FERRARI 712P – M. ANDRETTI
Une tentative ambitieuse pour le Can-Am
En 1970, Ferrari décide d’explorer un nouveau territoire du sport automobile en s’engageant dans le championnat Can-Am (Canadian-American Challenge Cup), une compétition nord-américaine où la puissance et la liberté technique sont les maîtres mots. Contrairement aux catégories d’endurance et de monoplace où Ferrari excelle, le Can-Am est dominé par McLaren et Porsche, avec des prototypes surpuissants conçus spécifiquement pour cette série. Pour relever le défi, la Scuderia développe la Ferrari 712P, une machine taillée pour la puissance brute.

Reposant sur le châssis de la Ferrari 512S, conçue initialement pour les 24 Heures du Mans, la 712P reçoit d’importantes modifications structurelles afin d’accueillir un moteur inédit. Il s’agit d’un V12 atmosphérique de 6 860 cm³, le plus gros moteur jamais produit par Ferrari à l’époque. Développant environ 750 chevaux à 8 000 tr/min, ce bloc colossal est conçu pour rivaliser en performance pure avec les V8 Chevrolet suralimentés des McLaren M8 et les moteurs Porsche optimisés pour le Can-Am. Ferrari espère ainsi compenser son retard en aérodynamique et en développement face aux concurrents déjà bien établis dans la série.

Mario Andretti au volant de la 712P
Pour piloter cette nouvelle machine, Ferrari mise sur Mario Andretti, un pilote expérimenté et polyvalent, à l’aise aussi bien en Formule 1 qu’en endurance. Son premier engagement avec la Ferrari 712P a lieu lors de la manche du Can-Am de Watkins Glen en 1970. Face à une concurrence féroce, Andretti exploite au maximum la puissance du V12, mais la voiture se heurte rapidement à ses limites structurelles. Bien que rapide en ligne droite, elle souffre d’un excès de poids et d’une maniabilité difficile, la rendant peu efficace sur les tracés sinueux où les McLaren et Porsche, mieux équilibrées, excellent.
Malgré ces contraintes, Andretti parvient à décrocher une quatrième place lors de cette course, un résultat respectable compte tenu du faible développement du projet. Toutefois, cette performance met également en évidence le retard technologique de la 712P face à ses concurrentes, plus évoluées et bénéficiant de plusieurs saisons d’optimisation. Ferrari comprend alors que son approche, basée sur une adaptation de voitures d’endurance à la spécificité du Can-Am, ne suffit pas pour rivaliser avec des voitures conçues exclusivement pour cette discipline.

Une carrière limitée et une fin rapide
Après cette première apparition, la Ferrari 712P continue d’être engagée sporadiquement, mais sans réel succès. Elle est modifiée pour améliorer sa stabilité et réduire son poids, mais ces ajustements ne suffisent pas à en faire une menace sérieuse pour McLaren et Porsche, qui dominent le Can-Am avec des voitures bénéficiant d’un développement constant et d’une approche totalement dédiée à la discipline. En 1971, la 712P évolue en Ferrari 712M, avec quelques mises à jour aérodynamiques et mécaniques, mais l’écart avec la concurrence reste trop important.
Ferrari ne poursuit pas son engagement en Can-Am au-delà de 1974. L’équipe de Maranello décide de se recentrer sur la Formule 1 et l’endurance, où ses efforts sont plus rentables et mieux structurés. Le Can-Am, bien que fascinant par ses innovations techniques et la liberté qu’il offrait aux ingénieurs, ne s’intègre pas dans la philosophie de Ferrari, plus habituée aux catégories régies par des réglementations strictes.

Héritage et reconnaissance historique
Aujourd’hui, la Ferrari 712P reste une voiture atypique dans l’histoire de la marque. Elle représente une tentative audacieuse de Ferrari de s’imposer sur un terrain où elle n’avait aucune expérience préalable. Si ses résultats en compétition sont modestes, elle témoigne de la volonté de Ferrari d’explorer de nouveaux horizons et de se mesurer aux meilleures équipes américaines de l’époque.

Préservée dans des collections privées, la Ferrari 712P continue d’apparaître lors de courses historiques et d’événements dédiés aux prototypes des années 1970, rappelant cette période où la Scuderia a tenté de repousser les limites de la puissance et de l’ingénierie. Son moteur colossal et son design imposant en font un modèle emblématique pour les passionnés de Ferrari et d’histoire du sport automobile. Bien que le Can-Am ne soit jamais devenu un terrain de jeu pour Ferrari, la 712P reste une pièce unique dans son patrimoine, illustrant l’esprit d’expérimentation qui caractérisait la marque à cette époque.
