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Effet Coanda

L’effet Coandă est la tendance d’un jet de fluide à suivre une paroi qui s’incurve auprès de lui : en entraînant l’air voisin, le jet fait baisser la pression du côté de la paroi et s’y trouve plaqué. La Formule 1 lui a emprunté son nom en février 2012, quand l’article 5.8.3 du règlement technique a éloigné les sorties d’échappement du plancher.


Fiche Vocabulaire – Effet Coanda

Aérodynamique – de l’aviation à la Formule 1 (1800 à 2014)

L’effet Coandă est la tendance d’un jet de fluide à suivre une paroi qui s’incurve auprès de lui, au lieu de poursuivre en ligne droite : en entraînant l’air qui l’entoure, le jet fait baisser la pression du côté de la paroi, et se trouve plaqué contre elle.

Le sport automobile a longtemps utilisé le gaz d’échappement sans nommer le phénomène. Tant que la ligne d’échappement pouvait aboutir dans le diffuseur, il suffisait de conduire le jet là où il devait agir. En 2012, l’article 5.8.3 du règlement technique a repoussé la sortie loin du plancher et interdit toute déflectrice dans son sillage. Les bureaux d’études ont alors dessiné le flanc de coque lui-même en surface d’accrochage, pour ramener le panache vers le diffuseur. La presse technique a baptisé le procédé échappement Coandă, et le mot est resté dans le vocabulaire des stands.

L'effet Coandă est la tendance d'un jet de fluide à suivre une paroi qui s'incurve auprès de lui, au lieu de poursuivre en ligne droite : en entraînant l'air qui l'entoure, le jet fait baisser la pression du côté de la paroi, et se trouve plaqué contre elle.
L’effet Coandă est la tendance d’un jet de fluide à suivre une paroi qui s’incurve auprès de lui, au lieu de poursuivre en ligne droite : en entraînant l’air qui l’entoure, le jet fait baisser la pression du côté de la paroi, et se trouve plaqué contre elle. – image générée par IA

La fiche Technique de l’effet Coanda

Mécanisme physique

Un jet qui débouche dans de l’air au repos emporte avec lui, par frottement, une partie de cet air. Thomas Young décrit le mécanisme dès 1800 devant la Royal Society : la flamme d’une bougie approchée d’un filet d’air se couche vers lui, parce que l’air ambiant se précipite pour prendre la place de celui que le jet a emporté. Les aérodynamiciens appellent ce prélèvement l’entraînement.

Tant que le jet est libre de tous côtés, ce prélèvement se compense d’une face à l’autre et le jet file droit. Qu’une paroi vienne border le jet d’un côté, et le remplacement s’y fait mal : l’air manque entre la veine et la surface, la pression y devient plus faible que de l’autre côté, et le déséquilibre courbe le jet jusqu’à le coller à la paroi. Le jet suit ensuite la surface, y compris quand elle s’incurve, et il la quitte dans la direction qu’elle lui a donnée.

L’attachement a ses limites. Il tient tant que la courbure reste douce au regard de l’épaisseur de la veine ; passé un certain rapport, l’écoulement décroche d’un coup au lieu de se détacher progressivement. Sur une voiture de course, la difficulté vient de ce que le panache change avec le régime moteur comme avec l’assiette, et que la plage où il reste accroché se déplace en permanence.

La condition première tient au jet lui-même. Sans veine issue d’un orifice, il n’y a pas d’entraînement, donc pas d’effet Coandă : un écoulement libre qui longe une carrosserie ou une aile relève de la couche limite, décrite par Ludwig Prandtl en 1904, et d’aucune autre mécanique.

La compréhension du phénomène a suivi un chemin lent. L’observation de Young passe inaperçue pendant près d’un siècle, Octave Chanute la rapporte encore en 1894 comme mal expliquée, et il faut attendre 1938 et les travaux d’Albert Metral pour qu’elle devienne un objet d’étude nommé. La mécanique des fluides européenne s’en saisit franchement en avril 1965, quand le tout premier colloque Euromech, réuni à l’université technique de Berlin sous la présidence de Rudolf Wille, lui est consacré en entier.

