Ferrari 312 P
Le pari de Maranello pour revenir en endurance
Après trois années dominées par la Ford GT40, Ferrari décide en 1969 de réinvestir la scène des prototypes. Le contexte réglementaire joue un rôle clé : la FIA impose désormais une cylindrée maximale de 3,0 litres pour les prototypes, ce qui incite la Scuderia à développer une nouvelle voiture sur la base de son expérience en Formule 1.
Ce projet donne naissance à la Ferrari 312 P, conçue pour affronter Porsche, qui aligne déjà la 908, et les Ford privées encore présentes dans la catégorie Sport.

Un contexte marqué par la transition réglementaire
À la fin des années 1960, Ferrari s’était retirée des prototypes pour se concentrer sur la Formule 1 et les GT. Mais l’annonce du règlement 1968 pour 1969 change la donne : Porsche s’engage fortement dans la catégorie 3 litres avec la 908, tandis que Ford mise encore sur la GT40 homologuée en Sport 5 litres.
Pour rester compétitive, Ferrari doit réagir vite. Mauro Forghieri dirige la conception mécanique, tandis que Giacomo Caliri imagine la carrosserie. Le nom 312 P reprend la logique Ferrari : « 3 » pour la cylindrée en litres, « 12 » pour le nombre de cylindres, « P » pour prototype.
Conception : une mécanique issue de la Formule 1
Sous sa coque légère en fibre de verre, la 312 P embarque un moteur V12 à 60° de 2991 cm³, étroitement dérivé du bloc utilisé en Formule 1.
Alimenté par un système d’injection Lucas et respirant par quatre arbres à cames en tête, il délivre environ 450 ch à 10 800 tr/min.
Le châssis tubulaire en aluminium privilégie la rigidité et la légèreté, tandis que la suspension à doubles triangles et les freins à disques ventilés complètent un ensemble pensé pour la vitesse et l’endurance.

Les premières versions : uniquement en spyder
Contrairement à une idée répandue, les premières 312 P de 1969 sont toutes construites en configuration ouverte (spyder). Le coupé n’apparaît que plus tard, spécifiquement pour le Mans afin de gagner en aérodynamisme sur les longues lignes droites des Hunaudières.
Cette décision s’explique par la recherche d’un meilleur compromis vitesse/stabilité. Ferrari assemble trois châssis : 0868, 0870 et 0872.

Débuts en compétition : Sebring 1969
La première apparition de la 312 P a lieu aux 12 Heures de Sebring en mars 1969. Engagée par la Scuderia et confiée à Chris Amon et Mario Andretti, la voiture montre son potentiel mais subit une crevaison de radiateur.
Elle termine à la deuxième place derrière la Ford GT40 Gulf de Jacky Ickx et Jackie Oliver, prouvant toutefois qu’elle peut rivaliser malgré un déficit d’expérience face aux GT40 et Porsche 908.
Les courses européennes : Spa et Nürburgring
En mai, la 312 P brille aux 1 000 km de Spa-Francorchamps : Pedro Rodriguez et David Piper décrochent la deuxième place, derrière la Porsche 908 de Jo Siffert et Brian Redman.
Ce podium confirme la compétitivité du prototype italien. En revanche, la course du Nürburgring se solde par un abandon, illustrant les problèmes de fiabilité qui freineront son programme.

Le Mans 1969 : pari perdu
Pour les 24 Heures du Mans, Ferrari engage deux coupés 312 P (les premières versions fermées). Les ambitions sont fortes, mais la réalité est brutale : l’une abandonne après un accident, l’autre sur problème mécanique après 20 heures. Cette double défaillance souligne les limites d’un programme conçu dans l’urgence.
Une fin rapide et des évolutions limitées
Après Le Mans, la Scuderia développe une 312 P spider aux lignes simplifiées pour les clients américains (N.A.R.T.), mais dès 1970 Ferrari se retire de la catégorie 3 litres pour lancer la 512 S (5 litres) afin de contrer la Porsche 917. En 1971, Luigi Chinetti Jr. modifie le châssis 0872 en spyder sommaire pour l’IMSA, tandis que le châssis 0870 rejoint la collection Pierre Bardinon.
Un héritage précieux malgré tout
La carrière de la 312 P est courte, mais son rôle stratégique demeure essentiel : elle marque la transition entre la domination des GT40 et l’ère des 5 litres (917 et 512 S). Aujourd’hui, les rares exemplaires survivants apparaissent dans des événements historiques comme Le Mans Classic ou Goodwood, rappelant une période charnière où Ferrari a tenté de reconquérir son trône en endurance avec les armes de la Formule 1.

Si elle n’a pas brillé par ses victoires, la 312 P a marqué les esprits par son élégance et son caractère, incarnant parfaitement l’esprit de Ferrari : allier performance, innovation et style, dans une quête constante d’excellence.
