Bentley Blower
Table des matières
Résumé
Bentley Blower, la voiture que Walter Owen Bentley détestait, et la course qui la rendit immortelle.
Née contre la volonté de son créateur, construite avec l’argent d’une héritière passionnée de courses hippiques, la Bentley Blower n’a jamais remporté la moindre épreuve majeure. Elle demeure pourtant, près d’un siècle plus tard, la Bentley de compétition d’avant-guerre la plus célèbre et la plus admirée au monde.

Parce que la passion du sport automobile ne devrait avoir aucune frontière, retrouvez cet article en version audio et en 7 minutes pour tout comprendre.

FICHE TECHNIQUE — BENTLEY 4½ LITRES SUPERCHARGED (1929–1931)
| Désignation | Bentley 4½ Litre Supercharged — dite « Blower Bentley » |
| Motorisation | 4 cylindres en ligne, 4 398 cm³ — alésage 100 mm × course 140 mm |
| Compresseur | Roots à double rotor bilobes, conçu par Charles Amherst Villiers |
| Puissance route | 175 ch à 3 500 tr/min (version tourisme) |
| Puissance course | 240 ch à 4 200 tr/min (voitures d’usine Birkin) |
| Pression suralimentation | 10 PSI dès 40 km/h en 4e — maximum 11 PSI à haut régime |
| Carrosserie majoritaire | Quatre places ouverte Vanden Plas (tourisme) · monoplace légère (course) |
| Production | 55 exemplaires suralimentés + 665 atmosphériques (720 au total, 1927–1931) |
| Présentation publique | British International Motor Show, Olympia, Londres, octobre 1929 |
| Palmarès major | Aucune victoire en épreuve de premier rang · Record Brooklands 222,03 km/h (1932) |

La philosophie d’un fondateur : cylindrée contre suralimentation
Walter Owen Bentley fonde sa marque à Cricklewood, dans le nord de Londres, en 1919, sur un principe qu’il ne remettra jamais en question : pour obtenir davantage de puissance, il faut augmenter la cylindrée du moteur. Cette conviction, exprimée par la formule anglaise « There’s no replacement for displacement », n’est pas un slogan de circonstance. Elle traduit une vision d’ensemble de ce que doit être une voiture de compétition : fiable avant d’être rapide, endurante avant d’être spectaculaire. Les victoires du Mans entre 1924 et 1930, cinq en tout, d’abord avec la 3 litres, puis avec la 4,5 litres atmosphérique et enfin avec la Speed Six 6,5 litres, semblent lui donner raison.
La stratégie de course de Bentley repose sur une logique éprouvée : partir fort pour contraindre les voitures suralimentées des marques continentales, Mercedes, Bugatti, Alfa Romeo, à utiliser leur compresseur en permanence, jusqu’à la casse. Les Speed Six, dotées de leur moteur six cylindres atmosphérique de 6 597 cm³, développant environ 200 chevaux dans leur version d’usine, tiennent la distance quand les rivaux s’épuisent. W.O. Bentley voit dans ce modèle la démonstration parfaite de ses idées.
Tim Birkin, en revanche, regarde les choses autrement. Fils d’une famille aisée de Nottingham, pilote aussi doué qu’impétueux, il est frappé par l’écart de puissance rapporté au poids qui sépare les Bentley des voitures continentales suralimentées. Une Bugatti Type 35B équipée de son compresseur Roots développe autour de 128 chevaux pour environ 750 kilogrammes. La Bentley 4,5 litres atmosphérique de course tourne autour de 130 chevaux pour plus de 1 600 kilogrammes. Le ratio est sans appel. Birkin est convaincu que la suralimentation est la seule réponse possible à cette disparité.
La genèse d’un conflit : Birkin, Villiers et Dorothy Paget
La décision de construire une Bentley suralimentée ne peut pas venir de W.O. lui-même. Birkin doit donc contourner l’obstacle. Il se tourne vers deux personnages qui vont jouer un rôle déterminant dans l’histoire de la Blower.