Sources : Thomas Young, Philosophical Transactions, vol. 90, 1800 ; brevet US 2 052 869, 1936 ; T. López-Arias, arXiv 1103.6097.


Les chiffres clés de l’effet Coanda

1800

Année où Thomas Young décrit l’inflexion d’un courant d’air vers un corps convexe approché de son flanc

Philosophical Transactions of the Royal Society, vol. 90

1938

Première attestation imprimée de l’expression, sous la plume d’Albert Metral, dix ans avant sa diffusion large

Cabinet technique du ministère de l’Air ; 5th International Congress of Applied Mechanics

+10° à +30°

Inclinaison vers le haut imposée à la sortie d’échappement en 2012, qui l’écarte du plancher

FIA, règlement technique F1 2012, art. 5.8.3 a

500 à 1 200 mm

Fenêtre de sortie autorisée en 2012, en avant de l’axe des roues arrière

FIA, règlement technique F1 2012, art. 5.8.3 d

Demi-angle du cône tracé derrière la sortie, dans lequel aucune carrosserie ne peut être placée en 2012

FIA, règlement technique F1 2012, art. 5.8.4 d

100 mm

Écart maximal à l’axe de la voiture imposé à la sortie unique après 2013, contre 200 à 500 mm en 2012

FIA, règlement technique F1 2015, art. 5.8.4 c

Les quatre cotes réglementaires racontent la manœuvre entière. La FIA repousse d’abord la sortie loin en avant de l’essieu arrière et lui interdit toute déflectrice dans son sillage immédiat. Les équipes répondent en faisant du flanc de coque la surface d’accrochage. La sortie unique ramenée à moins de 100 mm de l’axe met ensuite le panache hors de portée du diffuseur.


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Les moments marquants de l’effet Coanda

Contextes d’observation – de la découverte aux premiers emplois (1800 à 1991)

Le phénomène est décrit en 1800 et ne porte un nom qu’en 1938. Il passe entre-temps par un salon d’aéronautique et par deux brevets.

1800 : la flamme d’une bougie se couche vers un filet d’air – Thomas Young donne l’explication complète

Physique des fluides

Dans un mémoire présenté à la Royal Society, Thomas Young rapporte qu’une flamme placée près d’un mince courant d’air se couche vers lui. Il en donne la cause en termes que la mécanique des fluides retiendra : le jet emporte l’air voisin par frottement, et l’air ambiant se précipite pour occuper la place laissée libre. Il décrit dans le même texte l’inflexion d’un courant vers un corps convexe approché de son flanc, et l’observe sur la surface d’une nappe d’eau. Le mémoire porte sur le son et la lumière, et l’observation y passe presque inaperçue. Octave Chanute la rapporte encore en 1894 comme un phénomène mal compris.

Philosophical Transactions of the Royal Society, vol. 90, 1800 ; T. López-Arias, arXiv 1103.6097

1910 : les gaz du turbo-propulseur longent le fuselage – l’observation qui donnera son nom à l’effet

Aviation

Au salon de l’aéronautique de Paris, en octobre 1910, Henri Coandă présente un appareil dont le moteur à pistons Clerget de 50 chevaux entraîne, à la place de l’hélice, un ventilateur enfermé dans un conduit. Il baptise l’ensemble turbo-propulseur. Aux essais d’Issy-les-Moulineaux, il voit les gaz chauds longer le fuselage au lieu de s’en écarter. Dans la presse aéronautique de 1955 et de 1956, il soutiendra avoir décollé en décembre 1910 et avoir brûlé du carburant dans ce flux d’air, ce qui ferait de sa machine le premier avion à réaction. Charles Harvard Gibbs-Smith conteste cette version en 1960, et les dessins produits en 1965 pour l’étayer se révèlent retouchés. Personne n’a contesté l’attachement des gaz à la paroi. Vingt-deux ans passeront avant que Coandă n’en tire un brevet.

