Equipe d’extraction ou ‘Extrication Team’
L’équipe d’extrication compte six personnes, dont un médecin qui dirige la manœuvre sur place. Sa mission est de sortir de sa voiture un pilote incapable d’en descendre seul, en maintenant sa colonne vertébrale immobile du premier au dernier geste. La FIA l’impose sur tout circuit accueillant une épreuve de championnat du monde depuis 1990, avec deux équipes au minimum en Formule 1.
Fiche Vocabulaire – Equipe d’extraction (Extrication Team)
Secours sur circuit – obligatoire depuis 1990
L’équipe d’extrication est le groupe de six personnes, placé sous la direction médicale d’un médecin, chargé de sortir de sa voiture un pilote incapable d’en descendre seul, en maintenant sa colonne vertébrale immobile du premier au dernier geste.
Son cahier des charges figure au supplément 7 de l’annexe H au Code sportif international. Le texte français de la FIA la nomme équipe d’extraction, le texte anglais extrication team.

| Paramètre | Exigence FIA |
|---|---|
| Effectif | 6 personnes |
| Encadrement | 1 médecin, présent à l’intervention |
| Nombre d’équipes, F1, WEC et Formule E | 2, et 3 au-delà de 6 km |
| Véhicule | 1 monospace, équipe et matériel |
| Exercice d’évaluation | avant les premiers essais |
| Texte de référence | annexe H, supplément 7 |
La fiche technique de l’équipe d’extraction
Contexte et genèse
Le 15 mars 1989, sur le circuit de Jacarepaguá, Philippe Streiff sort de la piste aux essais privés précédant le Grand Prix du Brésil. Sa monoplace se retourne. Des commissaires la remettent sur ses roues, tirent le pilote de la monocoque et l’allongent sur l’herbe pour attendre l’ambulance. Streiff restera tétraplégique. « Ce n’étaient pas des gens formés médicalement travaillant selon une procédure », dira-t-il plus tard à Autosport.
La fédération crée dans la foulée un poste de délégué médical permanent, confié à Jean-Jacques Issermann, qui conduit un premier exercice d’extraction à Birmingham en juillet 1989. Quelques jours après, au Grand Prix d’Allemagne, Emanuele Pirro est sorti de sa Benetton à bras, sans matériel d’immobilisation. Le président Jean-Marie Balestre exige une solution. Issermann rédige un règlement, présenté aux équipes et aux pilotes au Grand Prix de Hongrie en août, que le Conseil Mondial du Sport Automobile adopte à l’unanimité au début de 1990.
FIA Institute, AUTO+MEDICAL n°1 ; FIA, Pioneering Spirit ; FIA, annexe H au Code sportif international.

| Effectif | Six personnes. Chiffre identique dans l’annexe H au Code sportif international et dans la réglementation médicale de la FFSA, qui renvoie explicitement au supplément 7. |
|---|---|
| Médecin | Expérimenté dans la prise en charge pré-hospitalière des victimes d’accidents. L’équipe n’intervient qu’en sa présence : celui de l’équipe, ou à défaut celui de la voiture d’intervention médicale arrivée sur place. La FFSA exige un anesthésiste-réanimateur ou un médecin urgentiste, membre de l’équipe ou désigné pour l’accompagner. |
| Responsable d’équipe | Un membre désigné, chargé de la coordination et de la communication avec le médecin en poste. En Formule 1, endurance, Formule E et rallycross mondial, son nom figure au questionnaire des services médicaux et de secours de l’épreuve. La FIA recommande que ce soit le médecin de l’équipe, sans l’imposer. |
| Conducteur | L’un des six membres conduit le véhicule qui amène l’équipe sur les lieux. |
| Profils admis | Pompiers, secouristes, paramédicaux, commissaires de piste. Le recrutement, l’entraînement régulier et le fonctionnement des équipes relèvent de l’autorité du médecin-chef du circuit. |
| Langue | Au moins un membre de chaque équipe doit avoir une connaissance correcte de l’anglais parlé, en Formule 1, en endurance et en Formule E. |
| Véhicule | Rapide et maniable, assez vaste pour six personnes et le matériel. La FFSA impose un véhicule unique, de type monospace. En Formule 1, endurance et Formule E, les six membres tiennent dans un même véhicule ou se répartissent sur deux au maximum, toute dérogation relevant de la Commission médicale de la FIA. Le rallycross mondial admet une équipe de trois personnes. |
| Tenue | Tenue adaptée et identification sélective. En France, combinaison simple portant la mention EXTRACTION dans le dos, chaussures de type basket, gants. |