Le premier est Charles Amherst Villiers, ingénieur britannique né en 1900, formé à Cambridge, dont la carrière s’est déjà distinguée par des contributions remarquables à la technique de suralimentation. Il a notamment conçu le compresseur du Napier-Campbell Blue Bird, avec lequel Malcolm Campbell a établi le record du monde de vitesse terrestre en 1927 à 174,88 mph. Villiers est l’un des rares spécialistes anglais capables de concevoir un compresseur Roots adapté aux exigences du sport automobile de haut niveau. C’est lui qui réalisera l’ensemble du travail de conception du système de suralimentation.
Le second personnage est Dorothy Paget, héritière d’une fortune considérable, passionnée de sport automobile et de courses de chevaux. Sans son financement, le projet Blower n’aurait jamais vu le jour. C’est sous sa bannière que les deux Blower engagées au Mans en 1930 sont officiellement inscrites.
Birkin obtient par ailleurs le soutien de Woolf Barnato, président de Bentley Motors et principal actionnaire de la marque depuis qu’il a évité la faillite à l’entreprise en 1926. Sans ce soutien, impossible de produire les exemplaires d’homologation exigés par le règlement du Mans. En 1930, l’Automobile Club de l’Ouest impose qu’au moins cinquante exemplaires d’un modèle soient produits et vendus pour qu’il soit autorisé à prendre le départ de la course. Bentley livrera finalement cinquante-cinq Blower entre 1929 et 1931, toutes construites dans un atelier de Welwyn Garden City, à l’écart des installations officielles de Cricklewood. W.O. Bentley n’y mettra jamais les pieds avec enthousiasme.

La voiture est présentée publiquement pour la première fois au British International Motor Show d’Olympia, à Londres, en octobre 1929. Dans les semaines précédentes, les premiers essais en compétition ont déjà eu lieu : la première sortie d’une Blower date de juin 1929, et juillet apporte le premier résultat en podium.
To supercharge a Bentley engine was to pervert its design and corrupt its performance. - W.O. Bentley - formule rapportée par plusieurs sources contemporaines et biographiques
L’ingénierie du compresseur Roots : principe et spécificités
Le compresseur Roots tire son nom des frères Philander et Francis Roots, qui le brevetèrent aux États-Unis en 1860 pour ventiler les hauts-fourneaux sidérurgiques. Son principe mécanique est celui d’une pompe à déplacement positif : deux rotors en forme de lobes s’engrènent dans un carter hermétique et déplacent des volumes d’air de l’entrée vers la sortie sans modifier la géométrie interne de la chambre. L’air n’est pas comprimé à l’intérieur des rotors eux-mêmes mais par la résistance qu’il rencontre à la sortie, dans le collecteur d’admission, où se crée la surpression.

L’avantage déterminant pour la compétition est la réponse instantanée. Contrairement à un turbocompresseur, qui utilise l’énergie cinétique des gaz d’échappement et souffre d’un délai de montée en pression proportionnel au régime, le fameux turbo lag, le compresseur Roots est entraîné mécaniquement par le vilebrequin du moteur lui-même. Il fournit de la pression dès les bas régimes, sans latence. Cette caractéristique le rend particulièrement adapté aux conditions de course, où les accélérations sortant de virage lent sont déterminantes.

Amherst Villiers conçoit pour la Bentley un compresseur à double rotor bilobes dont W.O. Bentley avait refusé catégoriquement qu’il soit intégré dans le compartiment moteur. Par conséquent, le compresseur est monté en bout de vilebrequin, entièrement en avant du radiateur, dans un carter en aluminium poli immédiatement reconnaissable. Ce choix d’implantation, contraint par le refus de W.O. de modifier le bloc moteur, crée la silhouette distinctive qui fait la célébrité visuelle de la Blower. La surpression délivrée atteint 10 PSI dès 40 km/h en quatrième rapport et ne dépasse pas 11 PSI aux régimes les plus élevés.

Le moteur 4 cylindres en ligne de 4 398 cm³, avec son alésage de 100 mm et sa course de 140 mm, développait environ 100 chevaux dans sa version routière atmosphérique standard, et autour de 130 chevaux dans sa version course. Avec le compresseur Villiers, la version tourisme de la Blower monte à 175 chevaux à 3 500 tr/min selon les données Bentley Motors. Les quatre voitures de course spéciales construites pour l’équipe Birkin, les « Team Blowers » proprement dites, délivrent 240 chevaux à 4 200 tr/min, soit près du double de la version atmosphérique d’origine.

