Rallye Jeunes FFSA Yacco 2025 : trois volants féminins pour 2026
Le Mans consacre Elona Ginet, Maeva Dupuy et Léa Brière
Au Mans, une semaine après la finale nationale mixte, la Finale Féminine de Rallye Jeunes FFSA Yacco 2025 a pris le relais les 23 et 24 novembre pour désigner trois lauréates appelées à débuter en Championnat de France des rallyes en 2026. Trente candidates, retenues parmi plus de 400 participantes issues de la métropole et de La Réunion, se sont alignées sur cette dernière étape 100 % féminine. À l’issue de deux journées d’évaluations menées sur le même canevas que la finale masculine, Elona Ginet, Maeva Dupuy et Léa Brière ont décroché chacune un volant fédéral et rejoignent la promotion Rallye Jeunes 2025, dans le sillage de références comme Sébastien Ogier ou Adrien Fourmaux, eux aussi passés par ce dispositif de détection.

La mise en place d’une Finale Féminine s’inscrit dans l’évolution récente de Rallye Jeunes FFSA Yacco. Après le lancement d’un « volant féminin » en 2024, la FFSA a structuré en 2025 un parcours dédié, avec une sélection 100 % féminine au Mans venant s’ajouter aux rendez-vous mixtes de Nancy, Lédenon, Lyon, Dreux et La Réunion. Le principe reste pourtant identique : un engagement financier réduit, des voitures strictement identiques, une évaluation centrée sur le pilotage et la capacité d’adaptation. Le filtre est sévère : de plusieurs centaines de candidates, seules trente ont atteint cette finale mancelle, preuve que le processus de sélection ne se contente pas de donner une vitrine médiatique, mais construit une hiérarchie claire basée sur le chrono et la régularité.
Sur place, la Finale Féminine reprend le format éprouvé de Rallye Jeunes : deux jours rythmés par des séries d’exercices chronométrés, des briefings sécurité, des analyses vidéo et un suivi rapproché par les équipes techniques. Le premier jour sert à trier un plateau dense au moyen de parcours courts, d’enchaînements de freinages, de changements d’appuis et de manœuvres qui testent autant la finesse au volant que la gestion du stress. Le second jour resserre encore la sélection, avec des parcours plus longs, des conditions parfois moins favorables en termes d’adhérence et des passages répétés qui demandent de tenir un niveau de performance stable. Les candidates sont soumises aux mêmes paramètres que leurs homologues masculins : même type d’auto, mêmes exercices, même grille de lecture des performances. La différence tient à la perspective : ici, l’enjeu est aussi d’objectiver le niveau d’un vivier féminin encore peu représenté dans les parcs d’assistance français, en donnant aux meilleures un cadre concret pour franchir un palier.
Dans ce contexte, le doublé réunionnais marque un signal fort. Elona Ginet (24 ans, Ligue de La Réunion) s’est imposée comme l’une des références de cette Finale Féminine. D’après ses propos recueillis par la FFSA, elle ne s’attendait pas à décrocher la première place et insiste surtout sur la fierté ressentie au moment de partager ce résultat avec une autre pilote issue de la même ligue.
Cette réussite met en lumière le travail mené depuis plusieurs années sur l’île autour des formules de promotion, avec un calendrier local structuré, la présence de manches du Championnat de France des rallyes et un vivier de pilotes capable de saisir des opportunités nationales lorsque la fédération ouvre des portes. Le fait de voir une pilote réunionnaise intégrer un programme fédéral de trois rallyes sur le continent renforce le lien entre la base ultramarine et les structures métropolitaines, et donne un exemple tangible aux jeunes licenciés et licenciées de la ligue.