| Matériel embarqué | Attelle vertébrale de type KED ou analogue, longue planche de secours, couverture de survie, matelas à dépression, ciseaux et couteaux, couverture anti-feu, colliers cervicaux rigides de plusieurs tailles, liant pelvien, cales pour immobiliser le véhicule, et le sac d’extraction FIA pour les disciplines à siège extractible. |
| Nombre d’équipes par épreuve | Deux au minimum en Formule 1, en endurance et en Formule E, trois au-delà de six kilomètres de tracé. Le délégué médical de la FIA, ou le médecin-chef en son absence, fixe le nombre exact au-delà de ce plancher. La FFSA exige au moins une équipe pour toute épreuve d’un championnat de France. |
| Entraînement et contrôle | Stage spécifique, recyclage et entraînement régulier, sur documents fournis par la FIA. Un exercice d’évaluation de toutes les équipes se déroule avant le début des premiers essais. La FFSA impose un exercice à chaque épreuve où une équipe est présente et un contrôle par sa commission médicale au moins tous les deux ans, avec un stage national avant chaque saison. |
| Répartition des gestes | Non documenté par le règlement. Aucun texte de la FIA n’attribue une position ou un geste précis à chacun des six membres. Seuls le responsable et le conducteur sont nommés. La coordination des gestes relève de la formation et du stage, pas de l’annexe H. |
Les chiffres clés de l’équipe d’extraction
6
personnes par équipe, un médecin dirigeant la manœuvre sur place
FIA, annexe H, supplément 7 ; FFSA, réglementation médicale
1990
obligation posée par le Conseil Mondial du Sport Automobile sur tout circuit de championnat du monde
FIA, Pioneering Spirit
2 ou 3
équipes exigées en Formule 1, endurance et Formule E, la troisième au-delà de 6 km de tracé
FIA, annexe H 2026, article 2.8.3.3
1978
conception du KED par Richard Kendrick, attelle destinée d’abord aux pilotes de course
Brevet américain 4 211 218
Le dispositif tient en six personnes, un véhicule unique et un jeu de matériel d’immobilisation. La difficulté porte sur la coordination de gestes simultanés autour d’un pilote qu’il faut maintenir immobile.
Les moments marquants de l’équipe d’extraction
Cas décisifs – ce qui a fait écrire la règle (1973 – 1999)
1973 : Zandvoort sans service d’extraction – Roger Williamson meurt sous les yeux des commissaires
Au Grand Prix des Pays-Bas du 29 juillet, la monoplace de Roger Williamson se retourne et prend feu à sa deuxième course de Formule 1. David Purley abandonne la sienne, traverse la piste et tente seul de redresser l’épave. Les commissaires, en chemise, sans vêtements résistant au feu, n’approchent pas. Williamson meurt asphyxié. Purley recevra la George Medal. Aucun service organisé de sortie de pilote n’existe alors sur les circuits.
1989 : Jacarepaguá – Philippe Streiff tiré de sa monocoque sans procédure
Aux essais du 15 mars, l’AGS de Philippe Streiff quitte la piste et se retourne. Des commissaires la remettent sur ses roues, sortent le pilote et l’installent sur l’herbe. Streiff restera tétraplégique. L’accident lui-même explique ses lésions, comme le rappellera le délégué médical Gary Hartstein, mais l’image de cette évacuation décide la fédération à écrire une procédure et à nommer un délégué médical permanent.
1999 : le siège extractible obligatoire en Formule 1 – la coque devient l’attelle
Les premières équipes travaillent au KED, une attelle qu’il faut glisser derrière le pilote, donc le manipuler. Sid Watkins pousse une solution qui supprime ce geste : un siège que l’équipe extrait avec le pilote dedans, la coque tenant elle-même le rachis. Le règlement technique de la Formule 1 le rend obligatoire en 1999. La spécification FIA fixe depuis la couleur et la position des sangles, saisies puis reliées au sac d’extraction.

Les idées reçues sur l’équipe d’extraction
À ne pas confondre
Extraction et désincarcération seraient la même intervention
L’annexe H décrit deux équipes distinctes, avec deux missions et deux effectifs. L’équipe d’extraction compte six personnes et sort le pilote de l’habitacle en préservant sa colonne vertébrale. L’équipe de désincarcération compte au moins quatre personnes, dispose des outils de coupe et intervient quand la structure retient le pilote ou qu’il faut créer de la place. La seconde est exigée dans toutes les compétitions, la première selon la discipline et le règlement de l’épreuve.