Pour accepter ces nouvelles contraintes, des modifications substantielles du moteur furent nécessaires. Le vilebrequin, les pistons, les bielles et les tourillons de palier durent être renforcés ou remplacés. Le bloc moteur fut alourdi. Un système de lubrification spécifique fut adopté. C’était bien, comme W.O. Bentley l’avait craint, une refonte partielle et non un simple ajout.
Les limites d’une machine : poids, sous-virage et consommation
La position du compresseur à l’avant du radiateur aggrave considérablement le déport de masse vers le train avant d’un châssis déjà naturellement sous-vireur. La Blower, dont le poids à vide avoisine les 1 625 kilogrammes, exhibe en virages un sous-virage prononcé que les pilotes doivent anticiper et conduire avec méthode. La légèreté de la Bugatti ou de l’Alfa Romeo suralimentées n’est évidemment pas de mise.

La consommation de carburant constitue l’autre limitation majeure pour l’endurance. À pleine charge, avec le compresseur en fonctionnement permanent, contrairement à la Mercedes SSK de Caracciola, sur laquelle le compresseur est embrayable à la demande du pilote, le moteur Blower consomme jusqu’à quatre litres de carburant par minute. Pour une épreuve de vingt-quatre heures, les arrêts ravitaillement répétés que cette consommation impose représentent un handicap structurel considérable face aux voitures atmosphériques plus frugales.

Enfin, la fiabilité s’avère en pratique insuffisante pour les grandes épreuves d’endurance. Les contraintes mécaniques supplémentaires imposées au vilebrequin, aux pistons et aux bielles par la suralimentation génèrent des points de faiblesse que les équipes de l’époque ne savent pas encore maîtriser pleinement. W.O. Bentley notera dans son autobiographie, avec une amertume non dissimulée, avoir déploré la quantité de confiance et de bonne réputation évaporée avec ces voitures dont la fiabilité ne correspondait pas aux standards que la marque avait établis dès ses débuts.
Le Mans 1930 : la course du lièvre et du mercenaire
La huitième édition des 24 Heures du Mans, disputée les 21 et 22 juin 1930 sur le circuit de la Sarthe, réunit dix-sept partants, le plus petit plateau de l’histoire de l’épreuve à cette date. La menace principale pour Bentley est connue de tous avant le départ : la Mercedes-Benz SSK engagée par Rudolf Caracciola et Christian Werner, avec son moteur six cylindres de 7 069 cm³ suralimenté développant environ 300 chevaux. W.O. Bentley sait que la Speed Six, aussi bien préparée soit-elle, ne peut pas battre la Mercedes à jeu ouvert.

Sa stratégie est délibérément sacrificielle. La Blower de Tim Birkin et Jean Chassagne, engagée sous les couleurs de Dorothy Paget, est désignée comme lièvre : son rôle est de coller à la Mercedes à des vitesses excessives, de la forcer à utiliser son compresseur en continu, et de provoquer la surchauffe mécanique. Les Speed Six d’usine de Woolf Barnato et Glen Kidston d’une part, de Frank Clement et Richard Watney d’autre part, rouleront à leur propre rythme, en conservant leurs machines.

La course débute comme prévu. Caracciola s’élance en tête, brise le record du tour dès son deuxième tour avec 6 minutes 52 secondes, puis coupe son compresseur pour économiser la mécanique. Birkin répond immédiatement. Au quatrième tour, il est dans le sillage de la Mercedes à Pontlieue, à 195 km/h, et la dépasse au freinage du virage de Mulsanne. Il signe alors le tour le plus rapide de la course, 6 minutes 48 secondes, soit 144,36 km/h de moyenne, avant que la bande de roulement d’un pneu arrière ne se décolle sur le tour suivant et le contraigne au stand. La roue est changée en trente secondes. Cinq tours plus tard, Birkin est de nouveau dans le sillage de Caracciola. La bande d’un second pneu cède à son tour au passage sur la ligne droite des Hunaudières.

La nuit tombée, après cinq crevaisons distinctes, la Blower Birkin-Chassagne pointe en septième position. Dans la voiture partagée par Dudley Benjafield et Giulio Ramponi, ce dernier, souffrant d’une forte fièvre, est contraint de céder la voiture à Benjafield, qui devra effectuer seul la majeure partie des heures restantes. La pression exercée par les deux Blower sur la Mercedes a néanmoins produit ses effets. À 1 heure 30 du matin, la Mercedes entre aux stands avec ses phares qui clignotent. Un fil de dynamo s’est dessoudé, la batterie est à plat. L’équipe Neubauer tente de démarrer la voiture à la poussée, sans succès. La Mercedes est définitivement hors course après 85 tours.