Maeva Dupuy (23 ans, Ligue de La Réunion) accompagne ce mouvement en signant une trajectoire parallèle. Elle évoque une expérience qui l’a poussée à se dépasser, à gagner en confiance et à se prouver qu’elle avait toute sa place à ce niveau. Son discours met le doigt sur un point souvent relevé dans les programmes dédiés aux femmes en sport automobile : la barrière n’est pas seulement financière ou logistique, elle tient aussi à l’auto-censure et à la difficulté de se projeter dans un milieu perçu comme fermé. En franchissant toutes les étapes jusqu’à la victoire, elle offre un contre-exemple concret à cette idée reçue et revendique clairement un rôle d’inspiration pour d’autres candidates potentielles. Dans le paysage actuel, où la FIA et plusieurs programmes privés comme Iron Dames ou Girls on Track multiplient les actions en faveur de la présence féminine en compétition, la victoire de deux Réunionnaises dans un dispositif fédéral français s’inscrit dans une dynamique plus large qui dépasse la seule opération Rallye Jeunes.
Face à ce duo venu de l’océan Indien, la troisième lauréate, Léa Brière (24 ans, Ligue Hauts-de-France), apporte un autre profil, issu d’une région où la culture rallye s’est structurée autour des épreuves asphalte du nord du pays et des passages réguliers de championnats nationaux. Elle explique avoir eu du mal à mesurer son niveau réel avant la finale et se montre surprise par le rythme qu’elle a réussi à tenir sur les exercices décisifs. Ce type de témoignage illustre bien la fonction de révélateur de Rallye Jeunes : des pilotes qui ont roulé dans un cadre plus ou moins informel se confrontent soudain à une évaluation technique objectivée, avec des critères clairs et des écarts chronométrés précis. Pour une pilote comme Léa Brière, la Finale Féminine n’est donc pas qu’une opportunité de décrocher un volant ; c’est aussi un moment où l’on confronte sa propre perception à la réalité du chrono, avec à la clé un gain de confiance qui sera utile lors des premiers départs en championnat.
Pour les trois lauréates, l’enjeu se déplace désormais vers 2026. Le communiqué fédéral précise qu’elles intégreront un programme de trois rallyes inscrits au Championnat de France 2026, dans un cadre défini par contrat avec la FFSA Academy. Concrètement, cela signifie un accompagnement technique et sportif sur chaque épreuve : véhicule fourni, encadrement par les équipes de l’Academy, travail sur les notes, la gestion d’un week-end de rallye et la relation avec un environnement de haut niveau. Ce type de programme ne garantit pas une carrière, mais il offre une première marche structurée, avec des références mesurables face au reste du plateau. Pour trois pilotes issues de ligues très différentes, c’est une occasion rare de se retrouver sur un même plan sportif, dans un contexte où les écarts de moyens entre régions et structures privées restent importants.
Au-delà des destins individuels d’Elona Ginet, Maeva Dupuy et Léa Brière, cette Finale Féminine confirme le repositionnement de Rallye Jeunes FFSA Yacco comme outil de détection mais aussi comme levier de diversification du plateau français. En assumant une sélection 100 % féminine, la FFSA ne crée pas une catégorie à part ; elle se donne un moyen supplémentaire d’identifier des talents qui, sans ce dispositif, auraient peut-être renoncé à se confronter aux sélections mixtes. L’articulation avec un programme fédéral en Championnat de France garantit que cette détection débouche sur des kilomètres en conditions réelles, ce qui reste la seule véritable monnaie en sport automobile. À l’heure où l’on voit émerger des profils féminins jusqu’aux championnats du monde, des rallyes WRC2 aux championnats d’endurance, la Finale Féminine du Mans s’inscrit comme un maillon concret de cette chaîne, à l’échelle nationale.
Sources
- FFSA – Communiqué « Rallye Jeunes FFSA Yacco : les trois lauréates féminines sont connues » (novembre 2025).
- FFSA – Présentation de l’opération Rallye Jeunes FFSA Yacco et du dispositif 2025 (site ffsa.org et rallyejeunes.com).
- FFSA – Communiqué « Retour d’un Volant Féminin Rallye Jeunes Yacco FFSA » (26 septembre 2024).
- FFSA & Rallye Jeunes – Publications officielles sur les réseaux sociaux annonçant les lauréates 2025 (Facebook et Instagram).
- FIA & programmes féminins – Dossiers Girls on Track / Women in Motorsport et communication Iron Dames sur les programmes rallye 2025.