Wikipedia EN, Coandă-1910 ; fr.wikipedia, Henri Coandă

1932 à 1938 : deux brevets puis un baptême – le phénomène devient un procédé nommé

Physique des fluides

Coandă dépose le 23 novembre 1932 le brevet français 762688, « Procédé de propulsion dans un fluide », publié le 16 avril 1934. Un second dépôt français du 8 octobre 1934 sert de priorité au brevet américain 2 052 869, délivré le 1er septembre 1936, qui décrit un volet courbe placé d’un côté de l’orifice pour dévier la veine. Le texte pose le mécanisme en une phrase : le jet emporte avec lui une partie du fluide qui l’entoure. L’expression elle-même vient d’Albert Metral, qui l’imprime dès 1938 dans une publication du Cabinet technique du ministère de l’Air, puis la fixe en 1948 avec F. Zerner. Une autre version circule, selon laquelle Theodore von Kármán aurait accepté le nom au sortir de l’accident de 1910, mais elle repose sur un souvenir rapporté en 1966, sans trace écrite d’époque.

Brevets FR 762688 A et US 2 052 869 ; A. Metral, 1938 et 1948

1983 : la Renault RE40 conduit ses gaz vers le diffuseur – le panache devient un organe aérodynamique

Formule 1

L’interdiction des jupes et l’obligation du fond plat coûtent à la Formule 1, pour 1983, une large part de sa charge aérodynamique. Jean-Claude Migeot, aérodynamicien de Renault âgé de 29 ans l’année précédente, dessine un circuit d’échappement débouchant dans le diffuseur. Le montage prélève à la fois les gaz du moteur et ceux de la soupape de décharge du turbocompresseur, et une plaque de titane protège le diffuseur de la chaleur. Le dispositif apparaît sur la RE40 au Grand Prix de Monaco, le 15 mai 1983, un mois après la première victoire de la voiture à Paul Ricard. Brabham dépose une réclamation au motif d’un dispositif aérodynamique mobile, et Renault obtient gain de cause. Migeot signale aussitôt le défaut du procédé : la charge suit la position du papillon, au point de rendre la voiture plus lente sur les circuits à courbes longues. Une antériorité est discutée pour la McLaren MP4-B de 1982, sur la foi d’un dessin de Giorgio Piola. Le gaz est alors conduit droit là où il doit agir, sans que l’effet Coandă entre en jeu.

Autosport, Edd Straw, « Technical Focus: Blown Diffusers », 10 mars 2011 ; mccabism, juin 2012

1991 : le MD 520N vole sans rotor de queue – l’effet employé comme organe de commande

Aviation

Hughes Helicopters engage à la fin de 1975 des travaux sur un hélicoptère sans rotor anticouple. Le principe retenu place un ventilateur dans la poutre de queue, qui envoie un grand débit d’air à basse pression par deux fentes longitudinales. La nappe reste attachée à la poutre par effet Coandă, dévie le souffle du rotor principal et engendre la poussée qui compense le couple. Un OH-6A ainsi équipé vole en décembre 1981, le MD 530N le 29 décembre 1989, le MD 520N le 1er mai 1990. La certification de type de ce dernier, le 13 septembre 1991, en fait le premier hélicoptère monorotor homologué sans rotor de queue. Le dispositif travaille sur un grand débit à faible pression, ce qui explique le diamètre inhabituel de la poutre, et il vaut à l’appareil le niveau de bruit extérieur le plus bas de sa catégorie. La Formule 1, à la même date, ignore encore le terme.

AOPA Pilot, mars 1992 ; Wikipedia EN, NOTAR

L'effet Coandă est la tendance d'un jet de fluide à suivre une paroi qui s'incurve auprès de lui : en entraînant l'air voisin, le jet fait baisser la pression du côté de la paroi et s'y trouve plaqué. La Formule 1 lui a emprunté son nom en février 2012, quand l'article 5.8.3 du règlement technique a éloigné les sorties d'échappement du plancher.
L’effet Coandă est la tendance d’un jet de fluide à suivre une paroi qui s’incurve auprès de lui. La Formule 1 lui a emprunté son nom en février 2012, quand l’article 5.8.3 du règlement technique a éloigné les sorties d’échappement du plancher. – image généré par IA

Contextes d’observation – le panache d’échappement en Formule 1 (1998 à 2014)

Entre 1998 et 2014, la Formule 1 éloigne le gaz d’échappement du plancher pour rendre la voiture prévisible à la remise des gaz, puis l’y ramène, avant que le règlement ne place la sortie hors d’atteinte.

