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Aston Martin DB3S

Un prototype élégant et performant qui a contribué à forger la réputation d’Aston Martin en compétition.

L’Aston Martin DB3S apparaît au début des années 1950, alors que la marque britannique souhaite briller dans les courses d’endurance, notamment les 24 Heures du Mans. Dans un contexte où Jaguar, Ferrari et Maserati se disputent la suprématie, Aston Martin cherche à mettre au point une voiture rapide, fiable et suffisamment agile pour s’illustrer sur les tracés les plus exigeants. Conçue comme l’évolution d’une précédente voiture de sport, la DB3, la DB3S combine un poids allégé, un châssis amélioré et un six-cylindres en ligne aux performances notables. Elle joue un rôle majeur dans les succès d’Aston Martin en endurance et marque encore les esprits par sa ligne distinctive et son palmarès honorable.

208 - ASTON MARTIN - DB3S - 1955 - LE MANS CLASSIC - PLATEAU 2
208 – ASTON MARTIN – DB3S – 1955 – LE MANS CLASSIC – PLATEAU 2

Un renouveau pour Aston Martin dans les années 1950

Lorsque la DB3 voit le jour en 1951, Aston Martin aligne déjà cette barquette en compétitions internationales, mais les résultats restent mitigés. Le constructeur s’aperçoit que la voiture est trop lourde et manque de fiabilité pour rivaliser durablement avec la concurrence. Sous l’impulsion de David Brown, qui dirige alors la marque, les ingénieurs se remettent rapidement au travail pour affiner la conception et gagner en compétitivité.

C’est ainsi que la DB3S voit le jour en 1953. Les ambitions sont claires : viser les podiums lors des grandes épreuves, en particulier aux 24 Heures du Mans, haut lieu de l’endurance. Plusieurs figures de l’écurie Aston Martin, dont l’ingénieur Willie Watson et le designer Frank Feeley, se concentrent sur l’allègement de la structure et la mise au point du moteur six-cylindres. L’équipe tient à conserver une esthétique soignée, conforme à l’identité élégante d’Aston Martin, tout en prenant conscience que la performance en course demeure la priorité.

Une esthétique fluide et des solutions aérodynamiques

Sur le plan visuel, la DB3S arbore une carrosserie arrondie, marquée par une calandre ovale discrète. Le capot, très bas, s’étire vers un cockpit reculé, tandis que l’arrière s’achève de manière plutôt courte et relevée. Par rapport à la DB3, la DB3S adopte des lignes plus musclées et un museau légèrement pincé, censé favoriser la pénétration dans l’air. Les ailes avant sont mieux profilées, permettant de réduire certaines turbulences, même si l’aérodynamique de l’époque reste loin des standards d’aujourd’hui.

Le Mans Classic 2023 – Plateau 2 – Aston Martin DB3S de 1958 - speed
Le Mans Classic 2023 – Plateau 2 – Aston Martin DB3S de 1958 – speed

Les premières versions s’affichent sous forme de barquettes ouvertes, offrant un champ de vision étendu et un poids réduit. Aston Martin construira également quelques exemplaires fermés (coupés), davantage pour expérimenter d’autres configurations et tenter de gagner en vitesse de pointe. Toutefois, la plupart des DB3S demeurent en configuration « spider », avec un simple saute-vent ou un pare-brise bas. Cette approche privilégie l’allègement et le refroidissement naturel du moteur, capital lors de longues épreuves disputées souvent sous de hautes températures.

Un six-cylindres en ligne abouti

Sous le capot, la DB3S reçoit un six-cylindres en ligne de 2,9 litres, dérivé de celui déjà utilisé sur la DB3. Ce bloc en alliage léger est doté de double arbre à cames en tête (DOHC), assurant une alimentation efficace et un remplissage optimal des chambres de combustion. L’alimentation en carburant repose généralement sur trois carburateurs Weber ou SU (selon les spécifications et l’évolution de la voiture), procurant une bonne réactivité à l’accélérateur.

La puissance se situe entre 170 et 210 chevaux environ, selon les réglages et l’année de production. Des améliorations successives, en particulier sur l’échappement et les arbres à cames, permettent d’optimiser le rendement. Sur la piste, ce moteur se distingue par son couple à bas et moyen régime, bienvenu dans les relances. Il confère à la DB3S une vitesse de pointe pouvant dépasser les 230 km/h, un chiffre conséquent pour une barquette de cette époque. La boîte manuelle à quatre rapports, plutôt longue, se montre adaptée aux tracés rapides où l’endurance prime.

Un châssis plus léger et mieux conçu

L’allègement constitue l’un des enjeux majeurs lors de la création de la DB3S. Les ingénieurs revoient la structure et adoptent un châssis tubulaire plus compact. Ils emploient des tubes d’acier de diamètres variés pour composer la « colonne vertébrale » de la voiture, soutenant à la fois le moteur, la transmission et la suspension. Comparée à la DB3, cette nouvelle conception fait gagner de précieux kilogrammes tout en améliorant la rigidité, condition nécessaire pour encaisser les freinages appuyés et les appuis en virage.

