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Mazda 787B et moteur Wankel

La Mazda 787B a remporté les 24 Heures du Mans 1991 avec son moteur rotatif Wankel R26B à quatre rotors. Partie 19e, elle l’emporte par la fiabilité, la légèreté et la sobriété, non par la vitesse. Elle reste la seule voiture à moteur rotatif et le premier constructeur japonais vainqueur, le 23 juin 1991.

LE MANS CLASSIC 2022 – MAZDA 787B et son moteur R26B

Les essentiels de la Mazda 787 B

Endurance, Groupe C – 1991

La Mazda 787B est le prototype d’endurance à moteur rotatif Wankel qui a remporté les 24 Heures du Mans 1991, la seule victoire au classement général d’une voiture dépourvue de moteur à pistons et le premier succès d’un constructeur japonais dans l’épreuve.

Dessinée par l’ingénieur britannique Nigel Stroud, passé par March, Hesketh et Lotus en Formule 1, la 787B prolonge la lignée des prototypes Mazda engagés depuis 1986 (la 757 puis la 767). Sa monocoque en carbone et kevlar est fabriquée en Angleterre par Advanced Composite Technology. Sous le capot, le quadrirotor R26B, aboutissement de vingt ans de moteurs rotatifs de course chez Mazda, affronte une réglementation en pleine mutation : la FISA impose pour 1991 un nouveau moteur de 3 500 cm3 atmosphérique qui reléguera les rotatifs en catégorie 2, avant de les proscrire dès 1992.



La fiche technique de la Mazda 787 B

Fiche technique

ConstructeurMazda (Mazdaspeed)
Saison1991
DisciplineEndurance, Championnat du monde des voitures de sport, Groupe C (catégorie 2)
MotorisationWankel rotatif R26B, quatre rotors, atmosphérique, 2 616 cm3 (4 × 654 cm3)
Puissance700 ch à 9 000 tr/min en course, jusqu’à 900 ch en qualification (estimé)
Couple608 Nm à 6 500 tr/min
Masse du moteur180 kg
Masse de la voiture830 kg
ChâssisMonocoque carbone et kevlar (Advanced Composite Technology)
FreinsDisques carbone-céramique, une première chez Mazda
ConcepteurNigel Stroud
Concept signatureAdmission télescopique à géométrie continûment variable

La 787B reprend la monocoque tout carbone étrennée par la 787 en 1990, moulée par Advanced Composite Technology quand les Mazda antérieures se contentaient d’un nid d’abeilles d’aluminium. Trois exemplaires sont construits pour 1991, contre deux 787 l’année précédente. Les évolutions se concentrent sur trois points. L’admission du R26B, jusque-là étagée par paliers, devient continûment variable : ses pipes télescopiques ajustent leur longueur au régime et portent le couple à 608 Nm à 6 500 tr/min. La géométrie de suspension est revue pour loger des jantes plus larges, de 18 pouces montées en 12 pouces à l’avant et 14,75 pouces à l’arrière, avec un empattement allongé de 25 mm. La voiture reçoit enfin des freins et un embrayage carbone, absents de la 787.

Face aux Sauber-Mercedes C11 et aux Jaguar XJR-12 de tête, la 787B concède en puissance de pointe mais compense par sa légèreté, sa consommation contenue et une usure réduite des pneumatiques et des freins. La 787 de 1990 avait démontré la vitesse du concept en se qualifiant six secondes plus vite que la 767B, sans jamais tenir la distance : ses deux exemplaires avaient rendu l’âme avant la quatorzième heure au Mans. C’est cette fiabilité, et non un surcroît de vitesse, que la 787B est venue chercher.

Sources : Mazda Motor Corporation, SAE Technical Paper 920309, evo, Wikipedia.


Les chiffres clés de la Mazda 787 B

1

Victoire au Mans (1991), la seule d’un moteur rotatif dans l’histoire de l’épreuve

Source : ACO, 24h-lemans.com

830 kg

Masse en course, contre 1 000 kg imposés aux rivales de catégorie 2

Source : Wikipedia, Motor Sport Magazine

700 ch

Puissance du R26B à 9 000 tr/min en configuration course (estimé)

Source : Mazda, SAE Technical Paper 920309

2 616 cm3

Cylindrée des quatre rotors (4 × 654 cm3), sans turbocompresseur

Source : Mazda, Wikipedia

4 923,2 km

Distance parcourue en 24 heures, soit 362 tours du circuit de la Sarthe

Source : ACO

205,3 km/h

Vitesse moyenne du vainqueur sur l’ensemble des 24 heures

Source : ACO, Wikipedia

Ces 362 tours ont été bouclés en 28 arrêts au stand, avec un seul appoint d’huile, un changement de disques et de plaquettes et un remplacement du nez. La 787B a devancé de deux tours la Jaguar XJR-12 n°35, preuve qu’une machine plus légère et sobre pouvait tenir la distance sans jamais dominer la feuille des temps.