1998 à 2002 : les échappements périscopiques éloignent le gaz du diffuseur – la Ferrari F300 ouvre la voie

Formule 1

Le V10 à 90° que Ferrari développe pour 1998 réclame des tuyaux courts, incompatibles avec les longues lignes secondaires qui amenaient le gaz près du diffuseur. La F300 est lancée avec des sorties latérales devant les roues arrière, solution que Willem Toet, responsable de l’aérodynamique, tient pour la meilleure du point de vue aérodynamique. La suspension arrière, encore en acier, se déforme sous la température et dégrade la tenue de route. Ferrari passe alors par un diffuseur soufflé simple, puis adopte la sortie par le haut du flanc de coque, que Toet appelle snorkel. En 2001, presque tout le plateau a suivi. Restent Minardi, dont Gabriele Tredozi relève la sortie au-dessus du bord du diffuseur pour limiter la chaleur rejetée et la sensibilité au papillon, et McLaren, dont la MP4-16 conduit encore ses tuyaux bas dans le fond du diffuseur. Adrian Newey y vient en 2002, contraint par les exigences du motoriste Ilmor.

Craig Scarborough, « History: Periscope Exhausts », ScarbsF1, 17 juin 2011, entretiens Willem Toet et Adrian Newey

2010 : la Red Bull RB6 ramène le gaz sur le plancher – le diffuseur soufflé revient et gagne deux titres

Formule 1

Adrian Newey rouvre la voie qu’il avait dû fermer huit ans plus tôt. La RB6 descend ses sorties vers le plancher et perce le pont supérieur du diffuseur d’une ouverture, pour que le gaz traverse la pièce et en accélère l’écoulement. Le jet roule aussi autour des dérives latérales et scelle le diffuseur contre l’air qui cherche à y entrer par le côté. Red Bull dissimule le dispositif pendant les essais d’hiver en collant, à l’ancienne position, un autocollant figurant une sortie. La voiture donne à l’équipe ses premiers titres pilotes et constructeurs. Toutes les équipes suivent dans l’année, et la course au soufflage occupe le développement de deux saisons.

Craig Scarborough, ScarbsF1, 2 mars 2010 ; Autosport, « Banned: When exhaust-blown diffusers reigned supreme »

10 juillet 2011 : le soufflage hors accélérateur interdit à Silverstone – l’interdiction tombe le dimanche même

Formule 1

Les équipes cartographient leurs moteurs pour continuer de brûler du carburant quand le pilote lève le pied, afin que la charge aérodynamique reste disponible à l’entrée du virage. La distinction se fait alors entre le soufflage à froid, où le moteur ne fait que pomper de l’air vers l’échappement, et le soufflage à chaud, où du carburant est injecté au freinage. Le second coûte en consommation et en durée de vie du moteur, ce qui le réserve à quelques virages par tour. La FIA interdit le procédé au Grand Prix de Grande-Bretagne, le 10 juillet 2011. Les équipes trouvent un accord le jour de la course, et la fédération rétablit la situation antérieure : le soufflage hors accélérateur reste licite jusqu’à la fin de la saison, sans changement de cartographie entre les qualifications et la course. La décision de fond est prise en amont, en juin, quand le Groupe de travail technique retient pour 2012 l’échappement de type périscope.

Autosport ; RaceFans, 11 juillet 2011 ; Craig Scarborough, ScarbsF1, 17 juin 2011

Février 2012 : l’échappement Coandă naît d’un article du règlement – la McLaren MP4-27 donne le ton

Formule 1

L’article 5.8.3 impose une sortie relevée, placée loin en avant du diffuseur, et l’article suivant interdit toute carrosserie dans le cône que trace le jet jusqu’à l’essieu arrière. La MP4-27 se présente aux deux premiers essais de pré-saison avec un renflement de flanc creusé d’un canal, dessiné pour rabattre le panache vers le sol et sceller le bord du diffuseur contre le flux chassé par le pneu arrière. Ross Brawn prévient au même moment que l’échappement gardera un effet, très amoindri. Ferrari, Mercedes et Sauber montrent des sorties orientées de façon voisine, moins prononcées. Sauber engage la saison avec une rampe descendant jusqu’au plancher, où le panache se mêle à l’air destiné à la zone en col de bouteille et affaiblit les deux écoulements. Red Bull place sous la sortie un tunnel transversal, qui laisse l’air latéral passer par-dessous et remonter vers l’intérieur. Ferrari adapte la sienne en cours de saison, sur une voiture qui n’avait pas été dessinée pour cela.