Le mot « extrication » désignerait une procédure différente
C’est l’appellation anglaise du même dispositif. Le texte français de la FIA et la réglementation médicale de la FFSA écrivent équipe d’extraction, et les combinaisons portent la mention EXTRACTION dans le dos. Le mot anglais circule en français par les centres agréés, dont l’Extrication Training Center installé à Spa-Francorchamps, et par le vocabulaire du secours routier.
Pourquoi ça compte de connaître l’équipe d’extraction ?
La plupart des règles de sécurité du sport automobile ont été écrites après un décès. Celle-ci l’a été après deux accidents dont aucun n’était mortel, sur la seule constatation que le pilote avait été touché par des mains sans procédure. C’est ce déplacement du regard, du bilan de la course vers les minutes qui suivent le choc, qui a produit le supplément 7 de l’annexe H.
Le matériel raconte le même aller-retour. Richard Kendrick dessine son attelle en 1978 pour sortir les pilotes de leurs cockpits ; le secours routier s’en empare et la banalise ; la fédération la reprend en 1990 comme équipement réglementaire, avant que le siège extractible n’en prenne le relais en Formule 1. Aucune de ces étapes ne supprime la contrainte de départ : six personnes doivent agir ensemble, sous une seule autorité médicale, sur un corps qu’il faut maintenir aligné. C’est le dernier maillon de la sécurité qui reste entièrement manuel, et il s’entraîne à chaque épreuve, avant les premiers essais.
Sources
Sources
- PrimaireFIA, Annexe H au Code sportif international 2026 : définition de l’extraction (art. 2.7.1.1), nombre d’équipes exigé (art. 2.8.3.3), supplément 7 sur la composition, le matériel, la formation et l’exercice d’évaluation.
- PrimaireFIA, Annexe H publiée le 23 octobre 2012 : première édition accessible où les équipes d’extraction font l’objet d’un supplément dédié.
- PrimaireFIA, Spécifications pour les sièges extractibles dans les voitures à habitacle ouvert, version 4 : sangles, boucles, réceptacle de stabilisation de la tête, sac d’extraction, exercice d’extraction.
- PrimaireFFSA, Réglementation médicale : cahier des charges français de l’équipe d’extraction, matériel, tenue, véhicule, exercice à chaque épreuve et contrôle biennal par la commission médicale.
- PrimaireFIA Institute, AUTO+MEDICAL n°1 : genèse 1989-1990, accidents de Philippe Streiff et d’Emanuele Pirro, rôle de Jean-Jacques Issermann, déroulement d’une intervention.
- PrimaireFIA, Pioneering Spirit : décision du Conseil Mondial du Sport Automobile au début de 1990 et premières formations sur les circuits français.
- Sec.Gary Hartstein, délégué médical de la FIA de 2005 à 2012 : limites du KED, passage au siège extractible, exercice officiel du jeudi.
- Sec.Automobile Club de l’Ouest, hommage à Jean-Jacques Issermann : voitures médicales d’intervention rapide depuis 1972, conception des méthodes d’extraction.
- Sec.f1technical.net, relevé des mesures de sécurité 1990-1999 : exercice d’extraction obligatoire en 1990, siège extractible obligatoire en 1999.
- Sec.Wikipedia, Kendrick extrication device : conception en 1978 par Richard Kendrick, brevet américain 4 211 218, destination initiale aux pilotes de course.
- Sec.Wikipedia, David Purley : Zandvoort 1973, commissaires sans vêtements résistant au feu, mort de Roger Williamson, George Medal.
- LacuneDate exacte de la décision du Conseil Mondial du Sport Automobile de 1990 : les publications de la fédération s’en tiennent au début de l’année, sans jour ni mois. Archive à consulter : Fédération Internationale de l’Automobile, Paris.
- LacunePremière intervention documentée d’une équipe d’extraction en compétition : le seul témoignage disponible situe un accident dont la date et le pilote ne résistent pas au contrôle. Archives à consulter : Commission médicale de la FIA ; Autosport et Motor Sport, saison 1990.
- LacuneÉdition de l’annexe H ayant introduit les équipes d’extraction : la plus ancienne accessible en ligne, publiée le 9 avril 2008, décrit déjà un dispositif complet. Archive à consulter : service documentation de la FIA, Paris.
Sportauto-Heritage.fr – Les chroniques du Sport Automobile au XXe Siècle