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Les moments marquants de la Mazda 787B

Pilotes et résultats clés – la saison mondiale (avant Le Mans, 1991)

Avant le triomphe de juin, la 787B n’a rien d’une favorite. Le championnat du monde 1991 la voit courir dans le peloton, loin des 3,5 litres réglementaires, mais accumuler les tours sans casse. Cette régularité prépare le pari du Mans.

Innovation

1991 : la génération 787B et son admission variable

Mazdaspeed engage trois 787B neuves. Le R26B reçoit son admission télescopique continûment variable, des freins carbone-céramique et un embrayage carbone, absents de la 787 de 1990. La voiture confiée à l’équipage européen de David Kennedy, Maurizio Sandro Sala et Pierre Dieudonné dispute la saison mondiale complète, tandis que les autres châssis sont réservés au Japon et au Mans. Sur le papier, la 787B reste une catégorie 2, distancée par les Peugeot 905 et les Jaguar à moteur de 3 500 cm3 que la réglementation favorise désormais.

Suzuka, ouverture 1991 : une sixième place pour commencer

La 787B ouvre son championnat du monde par une sixième place à Suzuka. Le résultat situe d’emblée la voiture : compétitive pour rallier l’arrivée, insuffisamment rapide pour inquiéter la tête. Le rotatif se montre fiable sur la distance d’une manche, ce que la 787 n’avait jamais garanti l’année précédente. Cette fiabilité naissante devient l’argument central de l’équipe pour Le Mans.

Silverstone et Monza : la 787B hors du rythme des 3,5 litres

Le reste du printemps confirme le diagnostic. À Silverstone, la 787B ne marque pas de points ; à Monza, une 787 de la saison précédente se contente d’une septième place. Les Sauber-Mercedes C11 et les nouveaux moteurs atmosphériques imposent un tempo que le quadrirotor ne peut suivre sur un tour lancé. Mazda arrive donc à la Sarthe sans la moindre prétention à la victoire, avec pour seule certitude la robustesse démontrée manche après manche.

Décisif

Essais du Paul Ricard : la fiabilité qui autorise l’audace

Peu avant Le Mans, les essais d’endurance au Paul Ricard achèvent de convaincre le directeur d’équipe Takayoshi Ohashi. La 787B enchaîne les relais sans défaillance et consomme peu. La veille de la course, Ohashi abandonne sa stratégie prudente habituelle et demande aux pilotes de la n°55 de rouler comme dans un sprint. Ce choix, fondé sur la seule endurance mécanique de la voiture, décide de la suite.


Voiture de course Mazda Renown participant à une course d'endurance, avec d'autres voitures en arrière-plan.
Mazda 787B lors de la parade du Centenaire – Le Mans Classic

Pilotes et résultats clés – Le Mans, 22 et 23 juin 1991

En vingt-quatre heures, la 787B n°55 passe de la dix-neuvième place à la tête de la course. Elle n’attaque jamais la pole, elle attend que ses adversaires cèdent. Le récit tient en cinq moments, du départ à l’arrivée.

Samedi : qualifiée 19e, à plus de douze secondes de la pole

Confiée à Volker Weidler, Johnny Herbert et Bertrand Gachot, la 787B n°55 arbore la livrée orange et verte du sponsor Renown, seule des trois Mazda à quitter le blanc à bandes bleues. La FISA réserve les dix premières places de la grille aux voitures conformes au nouveau moteur de 3 500 cm3. La n°55 s’élance donc 19e, à plus de douze secondes de la pole, avec la vitesse pour handicap et la constance pour seule arme.

Décisif

Le départ : la stratégie sprint et seize places gagnées

Fidèle à la consigne d’Ohashi, l’équipage roule d’entrée à un rythme de course courte. La 787B remonte seize positions dans les premières heures et se hisse dans le sillage des deux Sauber-Mercedes C11 de tête. La sobriété du R26B allonge les relais entre deux ravitaillements, quand la légèreté de la voiture épargne pneumatiques et freins. La remontée place la Mazda en embuscade sans forcer la mécanique.

La nuit : la 787B s’installe derrière les Mercedes

Pendant la nuit, la n°55 tient la troisième place, réglée sur le tempo des C11 sans chercher à les déborder. Chaque passage aux stands se déroule sans incident notable. Là où la 787 de 1990 avait renoncé avant la mi-course, la 787B traverse l’obscurité intacte. La course des Mazda se joue désormais sur la fiabilité comparée, non sur le chronomètre.

Tournant

22e heure : la C11 de tête s’arrête, la Mazda prend le commandement

À la vingt-deuxième heure, la Sauber-Mercedes C11 d’Alain Ferté, alors en tête, doit rejoindre son stand sur un ennui mécanique. La 787B n°55 hérite du commandement qu’elle ne lâchera plus. La voiture n’a pas conquis sa position, elle l’a recueillie au terme d’une course d’attente calibrée par Ohashi. Il reste un peu plus de deux heures à couvrir sans faute.