John Beamer, RaceFans, 28 février 2012 ; FIA, règlement technique F1 2012, art. 5.8.3 et 5.8.4

Juillet 2012 à 2014 : le procédé gagne toute la grille – puis la sortie unique le rend inopérant

Formule 1

McLaren fait évoluer sa solution au Grand Prix d’Allemagne, le 22 juillet 2012, en ouvrant des ouïes derrière la sortie. Les équipes ajoutent des générateurs de tourbillons sur le dessus du flanc de coque, pour amincir la couche limite en amont du canal ; McLaren et Sauber emploient à la place une dérive. Mercedes essaie le dispositif à Magny-Cours et court avec à partir de Singapour, le 23 septembre. Lotus, dernière grande équipe sans, amène le sien en Corée, le 14 octobre. En 2013, tout le plateau roule avec une variante. Le règlement de 2014 impose ensuite une sortie unique par laquelle tous les gaz doivent passer, dont les 150 derniers millimètres sont cylindriques, orientés à 5° près de l’axe de la voiture et relevés de 0 à 5°, à 100 mm au plus de cet axe et juste derrière l’essieu arrière. Aucune carrosserie ne peut plus être placée dans son sillage sur 600 mm. Le panache est alors hors de portée du plancher, et le procédé s’éteint sans avoir été nommé par le texte qui le supprime.

Matthew Somerfield, SomersF1, 10 octobre 2012 ; Autosport ; FIA, règlement technique F1 2015, art. 5.8.2 à 5.8.5


L’idée reçue sur l’effet Coanda

À ne pas confondre

L’effet Coandă n’explique pas la portance d’une aile

Une partie de la littérature de vulgarisation présente la portance comme le produit de l’air qui adhérerait à l’extrados par effet Coandă. La condition manque : l’effet suppose un jet issu d’un orifice, qui entraîne autour de lui un fluide au repos. Autour d’une aile en vol, l’air arrive de toutes parts à la même vitesse, et aucune veine n’entraîne quoi que ce soit. L’adhérence de l’écoulement sur l’extrados relève de la couche limite, décrite par Ludwig Prandtl en 1904, longtemps avant que le nom de Coandă ne soit attaché au comportement des jets. La confusion vient de ce que les deux mécanismes produisent la même image : un filet d’air qui suit une surface courbe.

Échappement soufflant et échappement Coandă sont deux choses

De 1983 à 2011, la ligne d’échappement aboutit dans le diffuseur ou juste au-dessus, et livre le gaz à l’endroit exact où il doit agir. Le mot Coandă n’a alors aucune raison d’être employé. À partir de 2012, le règlement place la sortie loin en avant et vers le haut, et le panache ne peut revenir vers le plancher qu’en épousant le flanc de coque sur toute sa descente. La presse technique a nommé échappement Coandă cette seconde manière. Les deux procédés visent le même résultat, sceller le bord du diffuseur : le premier disparaît avec le règlement de 2012, le second avec celui de 2014.


Pourquoi ça compte de connaître l’effet Coanda

Ce terme d’aérodynamique est entré dans le langage des stands par la voie du règlement. Tant que la ligne d’échappement pouvait aboutir où l’ingénieur le souhaitait, le nom du phénomène ne servait à rien : Jean-Claude Migeot n’avait qu’à faire aboutir une ligne assez longue dans le diffuseur de la RE40, en 1983. Dès que l’article 5.8.3 a éloigné la sortie de la surface à souffler, la question posée aux bureaux d’études est devenue celle de l’attachement d’un jet à une paroi, et le mot a suivi en quelques semaines.

