ses débuts sont ceux d’un apprenti de la carrosserie à l’ancienne : le métal se taille, se martèle et se soude à la main sur des châssis confiés à la maison par les constructeurs. Giovanni Carlo Farina compte parmi les premiers carrossiers italiens à travailler régulièrement pour ALFA, future Alfa Romeo, dès 1914. Dans cet atelier du corso Trapani, Battista apprend à lire un châssis avant de le couvrir, à anticiper les contraintes d’une carrosserie sur une mécanique donnée. Vingt-quatre ans auprès de son frère lui donnent un savoir-faire qu’aucun cours de design ne pouvait offrir à l’époque.
PREMIERE
1911 : radiateur de la Fiat Zero – premier grand projet personnel
À dix-huit ans environ, Battista Farina signe son premier projet de conception d’envergure au sein de Stabilimenti Farina : le dessin du radiateur de la nouvelle Fiat « Zero ». Cette voiture, produite de 1912 à 1915, est la première tentative de Fiat vers une automobile à vocation populaire. En lui confiant cet élément, Giovanni Carlo reconnaît la capacité de son cadet à concevoir des formes fonctionnelles cohérentes avec l’identité d’un véhicule. Aucune source ne permet d’attribuer d’autre projet autonome à Battista avant cet épisode. La date et la nature exacte de sa participation sont connues par des sources secondaires, sans document primaire identifié à ce stade.
1920 : voyage aux États-Unis – refus de l’offre Ford
En 1920, Battista Farina traverse l’Atlantique pour étudier les méthodes de production en série appliquées par Ford. Il visite la Highland Park Plant à Detroit, où les lignes d’assemblage ont transformé la fabrication automobile. Henry Ford le reçoit à déjeuner et lui propose un emploi à Détroit. Battista refuse et rentre à Turin. Ce refus est un choix industriel : il emporte une vision de l’organisation que Ford lui a montrée et l’intègre progressivement dans la gestion de sa propre maison, sans renoncer à la qualité artisanale de la carrosserie italienne. La durée exacte du séjour et les autres usines visitées ne sont pas documentées dans les sources disponibles.
TOURNANT
22 mai 1930 : fondation de la Carrozzeria Pinin Farina – 90 employés, 42 carrosseries
La « Società anonima Carrozzeria Pinin Farina » est officiellement constituée le 22 mai 1930 au 107 corso Trapani, à Turin. La première année, 90 employés produisent 42 carrosseries. Les co-fondateurs actionnaires incluent Giovanni Battista Devalle, Gaspare Bona, Pietro Monateri, Arrigo De Angeli et Vincenzo Lancia ; la famille Miglietti, belle-famille de Battista, apporte un soutien financier distinct du capital social. À 36 ans, Battista rompt avec l’atelier de son frère et crée une maison à son surnom : « Pinin », le diminutif piémontais qu’il porte depuis l’enfance. Ce n’est qu’en 1961 que le changement de patronyme sera officialisé par décret présidentiel, transformant « Farina » en « Pininfarina ».
PREMIERE
1936-1939 : le style Aerodinamica – la Lancia Aprilia en compétition
Entre 1936 et 1939, Pinin Farina développe sur le châssis de la Lancia Aprilia une série de carrosseries dites « Aerodinamica » : ligne de caisse basse et arrière effilé, les saillies éliminées. L’une d’elles, la Lancia Aprilia Coupé Aerodinamica, termine 20e au classement général des Mille Miglia 1938, première occurrence documentée d’une voiture portant sa signature dans une épreuve de compétition majeure. En 1939, l’effectif de la maison atteint 400 personnes pour 150 carrosseries par mois. Ce travail sur l’Aprilia préfigure la méthode qui deviendra sa marque : intégrer chaque élément de la carrosserie dans un volume cohérent, sans rupture entre le capot et le reste.
TOURNANT
157 - CISITALIA 202 SC BERLINETTA PININ FARINA - 1950
157 – CISITALIA 202 SC BERLINETTA PININ FARINA – 1950
Moments marquants – la consécration internationale (1946-1966)

L’après-guerre recompose le paysage de la carrosserie italienne. La reconstruction économique rouvre les grandes commandes et Pinin Farina noue, en moins de dix ans, les deux partenariats qui définissent sa stature internationale : la consécration du MoMA pour la Cisitalia 202 GT et la collaboration avec Ferrari, inaugurée à Tortona en automne 1951.

