FERRARI 330 P4
L’ultime réponse de Maranello à l’offensive américaine après Le Mans 66.
La Ferrari 330 P4 incarne la synthèse parfaite entre ingénierie de pointe et esthétique racée, conçue pour défier Ford sur le terrain des courses d’endurance.
La Ferrari 330 P4, présentée en 1967, représente l’aboutissement de la série des prototypes sportifs Ferrari engagés en endurance dans les années 1960. Conçue pour répliquer à la domination croissante de Ford avec la GT40, la P4 demeure l’une des plus célèbres voitures de course de Maranello. Produite à seulement trois exemplaires, elle allie technologie avancée, puissance maîtrisée et ligne sculptée pour le combat.

Contexte de la création de la Ferrari 330 P4
Après les défaites de Ferrari aux 24 Heures du Mans en 1966 face à Ford, Enzo Ferrari lance le développement d’une nouvelle arme capable de reprendre l’ascendant sur les circuits d’endurance. L’échec de la 330 P3, bien qu’innovante, pousse la Scuderia à corriger ses défauts tout en intégrant les dernières avancées mécaniques et aérodynamiques.
Le règlement de la FIA autorise encore l’engagement de prototypes jusqu’à 4 litres de cylindrée. Ferrari confie donc à Mauro Forghieri, ingénieur en chef, la mission de concevoir un prototype V12 plus fiable et performant. Le résultat est la 330 P4, une machine construite pour affronter la GT40 Mk II sur les plus grandes épreuves internationales, notamment Daytona, Sebring et Le Mans.
Design et aérodynamique
La Ferrari 330 P4 arbore une carrosserie basse et étroite, au dessin affiné par les études en soufflerie. Les lignes sont tendues, les ailes arrière élargies pour englober les roues, et l’arrière profilé optimise l’appui aérodynamique. Les optiques sont carénées et le toit très bas intègre une bulle transparente pour limiter la traînée.

Le travail de conception a été confié à Piero Drogo (Carrozzeria Sports Cars), qui signe l’un des plus beaux profils de l’histoire de Ferrari. Outre sa beauté, chaque élément de carrosserie est dicté par la nécessité de la performance à haute vitesse et de la stabilité en endurance. La structure fermée du coupé P4 assure également un avantage aérodynamique supplémentaire par rapport aux modèles spider engagés en parallèle.
Mécanique et performances
Le moteur de la 330 P4 est un V12 à 60° de 3 967 cm³, alimenté par une injection mécanique Lucas. Il développe 450 chevaux à 8 000 tr/min, soit 20 chevaux de plus que la P3. Ce bloc, dérivé de la tradition Ferrari des moteurs de Formule 1, se distingue par une grande souplesse d’utilisation et une montée en régime vive et linéaire.
La boîte de vitesses à cinq rapports a été entièrement repensée, avec des rapports rapprochés pour maximiser l’exploitation de la puissance sur circuit. La voiture peut atteindre 320 km/h en pointe, avec une accélération de 0 à 100 km/h en moins de 4 secondes, des chiffres remarquables pour un prototype d’endurance de cette époque.
Châssis et suspensions
La 330 P4 repose sur un châssis tubulaire en acier, renforcé par des panneaux en aluminium rivetés. Plus rigide que celui de la P3, il permet une meilleure répartition des charges et une tenue de route exemplaire.
Les suspensions sont à double triangulation à l’avant comme à l’arrière, avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs Koni réglables. Le freinage est assuré par quatre disques ventilés, une technologie de pointe pour 1967, offrant un freinage endurant et progressif.

Cette architecture permet à la P4 d’encaisser les contraintes des longues épreuves tout en restant maniable et équilibrée, deux qualités indispensables sur des tracés comme Le Mans ou Spa.
Palmarès et performances en compétition
La Ferrari 330 P4 a laissé une trace indélébile dans l’histoire du sport automobile malgré sa carrière courte. Son fait d’armes le plus célèbre reste le triplé Ferrari aux 24 Heures de Daytona 1967, où les P4 prennent les trois premières places face à Ford, marquant une revanche symbolique de Maranello.
Aux 24 Heures du Mans 1967, la P4 termine 2e derrière la GT40 Mk IV de Ford, après une lutte intense et stratégique. La voiture remporte également la 1000 km de Monza et participe à d’autres épreuves du Championnat du monde des marques, contribuant à offrir à Ferrari le titre constructeur 1967.
Malgré sa courte carrière (1967-1968), la 330 P4 est unanimement reconnue pour ses performances, sa fiabilité et son esthétique. Elle demeure l’un des prototypes de la Scuderia Ferrari les plus emblématiques de l’ère pré-312P.

Évolutions et améliorations au fil du temps
Seulement trois châssis de P4 furent construits : deux coupés et un spider. Certains châssis de 330 P3 ont été convertis au standard P4, donnant naissance à des versions P3/4 hybrides. Ces évolutions comprenaient l’adoption du moteur P4, d’une nouvelle boîte et de modifications aérodynamiques.
En parallèle, Ferrari développe la 412 P, une version client simplifiée destinée aux écuries privées, partageant de nombreuses caractéristiques avec la P3, mais adaptée à la compétition indépendante. La carrière de la P4 s’achève en 1968 avec l’évolution du règlement FIA limitant les prototypes à 3 litres.
Histoire récente et utilisation actuelle
Aujourd’hui, la Ferrari 330 P4 fait figure d’icône absolue dans l’univers de la voiture de compétition historique. Rares et précieusement conservées, les quelques P4 existantes sont exposées dans des musées comme celui de Maranello ou dans des collections privées.
Elles participent occasionnellement à des événements exceptionnels comme le Goodwood Festival of Speed ou Le Mans Classic, mais leur valeur historique et financière rend leur utilisation en course de plus en plus rare.

Les répliques, soigneusement réalisées sur base de châssis originaux ou reconstruits, circulent également dans les concours d’élégance. La P4 reste, à ce jour, l’une des Ferrari les plus admirées et célébrées pour avoir conjugué esthétique, performance et esprit de revanche dans l’un des chapitres les plus intenses de la rivalité Ferrari-Ford.