La Blower Birkin-Chassagne ne survivra pas à la matinée du dimanche. À moins d’une heure de la mi-course, une bielle cède et contraint la voiture à l’abandon après 138 tours. La Blower Benjafield-Ramponi abandonnera peu après sur une panne moteur similaire, après 144 tours complétés. Les deux Speed Six d’usine terminent première et deuxième sans encombre, Barnato et Kidston devançant Clement et Watney. La victoire de Bentley est totale, la cinquième et dernière de la marque au Mans.
In a pre-determined plan, his job was to break the Mercedes by forcing it to over-use the supercharger, its Achilles Heel. - Récit de la stratégie de W.O. Bentley, rapporté par radiolemans.co d'après les sources d'époque
Bugatti et le paradoxe du camion le plus rapide du monde
La réplique d’Ettore Bugatti est, selon les sources les mieux établies, directement liée au Grand Prix de France sur le circuit de Pau en juin 1930. Birkin, au volant d’une Blower monoplace allégée, termine en deuxième position derrière un pilote Bugatti, au milieu d’un plateau dominé par les Type 35. Vexé par la performance de ce mastodonte anglais face à ses créations, Bugatti déclare que la 4,5 litres est bien le camion le plus rapide du monde.
La formule n’est pas injuste sur le plan factuel. La Bugatti Type 35B, avec son moteur huit cylindres en ligne de 2 262 cm³ suralimenté développant entre 120 et 128 chevaux selon les versions et un poids à vide d’environ 750 kilogrammes, présente un ratio puissance/poids structurellement supérieur à celui de la Blower. Sur un circuit sinueux, la différence est manifeste. Bugatti n’avait pas tort.

Mais il se trompait sur ce qui importait. Les 24 Heures du Mans ne sont pas un circuit sinueux. Ce sont huit kilomètres de ligne droite sur la Hunaudières, vingt-quatre heures de régularité mécanique, et une stratégie de course où la vitesse de pointe et la résistance à l’effort comptent autant que l’agilité. Sur ce terrain précis, la Blower Birkin n’avait été reléguée que par ses propres pneumatiques et sa consommation, non par l’insuffisance de sa mécanique. Et Bugatti, en 1930, n’avait jamais gagné Le Mans.
La défaite comme héritage : James Bond et l’icône involontaire
Bentley Motors entre en liquidation judiciaire en novembre 1931, victime de la récession qui suit le krach de Wall Street de 1929. Rolls-Royce rachète la marque en 1931 pour 125 000 livres sterling. W.O. Bentley est maintenu dans l’entreprise à titre consultatif pendant quelques années, avant de rejoindre Lagonda en 1935. La production des 4,5 litres, atmosphériques et suralimentées, s’arrête définitivement la même année, avec 720 exemplaires au compteur, dont 55 Blower.

La Blower n’a jamais remporté la moindre épreuve de premier rang. Ses meilleures performances en compétition se limitent à des records sur le circuit ovale de Brooklands, à Surrey : en 1932, une version monoplace spécialement préparée, pilotée par Birkin lui-même, établit le record absolu du tour sur l’enceinte avec 222,03 km/h, détenu pendant deux ans. C’est là, en définitive, le seul titre sportif de la Blower.
Ce qui a fait sa renommée tient d’abord à la littérature. Ian Fleming, dans son premier roman consacré à James Bond, Casino Royale, publié en 1953, attribue à son personnage une Bentley 4,5 litres suralimentée par Amherst Villiers, gris ardoise, achetée presque neuve en 1933 et entretenue avec un soin jaloux. Bond la conduit également dans Vivre et Laisser Mourir et dans Moonraker, où elle finit détruite lors d’une course-poursuite avec l’antagoniste Drax. Fleming, ami personnel d’Amherst Villiers, le portrait de ce dernier figure au National Portrait Gallery de Londres, connaissait précisément la machine qu’il décrivait. Son choix n’est pas anodin : il reflète exactement ce que la Blower incarnait dans l’imaginaire britannique de l’époque, à la frontière entre la brutalité mécanique et l’élégance aristocratique.
La question de la valeur marchande des Blower originales ne peut être tranchée avec précision, les transactions portant sur ces véhicules étant généralement conduites en privé. Bentley Motors désigne elle-même ses quatre voitures de course Team Blower comme les Bentley les plus précieuses au monde, sans chiffre officiel. Les rares passages en vente publique de Blower en configuration d’origine confirment que ces voitures se traitent désormais dans une fourchette de plusieurs dizaines de millions de livres sterling.
La Continuation Series : douze nouvelles Blower pour le XXIe siècle
En septembre 2019, lors du Salon Privé Concours d’Elegance, Bentley Motors annonce un projet sans précédent dans l’histoire du sport automobile d’avant-guerre : la fabrication de douze nouvelles Blower, construites à l’identique des voitures d’usine de Birkin, selon les plans d’époque et les gabarits de fabrication originaux. Chaque voiture sera individuellement assemblée à la main par la division Mulliner de l’usine de Crewe. Le projet constitue la première continuation series au monde portant sur une voiture de course antérieure à la Seconde Guerre mondiale.

