BMW M1 Pro Car
Une voiture de course dérivée de la BMW M1, conçue pour un championnat monotype spectaculaire à la fin des années 1970 et au début des années 1980.
La BMW M1 Procar constitue une version affûtée de la supercar M1, développée dans le but d’organiser un championnat monotype rassemblant certains pilotes de Formule 1. Cette initiative, soutenue par BMW Motorsport et lancée en 1979, vise à promouvoir le savoir-faire de la marque bavaroise dans le domaine de la compétition, tout en créant un spectacle inédit. La M1 Procar se dote d’évolutions mécaniques, aérodynamiques et esthétiques pour répondre aux exigences de la piste. Elle s’inscrit à la fois dans l’histoire de BMW et dans celle de la compétition automobile, grâce à des batailles intenses entre pilotes de renom.

Contexte et genèse du projet
La BMW M1, dévoilée à la fin des années 1970, est née d’une collaboration initiale avec Lamborghini pour la conception d’un châssis et d’une carrosserie de supercar. L’objectif de BMW est de disposer d’un modèle sportif homologué pour la compétition en Groupe 4 et Groupe 5. Cependant, la production et l’homologation prennent du retard. BMW Motorsport, dirigé alors par Jochen Neerpasch, décide de lancer un championnat monotype, le Procar, afin de donner à la M1 une visibilité en piste et de disposer rapidement des véhicules nécessaires à l’homologation.

Le Procar Championship, inauguré en 1979, se déroule en lever de rideau de plusieurs Grands Prix de Formule 1. La grille de départ accueille des pilotes de F1, rejoints par des pilotes de renom issus d’autres championnats. Les courses, courtes et intenses, mettent en avant la M1 Procar, spécialement préparée pour la compétition.
Un design axé sur l’aérodynamique et la performance
La M1 de série arbore une ligne basse et anguleuse, dessinée par Giorgetto Giugiaro chez Italdesign. Sa carrosserie en fibre de verre et son moteur central arrière dégagent déjà un caractère résolument sportif. La version Procar accentue encore ce style :
- Extensions de carrosserie : Les ailes sont élargies pour loger des pneus plus imposants, fournissant davantage d’adhérence et une voie élargie.
- Aileron arrière : Un aileron réglable améliore l’appui sur la poupe, stabilisant la voiture en courbe à haute vitesse.
- Jupes latérales et spoiler avant : L’objectif est de canaliser l’air et d’augmenter l’effet de sol, crucial dans les virages rapides.
Ces modifications garantissent un gain d’appui et une meilleure tenue en piste par rapport à la M1 « route ». Les livrées de course se montrent souvent spectaculaires, associant les couleurs emblématiques de BMW Motorsport (bleu, violet et rouge), ainsi que les sponsors présents à cette époque (certaines décorations, devenues iconiques, agrémentent encore les événements historiques aujourd’hui).
Un six-cylindres en ligne préparé pour la course
Le cœur de la M1 Procar réside dans son moteur six-cylindres en ligne, baptisé M88, déjà présent sur la M1 de série. Les ingénieurs de BMW Motorsport l’adaptent aux contraintes de la piste :

- Cylindrée : 3,5 litres.
- Alimentation : Injection mécanique Kugelfischer (ou équivalent), gérée par une électronique simplifiée, dépourvue d’une partie des contraintes antipollution de la version route.
- Puissance : En configuration Procar, le bloc peut atteindre les 470 à 490 chevaux, soit bien plus que les 277 chevaux d’origine sur la M1 de série.
Ce moteur affiche un tempérament rageur, apprécié pour sa souplesse et sa linéarité. En course, la zone rouge peut grimper jusqu’à 9 000 tr/min, offrant des accélérations franches et une vitesse de pointe avoisinant les 300 km/h selon le circuit et les réglages aérodynamiques. La sonorité rauque du six-cylindres est rapidement devenue l’une des signatures de la Procar, marquant les esprits sur les circuits internationaux.
Châssis, suspensions et freinage
La M1 Procar repose sur le même principe de structure que la M1 de série : un châssis tubulaire habillé d’une carrosserie légère. Toutefois, la version course bénéficie de renforts et d’aménagements spécifiques :
- Renforts dans l’habitacle : Un arceau cage complète rigidifie l’ensemble et protège le pilote en cas d’accident.
- Suspensions : Triangles superposés à l’avant et à l’arrière, combinés à des ressorts et amortisseurs spécifiques (Bilstein, par exemple), réglables en hauteur et en fermeté pour ajuster le comportement selon la piste.
- Freins : Disques ventilés et étriers renforcés, dimensionnés pour encaisser des séances de freinage appuyées.
Grâce à ces réglages, la M1 Procar tient la route de manière rigoureuse, même dans les virages rapides qui jalonnent les circuits de Formule 1. Ce comportement très proche des prototypes de l’époque attire la curiosité de nombreux observateurs, qui voient dans la Procar une plateforme de compétition particulièrement aboutie.
Le championnat Procar : un spectacle inédit
Le Procar Championship, mis en place en 1979, se dispute généralement lors des week-ends de Grand Prix, en complément de la Formule 1. Les cinq meilleurs pilotes de F1 lors des essais du vendredi se retrouvent ainsi au volant de M1 Procar préparées à l’identique, rejoints par d’autres pilotes professionnels ou personnalités du sport automobile. L’idée est de mettre tout le monde sur un pied d’égalité technique, pour que le talent prenne le dessus.