Première

Dimanche 23 juin : Herbert franchit la ligne après 362 tours

Johnny Herbert boucle les derniers tours et coupe la ligne au terme de 362 boucles, 4 923,2 km à 205,3 km/h de moyenne, deux tours devant la Jaguar XJR-12 n°35. La 787B devient la première voiture japonaise et le seul moteur rotatif à s’imposer au Mans. Déshydraté, Herbert s’effondre en sortant du cockpit et manque le podium, où Weidler et Gachot fêtent seuls la victoire. Il n’y montera qu’en 2011, lors d’une démonstration du châssis restauré.


L’idée reçue sur la Mazda 787 B

Idée reçue

La 787B n’a pas été interdite pour avoir été trop rapide

La légende veut que le rotatif ait été banni du Mans parce qu’il écrasait la concurrence. Les faits disent l’inverse. La FISA avait décidé dès 1989 de basculer vers un moteur unique de 3 500 cm3 atmosphérique, commun au championnat du monde et à la Formule 1, pour réduire les coûts et attirer les grands constructeurs. Le calendrier de disparition des rotatifs était fixé avant la victoire, 1991 en étant la dernière année tolérée. Sur la piste, la 787B partait 19e, à plus de douze secondes de la pole : elle a gagné par la fiabilité, la légèreté et la sobriété, jamais par la vitesse pure.

La 787 et la 787B ne sont pas la même voiture

La voiture victorieuse est une 787B de 1991, pas la 787 de 1990. Deux 787 avaient été construites la première année, abandonnant toutes deux au Mans avant la quatorzième heure. Les trois 787B qui suivent s’en distinguent par l’admission continûment variable du R26B, les freins et l’embrayage carbone, un empattement allongé et des jantes plus larges. C’est le châssis 787B-002 qui l’emporte, aujourd’hui conservé au musée Mazda de Hiroshima.


Pourquoi ça compte ?

La victoire de 1991 clôt une aventure industrielle que Mazda menait seul contre la logique des grands motoristes. Le moteur rotatif, inventé par Felix Wankel et adopté par Mazda dès 1967 sur la Cosmo, souffrait d’une réputation de gourmandise et de fragilité thermique. En tenant vingt-quatre heures à un rythme soutenu, avec un seul appoint d’huile, le R26B a apporté la démonstration que ses détracteurs attendaient depuis vingt ans. Trois bougies par rotor, des segments d’apex en nitrure de silicium, une admission variable pilotée : chaque solution répondait à un défaut connu de l’architecture Wankel.

Le succès a aussi valeur de première nationale. Aucun constructeur japonais n’avait gagné Le Mans avant Mazda, ni Toyota, ni Nissan, ni Honda, tous engagés à l’époque avec des moyens supérieurs. Il faudra attendre 2018 et Toyota pour qu’un deuxième nom japonais figure au palmarès. La 787B a donc ouvert une voie que ses compatriotes ont mis vingt-sept ans à emprunter de nouveau.

Reste le paradoxe qui fait sa singularité. La 787B triomphe l’année même où sa technologie est condamnée par le règlement. Elle n’a pas de descendance sportive directe : le rotatif quitte Le Mans en 1992 et n’y revient pas. Son héritage tient dans une sonorité que les spectateurs de la Sarthe reconnaissent encore, et dans un statut resté unique. Aucune autre voiture sans pistons n’a gagné cette course, et le règlement actuel rend l’exploit irrépétable.

LE MANS CLASSIC 2022 – MAZDA 787B – VAINQUEUR DES 24H DU MANS 1991

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Sources sur la Mazda 787 B

Sources

  • Primaire Mazda Motor Corporation, site commémoratif de la victoire du Mans et dossier technique R26B. mazda.com/en/experience/mspr/motorsports/lemans
  • Primaire SAE Technical Paper 920309, « Mazda 4-Rotor Rotary Engine for the Le Mans 24-Hour Endurance Race » (données moteur). mulsannescorner.com/SAE920309.pdf
  • Primaire Automobile Club de l’Ouest, résultats des 24 Heures du Mans 1991 (distance, moyenne, classement). 24h-lemans.com
  • Sec. Wikipedia, « Mazda 787B » et « 1991 24 Hours of Le Mans » (châssis, saison mondiale, réglementation). en.wikipedia.org/wiki/Mazda_787B
  • Sec. Motor Sport Magazine, « Mazda’s giant-killing ’91 Le Mans win » (récit de course, stratégie Ohashi). motorsportmagazine.com
  • Sec. evo, « Mazda 787B: the anatomy of a rotary Le Mans icon » (Nigel Stroud, châssis, évolutions 787B). evo.co.uk
  • Lacune Temps de qualification exacts de la n°55 et écart chiffré précis à la pole 1991 non documentés dans les archives publiques de l’ACO consultées. Source de référence à solliciter : archives officielles de l’Automobile Club de l’Ouest.
LE MANS CLASSIC 2022 – CIRCUIT LE MANS HISTORIQUE – MAZDA 787B

La marque de Hiroshima a également inspiré des formules de compétition accessibles, dont la Roadster Pro Cup, fondée sur la MX-5 NA et active en France depuis 2017.


Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au XXe Siècle

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