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Thermique en sursis

Washington freine la transition californienne.

Le 12 juin 2025, l’ancien président Donald Trump a signé deux résolutions fédérales annulant les mesures écologiques portées par la Californie, notamment l’interdiction des ventes de voitures thermiques neuves à partir de 2035. Ces textes visent aussi à bloquer l’application de normes renforcées sur les émissions polluantes des poids lourds. En agissant sur ce double levier, l’administration fédérale rouvre une fracture bien connue aux États-Unis : celle du rapport de force entre l’État central et les gouvernements locaux sur la réglementation environnementale. Mais au-delà de la querelle institutionnelle, c’est bien l’ensemble de la stratégie de décarbonation du transport qui est remis en cause.

Depuis plus de cinquante ans, la Californie s’était imposée comme un laboratoire des politiques climatiques aux États-Unis. Grâce à un statut d’exception autorisé par l’EPA (Agence américaine de protection de l’environnement), elle pouvait fixer des seuils d’émission plus sévères que ceux du gouvernement fédéral. Cette liberté d’action a permis de bâtir une politique ambitieuse, soutenue par des mesures d’incitation à l’achat de véhicules électriques et l’interdiction programmée des ventes de moteurs thermiques dans la décennie à venir. Plusieurs États américains avaient suivi le mouvement, dessinant une dynamique régionale de transition.

La remise en cause fédérale de ces dispositifs repose sur une lecture opposée des priorités économiques et sociales. Pour l’administration Trump, ces réglementations nuisent à l’industrie nationale, créent une pression inutile sur les constructeurs et imposent des coûts supplémentaires aux consommateurs. En supprimant la dérogation californienne, le pouvoir fédéral cherche à unifier les règles du jeu à l’échelle du pays et à préserver l’offre de véhicules thermiques accessibles, en particulier dans les zones rurales et les États à faible densité de bornes de recharge.

Cette décision intervient dans un contexte de ralentissement de la croissance du marché électrique. Plusieurs constructeurs ont récemment révisé à la baisse leurs prévisions de ventes, invoquant une demande moins forte que prévu et des incertitudes sur les aides publiques. Le revirement de Washington pourrait donc être perçu comme un soutien indirect à un secteur automobile encore dépendant de ses modèles thermiques pour assurer sa rentabilité. Mais ce changement de cap interroge les industriels eux-mêmes, pris entre des contraintes d’investissement à long terme et des injonctions politiques contradictoires.

Côté californien, la réponse ne s’est pas fait attendre. Le gouverneur Gavin Newsom a dénoncé une attaque contre les droits des États fédérés et confirmé son intention de contester les résolutions devant les tribunaux. Plusieurs associations écologistes et groupes de défense de la santé publique ont exprimé leur inquiétude face au recul des normes antipollution, notamment celles qui devaient s’appliquer aux poids lourds, un secteur particulièrement émetteur. Des voix s’élèvent aussi dans le camp des constructeurs, notamment parmi ceux qui ont structuré leur stratégie industrielle autour d’une électrification progressive.

Sur le fond, cette décision fédérale remet en lumière l’instabilité réglementaire qui caractérise le marché automobile américain. Les alternances politiques provoquent des changements de cap brutaux, qui freinent les investissements et rendent difficile toute planification à moyen terme. Pour les ingénieries produits, cela signifie jongler avec plusieurs scenarii : celui d’une Amérique encore partagée entre modèles thermiques et électriques, et celui d’un basculement complet, piloté par des États moteurs comme la Californie ou le Massachusetts.

Au niveau international, ce recul sur les engagements climatiques ternit l’image des États-Unis, qui s’étaient engagés à atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. Cette décision pourrait compliquer la coordination avec les partenaires européens, notamment sur les normes d’émissions ou les règles d’homologation des véhicules. Elle envoie également un signal peu favorable aux investisseurs du secteur des énergies propres, déjà confrontés à une rentabilité incertaine.

Pour les mois à venir, l’avenir de cette mesure dépendra largement des résultats de la présidentielle de novembre. Une reconduction de Donald Trump pourrait entériner le retour d’une politique énergétique fondée sur le pragmatisme économique et le maintien du thermique comme moteur de croissance. À l’inverse, une alternance politique pourrait relancer les ambitions fédérales en matière de neutralité carbone, et restaurer les marges de manœuvre des États volontaristes. En attendant, l’industrie automobile doit composer avec un cadre mouvant, reflet d’un pays divisé sur les voies à suivre en matière de mobilité durable.

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