Championnat de France Historique des Circuits 2026
Trois évolutions structurantes pour une douzième saison charnière
À l’aube de sa douzième saison, le Championnat de France Historique des Circuits (CFHC) orchestré par HVM Racing s’apprête à vivre une transformation d’envergure. Trois axes de réforme convergent vers un objectif commun : redonner de la lisibilité aux grilles, renforcer l’équité sportive et élargir la base de pilotes éligibles aux titres nationaux. Cette refonte témoigne d’une volonté d’adaptation aux attentes du terrain, dans un contexte où le sport automobile historique connaît un engouement croissant.
I. Intégration de la Formule Renault Classic au classement national : reconnaissance et cohérence
Une décision attendue
Jusqu’en 2025, les pilotes de Formule Renault Historic évoluaient en marge du classement général du CFHC, malgré une présence régulière sur les plateaux de l’Historic Tour. À partir de 2026, les catégories Formule Renault Historic et Formule Renault Classic A entrent officiellement dans le giron du championnat, avec attribution de points au classement « Monoplaces ».

Cette évolution consacre la légitimité sportive de monoplaces qui ont longtemps servi de tremplin aux jeunes talents. Des pilotes comme Alain Prost, René Arnoux, Jean Alesi ou plus récemment Jules Bianchi ont forgé leur technique dans ces écoles de pilotage. Intégrer ces monoplaces au CFHC, c’est reconnaître leur valeur patrimoniale autant que leur pertinence compétitive.
Découpage des catégories
Le règlement 2026 établit une segmentation chronologique et technique précise :
Formule Renault Historic : monoplaces construites et engagées en compétition officielle avant le 31 décembre 1994. Cette période couvre les générations Europe, Turbo, Atmo et leurs variantes nationales. On y retrouve des châssis iconiques comme les Martini MK39, les Elf 2J ou encore les Ralt RT30/35.

Formule Renault Classic – Catégorie A : monoplaces construites et engagées entre le 1er janvier 1995 et le 31 décembre 2009. Cette fenêtre englobe l’ère des châssis Tatuus FR2000 et Mygale, ainsi que les évolutions vers les motorisations 2.0L atmosphériques.
Catégorie B – F4 Classic : destinée aux F4 de première génération, homologuées avant le 1er janvier 2015, dans leur configuration d’origine. Ces monoplaces pourront rouler mais ne marqueront pas de points au CFHC.
Catégorie C – Formules Invitées : catégorie d’accueil pour des monoplaces de performances voisines (Formule Ford 2000, Formule Super V, F3 Classic 2.0L, etc.), admises à titre isolé sans attribution de points nationaux.
Modalités d’attribution des points
Les points seront attribués selon le classement scratch de chaque course, sans distinction de division ou de classe au sein de la Formule Renault. Ce choix favorise la performance brute, tout en maintenant une grille élargie où cohabitent plusieurs générations de châssis. Les pilotes des catégories B et C, classés « invités », ne participeront pas au classement national.

II. Endurance : six titres nationaux et une reconnaissance accrue
Réorganisation des 200 KM
Depuis plus d’une décennie, l’Historic Tour développe un format d’endurance centré sur des épreuves de 200 kilomètres disputées sur plusieurs meetings annuels. Face à l’engouement croissant pour ce format et à la diversité technique des grilles, HVM Racing a décidé de faire passer le nombre de titres de quatre à six, dont trois dédiés exclusivement à l’endurance.

Cette inflation apparente répond à une logique d’équité : en 2025, certaines catégories regroupaient des véhicules aux architectures trop hétérogènes pour garantir une compétition équilibrée. La segmentation accrue vise à structurer des championnats homogènes où les écarts de performances sont maîtrisés.
Trois nouveaux titres endurance
Titre Prototypes inférieur à 3 litres (pré-2001) : ce championnat rassemble les prototypes Sport 2000, CN et autres barquettes légères homologuées avant le 31 décembre 2000. On y retrouve notamment des Duqueine M16, Norma M20, Radical SR3 et autres monstres d’agilité.