Les courses, souvent d’une durée de 30 à 45 minutes, voient s’affronter des champions comme Niki Lauda, Nelson Piquet, Alan Jones ou Emerson Fittipaldi. Ce mélange de pilotes F1, de pilotes d’endurance et de pilotes de tourisme suscite un engouement notable. Les batailles en piste sont serrées, les dépassements nombreux. En 1979, Niki Lauda remporte le championnat Procar, tandis que Nelson Piquet s’impose en 1980. Le spectacle plaît beaucoup aux écuries et au public, mais le championnat cesse en 1980, BMW ayant atteint son objectif de visibilité et l’homologation de la M1 pour les catégories Groupe 4 et Groupe 5 étant assurée.
Évolutions et engagements en Groupe 4 et Groupe 5
Une fois l’expérience Procar achevée, BMW et certaines écuries privées ajustent la M1 aux règlements Groupe 4 et Groupe 5 pour l’engager dans diverses épreuves d’endurance, notamment les 24 Heures du Mans et d’autres courses de championnat du monde des voitures de sport. Les modifications comprennent :
- Carrosseries élargies : Pour le Groupe 5, les ailes, le splitter avant et le diffuseur arrière s’étendent encore davantage.
- Moteur encore plus poussé : Selon le degré de liberté laissé par le règlement, la puissance peut s’envoler au-delà de 500 chevaux.
- Allègement accru : Panneaux de carrosserie en matériaux composites, habitacle dépouillé et réservoirs spéciaux.

Les résultats en endurance demeurent mitigés. La Porsche 935, déjà bien établie, domine souvent la catégorie. Pourtant, la M1 Groupe 5 s’illustre en remportant certaines courses de moindre envergure et en décrochant des places d’honneur au classement général. Les écuries qui l’engagent soulignent sa robustesse et l’efficacité de son châssis, même si elle souffre parfois d’un manque de développement face à des concurrentes officielles.
Une icône des années 1970-1980
La production de la M1 s’arrête en 1981 après environ 450 exemplaires construits, parmi lesquels on compte les versions route et les déclinaisons Procar ou Groupe 4/5. Cette rareté ajoute à la valeur du modèle sur le marché de la collection. La M1 Procar, en particulier, est devenue un symbole pour les amateurs de BMW Motorsport, évoquant l’époque où la marque n’hésitait pas à réunir des pilotes de Formule 1 dans un championnat monotype innovant.

Aux rassemblements historiques, il est fréquent d’apercevoir des M1 Procar en démonstration, arborant leurs livrées d’origine ou des décorations mythiques (comme la célèbre Warhol Art Car ou les couleurs BMW Motorsport). Les propriétaires, aidés par un réseau de spécialistes, veillent à maintenir ces voitures en état de marche, malgré la difficulté d’obtenir certaines pièces uniques à la version compétition.
La BMW M1 Procar symbolise ainsi la quête de reconnaissance de BMW en tant que constructeur de voitures de sport, à la croisée du développement d’une supercar et de l’organisation d’un championnat spectaculaire. Le concept d’une série monotype réunissant l’élite des pilotes a marqué les esprits, tandis que la version Procar a laissé une empreinte technique et visuelle forte. Aujourd’hui, elle demeure l’une des BMW de course les plus appréciées, tant pour son esthétique singulière que pour son héritage dans les compétitions d’endurance et dans l’histoire de la marque à l’hélice.