L’épisode éclaire une mécanique propre à la Formule 1. La fédération écrit un texte pour supprimer un avantage, et le texte ouvre un chantier technique nouveau. Les équipes ont dessiné des flancs de coque entiers autour d’un panache, ajouté des générateurs de tourbillons pour lui préparer l’air, et découvert que la soufflerie rendait mal un jet chaud dont le débit varie avec le pied du pilote. La FIA a d’ailleurs laissé vivre ces solutions en 2013, faute de pouvoir demander aux équipes de jeter ce qu’elles venaient de payer.

La fragilité du procédé tient à la physique elle-même. Un jet ne suit une paroi que dans une plage étroite de courbure et de débit, et le panache d’un moteur de course change avec le régime comme avec l’assiette de la voiture. La sortie unique et centrale imposée en 2014 a clos le chapitre en trois lignes de règlement.


Articles liés – L’effet Coandă

Sources

Sources

  • Primaire FIA, « 2012 Formula One Technical Regulations », 7 décembre 2011, articles 5.8.3 et 5.8.4 (cotes de sortie, inclinaison de +10° à +30°, cône interdit à la carrosserie) : argent.fia.com, règlement technique F1 2012 (PDF)
  • Primaire FIA, « 2015 Formula One Technical Regulations », 3 décembre 2014, articles 5.8.2 à 5.8.5 (sortie unique, axiale à 100 mm près, régime instauré en 2014) : large.stanford.edu, règlement technique F1 2015 (PDF)
  • Primaire Thomas Young, « Outlines of Experiments and Inquiries Respecting Sound and Light », Philosophical Transactions of the Royal Society, vol. 90, 1800 (inflexion d’un jet vers un corps convexe, explication par l’entraînement) : royalsocietypublishing.org/doi/10.1098/rstl.1800.0008
  • Primaire Brevet FR 762688 A, Henri Coandă, « Procédé de propulsion dans un fluide », déposé le 23 novembre 1932, publié le 16 avril 1934 : patents.google.com/patent/FR762688A/fr
  • Primaire Brevet US 2 052 869, Henri Coandă, « Device for deflecting a stream of elastic fluid projected into an elastic fluid », priorité française du 8 octobre 1934, délivré le 1er septembre 1936 : patents.google.com/patent/US2052869A/en
  • Sec. Craig Scarborough, « History: Periscope Exhausts », ScarbsF1, 17 juin 2011 (entretiens de Willem Toet sur la Ferrari F300 et d’Adrian Newey sur 2002, décision du Groupe de travail technique pour 2012) : scarbsf1.wordpress.com/2011/06/17/history-periscope-exhausts/
  • Sec. Craig Scarborough, « Red Bull: Exhaust Driven Diffuser », ScarbsF1, 2 mars 2010 (sorties ramenées au plancher, ouverture dans le pont du diffuseur) : scarbsf1.wordpress.com/2010/03/02/red-bull-exhaust-driven-diffuser/
  • Sec. John Beamer, « McLaren’s exhaust solution examined », RaceFans, 28 février 2012 (renflement de flanc de la MP4-27, cotes du règlement 2012, propos de Ross Brawn) : racefans.net/2012/02/28/2012-exhaust-innovations-mclaren/
  • Sec. Matthew Somerfield, « Lotus E20, Coanda exhaust to be trialled in Korea », SomersF1, 10 octobre 2012 (évolution de Hockenheim, générateurs de tourbillons, Mercedes à Singapour, Lotus en Corée) : somersf1.co.uk/2012/10/lotus-e20-coanda-exhaust-to-be-trialled.html
  • Sec. Autosport, « Banned: The Coanda-effect exhaust » et « Banned: When exhaust-blown diffusers reigned supreme » (solutions par équipe, généralisation en 2013, fin du procédé) : autosport.com/f1/news/banned-the-coanda-effect-exhaust-4982218/4982218/
  • Sec. Autosport, Edd Straw, « Technical Focus: Blown Diffusers », 10 mars 2011, et « F1 2009-13 part four: the exhaust-blown diffuser » (Jean-Claude Migeot, apparition du dispositif sur la RE40 à Monaco, réclamation de Brabham) : autosport.com/f1/news/f1-2009-13-part-four-the-exhaust-blown-diffuser-5102945/5102945/