Titre Berlines/GT Pré-90 : ce championnat couvre les GT et Berlines homologuées avant le 31 décembre 1989. Les Porsche 911 Carrera RSR, BMW M3 E30, Ford Capri Zakspeed et Alpine A110 1600S y cohabiteront dans un esprit Groupe A et Groupe 4.

Titre Berlines/GT Post-90 : destiné aux GT et Berlines homologuées entre le 1er janvier 1990 et le 31 décembre 2000, ce championnat accueillera des Porsche 964/993, BMW M3 E36, Renault Clio Williams et autres représentants de l’ère du Groupe N évolué et des premières GT3.

Équité et lisibilité
Cette segmentation tripartite garantit une meilleure lisibilité pour les spectateurs et une compétition plus serrée sur chaque grille. En dissociant prototypes et GT/Berlines, puis en scindant ces derniers par période technique, HVM Racing réduit les écarts de chronos qui pouvaient atteindre 10 à 15 secondes au tour entre le premier prototype et la dernière berline pré-90. Les titres deviennent ainsi plus disputés, et les courses gagnent en intensité stratégique.
III. Sprint Series Pré-66 et Pré-81 : retour aux fondamentaux chronologiques
Une réforme structurelle du GT/Tourisme Pré-90
Jusqu’en 2025, le Championnat de France Historique des Circuits organisait ses grilles GT/Tourisme selon une logique de puissance et de cylindrée (Maxi 1300 Series, Maxi 2L Classic, Racing Over 2L). Cette classification, héritée des débuts de l’Historic Tour, montrait ses limites : des voitures techniquement incomparables se retrouvaient face à face, diluant l’intensité des courses et créant des frustrations chez les pilotes.

La réforme 2026 rompt avec cette approche. HVM Racing adopte une classification par période historique, jugée plus cohérente tant sur le plan patrimonial que spectaculaire. Ce basculement s’inscrit dans une logique de « retour aux sources » où les véhicules d’une même époque partagent des philosophies techniques communes.
Sprint Series Pré-66 : l’âge d’or des berlines et GT
Le plateau Sprint Series Pré-66 accueille l’ensemble des Berlines et GT homologuées avant le 31 décembre 1965, sans distinction de cylindrée initiale. Cette grille unique regroupe des voitures auparavant dispersées entre trois championnats distincts.

Organisation en quatre classes :
- Berlines supérieures à 2 litres (Ford Mustang, Alfa Romeo Giulia GTA, BMW 1800 TI/SA)
- Berlines inférieures à 2 litres (Mini Cooper S, Simca 1000 Rallye, Austin A40)
- GT supérieures à 2 litres (Porsche 911, Jaguar E-Type, AC Cobra)
- GT inférieures à 2 litres (Lotus Elan, MG B, Alfa Romeo Giulia Sprint GT)
Format de course innovant :
Lors de chaque meeting, les pilotes disputeront deux courses de formats différents :
- Une course sprint (durée maximale : 20 minutes), comptant pour le classement général avec un coefficient standard.
- Une course longue (durée maximale : 40 minutes), offrant un doublement des points attribués.
Ce format à deux vitesses favorise les stratégies de pilotage et récompense l’endurance mécanique. Les pilotes devront arbitrer entre agressivité en course courte et gestion en course longue, tout en maximisant leur capital de points.
Sprint Series Pré-81 : la décennie de l’homologation spéciale
Dans la continuité chronologique, la Sprint Series Pré-81 s’adresse aux Berlines et GT homologuées entre le 1er janvier 1966 et le 31 décembre 1980. Cette période couvre l’âge d’or du Groupe 2, du Groupe 4 et du Groupe 5, marquée par des évolutions réglementaires intenses.