Le point de départ est la Team Car numéro 2, châssis HB 3403, moteur SM 3902, immatriculée UU 5872, propriété de Bentley Motors. Cette voiture est entièrement démontée pièce par pièce, et chacune de ses 1 846 composants est numérisée par scanner laser tridimensionnel afin d’obtenir un modèle CAO précis. Ces données sont ensuite croisées avec les plans de fabrication des années 1920, ceux qui avaient servi à construire les originales. Le prototype, baptisé Car Zero, absorbe quarante mille heures de travail avant d’être livré en décembre 2020.

Le moteur 4,5 litres est entièrement reconstruit par les équipes de Bentley Mulliner, avec le concours de spécialistes extérieurs dont NDR Ltd. à Watford. Il conserve les solutions techniques pionnières de W.O. Bentley, pistons en aluminium, arbre à cames en tête, quatre soupapes par cylindre, double allumage, et reçoit un nouveau compresseur Amherst Villiers Roots fabriqué à l’identique. L’ensemble délivre environ 240 chevaux. Les tests de rodage sont conduits sur les bancs d’essai de Crewe qui, détail symbolique, avaient servi en 1938 à la mise au point des moteurs Rolls-Royce Merlin équipant les Spitfire de la Royal Air Force.
Les douze voitures clients, numérotées de 1 à 12, en référence au nombre d’épreuves auxquelles les Team Blowers originales ont participé, sont assemblées entre 2021 et 2023, toutes pré-vendues à environ 1,5 million de livres sterling pièce. Car Zero, le prototype, a depuis effectué un test d’endurance de six heures sur le circuit de Goodwood avant de participer au Le Mans Classic 2023, devenant ainsi le premier Bentley engagé dans une course au Mans depuis la victoire de la Speed 8 en 2003. Il est désormais conservé dans la collection patrimoine de Bentley Motors en tant que voiture de course opérationnelle.
La victoire du vaincu
Walter Owen Bentley vécut jusqu’en 1971. Il eut donc tout le loisir de mesurer, décennie après décennie, le paradoxe de son héritage. La marque qu’il avait fondée avait été rachetée par son rival le plus prestigieux. Les voitures qu’il avait construites et aimées, les Speed Six, les 3 litres, les 4,5 litres atmosphériques, avaient quitté les circuits et s’étaient réfugiées dans les musées et les collections privées. Mais la voiture qu’il avait refusé de construire, tolérée à contrecœur, exclue mentalement de son œuvre, était devenue le symbole de toute une époque.
Aucune voiture de course britannique d’avant-guerre ne bénéficie d’une notoriété comparable à la Blower. Aucune n’a été choisie par un romancier aussi lu que Fleming pour incarner le goût de son personnage. Aucune ne justifie, un siècle après sa conception, un investissement de quarante mille heures de travail artisanal pour en reconstruire douze exemplaires supplémentaires, tous vendus avant même leur achèvement.
En sport automobile comme en bien d’autres domaines, ce ne sont pas toujours les vainqueurs qui définissent une époque. Parfois, ce sont ceux qui ont poussé les limites au-delà du raisonnable, qui ont perdu de façon spectaculaire, et qui ont rendu la course mémorable pour tous les autres. Tim Birkin, deux pneus crevés sur la Hunaudières dans la nuit de juin 1930, est de ceux-là. W.O. Bentley, qui avait eu raison sur tout ce qui concernait l’ingénierie, avait eu tort sur l’essentiel : ce n’est pas la voiture la plus rationnelle que l’histoire retient.