  • Sec. Motorsport.com, « Banned F1 tech: How F1 finally overcame blown floor trickery » (tolérance accordée par la FIA pour 2013, retour à une sortie centrale en 2014) : motorsport.com/f1/news/banned-f1-tech-coanda-effect/4799881/
  • Sec. T. López-Arias, « Could the Coandă effect be called the Young effect ? », arXiv:1103.6097 (texte de Young de 1800, entraînement, attribution du nom, mention d’Octave Chanute en 1894) : arxiv.org/abs/1103.6097
  • Sec. « Report on the first European Mechanics Colloquium, on the Coanda effect », Journal of Fluid Mechanics, vol. 23, n° 4, décembre 1965, p. 801 à 819 (colloque des 5 et 6 avril 1965 à l’université technique de Berlin, présidé par Rudolf Wille) : cambridge.org, Journal of Fluid Mechanics, vol. 23
  • Sec. Autosport, « Off-throttle blowing: why it’s being banned », juillet 2011 (distinction entre soufflage à froid et soufflage à chaud, coût en consommation) : autosport.com/f1/news/off-throttle-blowing-why-its-being-banned-5091050/5091050/
  • Sec. A. Metral, « Sur un phénomène de déviation des veines fluides et ses applications (effet Coandă) », Cabinet technique du ministère de l’Air, 1938, puis A. Metral et F. Zerner, « L’effet Coandă », Publications scientifiques et techniques du ministère de l’Air n° 218, 1948. Références bibliographiques relevées dans le Journal of Fluid Mechanics, aucune numérisation en ligne
  • Sec. AOPA Pilot, « McDonnell Douglas MD 520N », mars 1992, et Wikipedia EN, NOTAR (fentes de la poutre de queue, dates de vol et certification du 13 septembre 1991) : en.wikipedia.org/wiki/NOTAR
  • Sec. Wikipedia EN, Coandă-1910 (contestation du vol de 1910 par Charles Harvard Gibbs-Smith en 1960, dessins retouchés produits en 1965) : en.wikipedia.org/wiki/Coandă-1910
  • Lacune Numéro et intitulé du dépôt français du 8 octobre 1934, qui sert de priorité au brevet américain et que les bases publiques ne rattachent à aucun document consultable. Archives compétentes : Institut national de la propriété industrielle, Courbevoie ; fonds français d’Espacenet antérieur à 1940.
  • Lacune Charge aérodynamique gagnée par les échappements Coandă de 2012 et de 2013, qu’aucune équipe n’a publiée. Archives compétentes : département technique de la FIA, Genève ; archives de McLaren Racing, Woking.
  • Lacune Charge gagnée par le soufflage de la Renault RE40, estimée à 50 kg sur l’essieu arrière dans une source et à 80 kg dans une autre, toutes deux rapportant les propos de Jean-Claude Migeot. Archives compétentes : Renault Classic, Boulogne-Billancourt ; fonds Renault Sport, Viry-Châtillon.
  • Lacune Angle de déviation maximal d’un jet sur une paroi convexe dans les conditions d’un moteur de course, la littérature disponible ne portant que sur des bancs d’essai à géométrie simple. Archives compétentes : actes de l’AIAA ; Journal of Aircraft, vol. 31, 1994.
  • Lacune Antériorité du soufflage du diffuseur, discutée entre la McLaren MP4-B de 1982 et la Renault RE40 de 1983, sur la foi d’un dessin de Giorgio Piola qu’aucune source d’équipe ne confirme. Archives compétentes : fonds Giorgio Piola ; McLaren Racing, Woking.

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Effet-Coanda

L'effet Coandă est la tendance d'un jet de fluide à suivre une paroi qui s'incurve auprès de lui : en entraînant l'air voisin, le jet fait baisser la pression du côté de la paroi et s'y trouve plaqué. La Formule 1 lui a emprunté son nom en février 2012, quand l'article 5.8.3 du règlement technique a éloigné les sorties d'échappement du plancher.