Organisation en quatre classes identiques :
- Berlines supérieures à 2 litres (BMW 3.0 CSL, Ford Escort RS2000, Alfa Romeo GTV6)
- Berlines inférieures à 2 litres (Simca Rallye 2, Renault 5 Alpine, Opel Kadett GTE)
- GT supérieures à 2 litres (Porsche 911 Carrera 2.7 RS, Lancia Stratos, De Tomaso Pantera)
- GT inférieures à 2 litres (Alpine A310 4-cylindres, Lotus Europa, Datsun 240Z)
Format de course :
Contrairement au Pré-66, le plateau Pré-81 propose deux courses sprint de 25 minutes maximum lors de chaque meeting. Ce format homogène privilégie l’intensité et les départs lancés, dans l’esprit des épreuves support des années 1970-1980.
Conditions d’éligibilité : PTH et Annexe K
Les véhicules engagés doivent être munis d’un Passeport Technique Historique (PTH) délivré par la FFSA. Toutefois, une souplesse réglementaire est accordée aux voitures en cours de demande de PTH ou répondant pleinement aux critères de l’Annexe K FIA et de la fiche d’homologation d’origine. Cette tolérance évite d’exclure des voitures authentiques dont les propriétaires sont encore en phase administrative.
IV. Enjeux et perspectives : quelle cohérence d’ensemble ?
Une logique d’adaptation au terrain
Les trois évolutions majeures du CFHC 2026 partagent une même philosophie : partir des réalités du parc roulant et des attentes des pilotes plutôt que d’imposer une classification théorique rigide. L’intégration de la Formule Renault répond à une demande ancienne de reconnaissance. La multiplication des titres en endurance découle de l’observation d’écarts de performances trop importants. Le passage à une classification chronologique en sprint découle de retours terrain sur la dilution des courses.

Cette approche pragmatique contraste avec une vision plus rigide du sport historique, où la fidélité à une classification d’origine (Groupe 1, 2, 3, 4, etc.) primerait sur la fluidité des courses. HVM Racing assume ce choix : privilégier la qualité du spectacle et l’équité sportive, quitte à s’éloigner des catégories FIA historiques.
Risques et limites
Toute réforme comporte des zones d’ombre. La segmentation accrue des titres (six au lieu de quatre) peut être perçue comme une inflation de championnats, diluant la valeur symbolique du titre national. En endurance, un pilote Prototype <3L ne sera pas comparable à un pilote GT Post-90, alors que les deux roulent sur les mêmes meetings. Cette compartimentation peut fragmenter la visibilité médiatique.

De même, le passage à une classification chronologique en GT/Tourisme impose aux pilotes de s’adapter à de nouveaux adversaires. Des équipes ayant investi dans une Porsche 911 3.0 RS pour dominer le Racing Over 2L se retrouveront face à des Ford Escort RS2000 en Pré-81, changeant radicalement les hiérarchies établies. Si cette rupture est salutaire pour relancer la compétition, elle peut aussi frustrer ceux qui avaient construit une stratégie sur l’ancien règlement.
Une dynamique à confirmer sur piste
Le succès de ces réformes se mesurera in fine sur la grille de départ et dans les chronos. Les premiers meetings de 2026 diront si la Formule Renault attire suffisamment de pilotes pour justifier son intégration au classement national. L’endurance révélera si la segmentation tripartite génère effectivement des courses plus serrées, ou si des dominateurs émergent malgré tout. Les Sprint Series Pré-66 et Pré-81 montreront si le format double course (sprint + longue) séduit les pilotes et enrichit le spectacle.
Conclusion : un pari sur l’avenir du sport historique en France
Le Championnat de France Historique des Circuits 2026 s’engage dans une voie résolument moderne du sport automobile patrimonial. En élargissant l’accès aux titres nationaux (Formule Renault), en affinant la segmentation technique (endurance tripartite) et en repensant la classification des GT/Tourisme (logique chronologique), HVM Racing et la FFSA affirment une vision dynamique du sport historique.

Cette douzième saison marquera un tournant : soit ces évolutions relancent l’attractivité des grilles et génèrent un cercle vertueux d’engagements, soit elles complexifient excessivement l’offre et fragmentent une base de pilotes déjà limitée. Les prochains mois apporteront des réponses, mais une chose est certaine : le sport automobile historique français refuse la stagnation et continue de se réinventer.
Références :
- Règlement sportif et technique CFHC 2026, HVM Racing / FFSA
- Communiqué officiel Historic Tour, janvier 2026
- Projets de règlements Formule Renault Historic & Classic 2026
- Projets de règlements Sprint Series Pré-66 et Pré-81, HVM Racing