Le Mans Classic 2023 – Plateau 2 – Aston Martin DB3S de 1958 - duel
Le Mans Classic 2023 – Plateau 2 – Aston Martin DB3S de 1958 – duel

Les suspensions avant reposent sur des triangles superposés et des ressorts hélicoïdaux couplés à des amortisseurs hydrauliques. À l’arrière, Aston Martin opte pour un pont De Dion sur les premières séries, ensuite affiné, puis perfectionné afin de maintenir un contact optimal des roues avec le sol. Le comportement de la DB3S s’en trouve plus sain, offrant un compromis correct entre vivacité en courbe et stabilité à haute vitesse. Les freins à tambour, encore la norme à l’époque, sont toutefois générateurs d’échauffements importants, obligeant l’équipe à réfléchir à des prises d’air de refroidissement et à un alliage spécifique pour les garnitures de frein.

Les débuts en compétition et l’affirmation de la DB3S

La DB3S fait ses premiers tours de roue en course en 1953. Malgré quelques réglages initiaux à peaufiner, les performances s’avèrent prometteuses, et le potentiel dépasse celui de la DB3. Aux 24 Heures du Mans de cette même année, la DB3S se hisse rapidement parmi les outsiders. Elle n’atteint pas encore la victoire, mais décroche des places d’honneur, témoignant de sa compétitivité face aux Jaguar C-Type et Ferrari de cylindrées plus élevées.

En 1954 et 1955, la voiture progresse davantage. De pilotes reconnus comme Peter Collins, Roy Salvadori ou Stirling Moss se succèdent à son volant. La DB3S enchaîne les podiums dans diverses épreuves, notamment aux 12 Heures de Reims et au Goodwood 9 Hours. Son palmarès met en avant sa fiabilité et sa facilité de pilotage : des retours positifs rapportent que le comportement se révèle prévisible, même au freinage, où d’autres barquettes peuvent être plus délicates à maîtriser.

Le Mans comme référence ultime

Malgré une concurrence toujours plus relevée, la DB3S brille particulièrement aux 24 Heures du Mans. En 1955, plusieurs exemplaires engagés terminent dans le top 5, avec des performances régulières tout au long de la course. Cette année demeure marquée par l’accident tragique de la Mercedes 300 SLR, qui endeuille la compétition. Néanmoins, la DB3S confirme ses qualités d’endurante en se plaçant comme l’une des plus sérieuses opposantes aux Jaguar, multiples tenantes du titre.

En 1956 et 1957, Aston Martin améliore davantage la mécanique et la gestion du refroidissement. La DB3S frôle la victoire au Mans, sans parvenir à franchir la ligne en tête. Elle prend parfois la deuxième ou la troisième place au classement général, occupant souvent le rôle de challenger principal. Ces résultats confortent la marque dans sa stratégie, alors qu’elle prépare déjà la succession avec la célèbre DBR1, laquelle décrocha enfin la victoire au Mans en 1959. La DB3S, quant à elle, reste dans l’histoire comme l’une des étapes essentielles de l’ascension d’Aston Martin vers les sommets de l’endurance.

Le Mans Classic 2023 – Plateau 2 – Aston Martin DB3S de 1958 - piste
Le Mans Classic 2023 – Plateau 2 – Aston Martin DB3S de 1958 – piste

Évolutions et versions spéciales

Au total, Aston Martin produira moins de 40 exemplaires de la DB3S (dont plusieurs châssis de développement et quelques coupés). De petites évolutions cosmétiques interviennent au fil des saisons : ajout de prises d’air plus généreuses, léger agrandissement de la calandre, renforts de carrosserie pour mieux supporter les épreuves longues, ou encore rationalisation des instruments de bord dans le cockpit.

La variante coupé, pensée pour améliorer l’aérodynamique, se révèle plus lourde et moins pratique pour le changement de pilotes en plein relais. Seuls cinq exemplaires « fermés » voient le jour. Certains châssis reçoivent des modifications a posteriori, parfois dans le but de se conformer aux règles de certains championnats nationaux ou pour être revendues à des clients amateurs de compétitions de club.

Héritage et présence actuelle

Après son retrait progressif des épreuves internationales au profit de la DBR1, la DB3S trouve un second souffle dans les mains d’écuries privées et de pilotes indépendants qui la font courir dans des championnats plus modestes. Son palmarès lui confère un statut désirable, et le marché de la collection, déjà actif dans les années 1960, s’y intéresse.

Aujourd’hui, la DB3S figure parmi les modèles Aston Martin les plus recherchés par les amateurs de voitures historiques. Les exemplaires d’usine, ayant couru au Mans, atteignent des enchères très élevées. Dans les événements tels que Goodwood Revival, Le Mans Classic ou le Tour Auto, il n’est pas rare d’apercevoir une DB3S en pleine action, bardée de ses numéros de course d’époque. Des restaurations méticuleuses ont permis de préserver une bonne partie de ces véhicules, tandis que quelques châssis en mauvais état ont parfois été reconstruits entièrement.


En somme, l’Aston Martin DB3S incarne la volonté d’allier raffinement britannique et performances de premier ordre dans les années 1950. Sa silhouette fluide, son six-cylindres efficace et son palmarès solide en endurance ont consolidé l’image d’Aston Martin comme un constructeur capable de rivaliser avec les meilleures écuries. Même si elle n’a pas remporté la plus célèbre des courses d’endurance, la DB3S a posé les bases qui permettront à la DBR1 de s’imposer un peu plus tard. De nos jours, elle reste un symbole fort de la quête de David Brown pour hisser Aston Martin au sommet, et son aura demeure intacte auprès des passionnés de véhicules historiques.s de la technologie pour atteindre la gloire sur les circuits du monde entier.

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