1946-1947 : la Cisitalia 202 GT – rupture esthétique
Piero Dusio, industriel et pilote amateur turinois, confie en 1946 à Pinin Farina la carrosserie d’une voiture de grand tourisme fondée sur le châssis Cisitalia D46 de compétition. Le résultat, présenté en 1947, est la Cisitalia 202 GT. Pour la première fois, le capot, les ailes et les phares forment une silhouette continue et unifiée : aucun carrossier avant Pinin Farina n’avait traité l’automobile comme un volume sculptural sans rupture entre ses éléments. Le MoMA de New York inclut la 202 GT dans l’exposition « 8 Automobiles » en 1951, puis dans sa collection permanente en 1972. Le design est achevé en 1946 selon le catalogue du MoMA ; la carrosserie est produite et présentée en 1947 selon la presse automobile de l’époque.
TOURNANT
1951 : la Cisitalia 202 GT au Museum of Modern Art de New York
En 1951, le conservateur Arthur Drexler intègre la Cisitalia 202 GT dans l’exposition « 8 Automobiles » au Museum of Modern Art de New York, aux côtés de la Bentley 1939 et de la Lincoln Continental 1941. La sélection consacre pour la première fois une automobile italienne d’après-guerre comme objet de design à part entière dans un musée d’art contemporain majeur. En 1972, la 202 GT entre dans la collection permanente du MoMA, première voiture à y figurer de façon permanente. Cette reconnaissance donne à Battista Farina une stature internationale que ses concurrents ne peuvent que lui reconnaître, et construit un argument commercial décisif sur le marché américain.
PREMIERE
Automne 1951 : le déjeuner de Tortona – accord avec Enzo Ferrari
En automne 1951, Sergio Pininfarina, fils de Battista alors âgé de vingt-cinq ans, organise un déjeuner à Tortona pour réunir son père et Enzo Ferrari. La ville est choisie comme point neutre entre Modène et Turin. Les deux hommes se connaissaient de réputation mais n’avaient jamais collaboré. Le repas débouche sur un accord dont ni l’un ni l’autre ne mesurait probablement la durée : pendant les quinze années qui suivent, jusqu’à la mort de Battista en 1966, Pinin Farina habille la quasi-totalité des Ferrari de route. La première réalisation concrète de cet accord, la Ferrari 212 Inter Cabriolet, est présentée en 1952.
DECISIF
1952 : première Ferrari carrossée – la Ferrari 212 Inter Cabriolet
La première réalisation concrète de l’accord de Tortona est la Ferrari 212 Inter Cabriolet, présentée en 1952. Équipée d’un moteur V12 de 2,6 litres, la 212 Inter est produite en série limitée sur châssis court et long. Pinin Farina en conçoit la carrosserie cabriolet à capot long et ligne de caisse basse, sur châssis court ou long. Cette première Ferrari signe les prémices d’un vocabulaire formel développé sur toutes les séries suivantes. La Ferrari 250 GT Berlinetta « Tour de France » des années 1956-1959, dont la carrosserie en aluminium est réalisée par Scaglietti sur plans Pinin Farina, remporte le Tour de France Automobile en 1956 (Alfonso de Portago), 1957, 1958 et 1959 (Olivier Gendebien), la Targa Florio 1957 et la catégorie GT aux 24 Heures du Mans 1959.
PREMIERE
Mars 1966 : l’Alfa Romeo 1600 Duetto au Salon de Genève – dernier design présenté
Le 5 mars 1966, l’Alfa Romeo 1600 Duetto est présentée au Salon de l’automobile de Genève. Conçue avec Aldo Brovarone, designer de l’atelier Pininfarina, cette spider deux places à moteur 1,6 litre Twin Cam est reconnaissable à son arrière en « coda tronca » (queue tronquée). Battista Farina, âgé de soixante-douze ans, assiste à la présentation genevoise : c’est sa dernière présence à un salon international. Il décède à Lausanne le 3 avril 1966, vingt-neuf jours après l’ouverture du salon. Les circonstances de son séjour à Lausanne et la nature de son décès ne sont pas précisées dans les sources accessibles (lacune documentaire). La Duetto restera en production jusqu’en 1994.
DECISIF
MM - 221 - Ferrari 212 INTER EUROPA - 1953 - MILLE MIGLIA
MM – 221 – Ferrari 212 INTER EUROPA – 1953 – MILLE MIGLIA

L’idée reçue

A ne pas confondre

Battista « Pinin » Farina (1893-1966) est un carrossier et designer turinois. Giuseppe « Nino » Farina (1906-1966) est le premier champion du monde de Formule 1, en 1950 au volant de l’Alfa Romeo 158. Les deux hommes partagent le même patronyme parce que Nino est le fils de Giovanni Carlo Farina, frère aîné de Battista : ils sont oncle et neveu. L’un conçoit des carrosseries ; l’autre pilote des monoplaces. Tous deux décèdent en 1966, ce qui renforce la confusion dans les biographies peu sourcées.


Pourquoi ça compte

Battista « Pinin » Farina a changé la manière dont les constructeurs pensent la carrosserie d’une voiture, avant de changer la manière dont les musées la regardent. La Cisitalia 202 GT de 1946-1947 est la première carrosserie à traiter la voiture entière comme un volume sculptural continu : les ailes et les phares cessent d’être des pièces accolées au capot pour former avec lui une ligne continue sans rupture. Ce principe d’intégration, tenu aujourd’hui pour une évidence, n’avait aucun précédent en 1947. Il est repris et adapté par tous les carrossiers européens dans les années qui suivent.

Dans l’histoire du sport automobile, son apport est indirect et structurant. Les Ferrari qu’il habille entre 1952 et 1966 alimentent la mythologie des épreuves de grand tourisme des années 1950. La Ferrari 250 GT Berlinetta « Tour de France » remporte quatre fois de suite l’épreuve éponyme entre 1956 et 1959. Sa carrosserie, dessinée à Turin et réalisée en aluminium par Scaglietti, est à la fois un outil aérodynamique et un objet immédiatement identifiable sur les circuits. Pinin Farina n’a jamais monté dans une voiture de course, mais son travail définit la silhouette des machines qui dominent la compétition GT de la décennie.

La consécration du MoMA en 1951, puis l’entrée en collection permanente en 1972, a posé une question que les milieux de l’art ne s’étaient pas encore posée : une voiture peut-elle être une œuvre ? La réponse de New York a validé une pratique, celle du carrossier-artiste, et ouvert la voie à une génération de designers qui ont revendiqué ce statut. Que le premier objet à entrer dans la collection permanente d’un grand musée d’art moderne soit une voiture de Pinin Farina, plutôt qu’un meuble ou un appareil ménager, dit quelque chose de singulier sur la place que la production industrielle italienne de l’après-guerre a occupée dans la culture du 20e siècle.

125 - ALFA ROMEO 6C 2500 S CABRIOLET PININFARINA - 1947
125 – ALFA ROMEO 6C 2500 S CABRIOLET PININFARINA – 1947

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Sources


Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au XXe Siècle

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