Egalement disponibles sur Sportauto-Heritage.fr, les chroniques du sport automobile au XXème siècle
-
Compresseur volumétrique : trois approches (1927-1934)
Avant que les turbines à gaz d’échappement ne s’imposent comme la solution universelle, trois décennies de sport automobile de haut niveau reposèrent sur un principe radicalement différent : comprimer mécaniquement l’air admis dans les cylindres, au prix d’une fraction de la puissance produite, pour en tirer un gain net qui changea la physionomie des courses.…
-
Scuderia Ferrari (1929-2026) : l’écurie qui refusa de disparaître
De toutes les institutions du sport automobile du vingtième siècle, la Scuderia Ferrari est la seule à avoir traversé sans interruption neuf décennies de ruptures techniques, de crises financières, de deuils et de révolutions réglementaires, en restant à chaque fois sur la grille de départ. Palmarès en bref La Scuderia Ferrari a remporté 16 titres…
-
Chronologie Jochen Rindt (1942-1970)
Chronologie Jochen Rindt a couru en Formule 1 de 1964 à 1970, sous les couleurs de Cooper, Brabham, puis Lotus et y a remporté six victoires en plus de 60 départs. Il est mort le 5 septembre 1970 lors des essais du Grand Prix d’Italie à Monza, à 28 ans, au moment où le titre…
VOITURES ICONIQUES · BENTLEY · LE MANS | Sportauto-Heritage.fr
SOURCES
- Bentley Motors Newsroom (bentleymedia.com) : fiches Heritage Collection « 1930 Demonstrator Blower GH 6951 », « Blower Continuation Series Car Zero » et « 2020 Blower Continuation Series ». Données techniques officielles, chiffres de puissance, historique de la Continuation Series.
- Wikipedia (EN) : articles « Bentley 4½ Litre », « 1930 24 Hours of Le Mans », « Amherst Villiers », « Tim Birkin ». Données factuelles recoupées avec les sources primaires.
- Wikipedia (FR) : articles « Bentley 4½ Litre », « 24 Heures du Mans 1930 ». Données de classement et meilleur tour de course (6 min 48 s, 144,36 km/h).
- Simeone Foundation Automotive Museum, fiche de collection « 1931 Bentley 4.5 Litre Supercharged Tourer ». Données de suralimentation (10–11 PSI), référence à la citation Ian Fleming / Casino Royale.
- National Motor Museum, Beaulieu : fiche de collection « Bentley 4.5 Litre Supercharged ». Production (50 exemplaires de route) et biographie de Birkin.
- radiolemans.co : « 1930 — Charles Dressings History of Le Mans ». Récit détaillé de la course 1930, stratégie du lièvre, retraite de la Mercedes sur panne de dynamo.
- experiencelemans.com : résultats officiels complets du Mans 1930 (tours complétés, cause d’abandon de chaque voiture).
- Autocar (autocar.co.uk) : « How Bentley is recreating its legendary 4.5-litre Blower » — détails du projet de continuation, rôle de Glyn Davies (Mulliner) et du scanner laser.
- GoodwoodRoad&Racing (goodwood.com) : « How Bentley is building 12 new Blowers » — premières étapes d’assemblage et bancs d’essai Crewe (Merlin 1938).
- Bentley Motors press release (motor1.com/slashgear), septembre 2019 : annonce officielle de la Continuation Series au Salon Privé.
- jamesbondlifestyle.com : fiche « Bentley 4.5 Litre Supercharged by Amherst Villiers ». Romans Fleming dans lesquels Bond conduit la Blower (Casino Royale, Live and Let Die, Moonraker).
- 24h-lemans.com : « 1924–1930, les Bentley Boys, pilotes et aventuriers des 24 Heures du Mans ». Contexte biographique des pilotes et palmarès official ACO.
- conceptcarz.com : fiche technique complète Bentley 4½ Litre Supercharged. Puissance 175 ch à 3 500 tr/min (route) et 240 ch à 4 200 tr/min (course).
Retrouvez nous sur Instagram, abonnez vous, c’est gratuit !
Sportauto-Heritage.fr · Chroniques du sport automobile au XXe siècle



