Bentley
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Bentley dans les compétitions au XXème Siècle
Un panorama complet, depuis la naissance de la marque et l’ascension des “Bentley Boys,” jusqu’aux voitures phares qui ont forgé sa réputation dans le sport automobile.
Lorsque l’on aborde l’histoire de Bentley, on découvre rapidement à quel point la marque s’est forgée une identité singulière dans le domaine sportif, tout en conservant une aura de luxe et d’élégance.
Fondée en 1919 par Walter Owen Bentley, l’entreprise a bâti sa renommée sur des moteurs robustes, des châssis bien conçus et, surtout, des victoires aux 24 Heures du Mans dans les années 1920. À cette époque, la firme est intimement
liée à un groupe d’hommes surnommés les “Bentley Boys,” lesquels vont non seulement propulser la marque au sommet de la course d’endurance, mais aussi influencer l’image Bentley pour les décennies suivantes.
Dans cet article, je souhaite retracer le cheminement de Bentley en compétition, en abordant ses modèles les plus marquants, afin de saisir la dynamique qui a fait de Bentley un acteur important dans les sports mécaniques, malgré un
parcours ponctué d’épreuves économiques et de changements stratégiques.
Les origines de Bentley et l’esprit compétitif de W. O. Bentley
La naissance en 1919
Walter Owen Bentley, que l’on appelle souvent “W. O.,” fonde Bentley Motors Limited en 1919. Avant cela, il s’était fait connaître en important et en perfectionnant des moteurs rotatifs pour l’aviation pendant la Première Guerre mondiale.
Ses premiers travaux lui inspirent un mantra : “concevoir un moteur robuste, coupleux et fiable.” Dès la fin du conflit, W. O. Bentley décide d’appliquer ces idées à l’automobile de route, avec une volonté sous-jacente de s’illustrer
en compétition. Lorsqu’il lance sa première voiture, la Bentley 3 Litre, c’est déjà dans l’optique de la tester sur les circuits et les routes exigeantes des épreuves d’endurance, car Bentley considère la course comme le meilleur
moyen de prouver la qualité et l’endurance d’une mécanique.
L’émergence des Bentley Boys
Au début des années 1920, Bentley attire l’attention d’un groupe de jeunes hommes, fortunés et passionnés de vitesse, qui forment un cercle que la presse baptise rapidement “the Bentley Boys.” Ces hommes, comme Woolf Barnato, Tim Birkin,
Glen Kidston ou John Duff, sont non seulement pilotes, mais aussi des figures mondaines, adeptes des fêtes et d’un certain style de vie extravagant. Pourtant, sous leurs apparences insouciantes, ils prennent la course très au sérieux :
ils investissent leur temps et leur argent pour peaufiner les Bentley, multiplient les essais, et s’alignent au départ des 24 Heures du Mans. Les Bentley Boys incarnent l’esprit “British” à la fois chic et intrépide, propulsant la
marque dans la sphère médiatique et aidant W. O. Bentley à financer et développer de nouvelles versions plus puissantes.
On associe souvent aux Bentley Boys une image de playboys amateurs de champagne, mais, sur la piste, ils s’avèrent redoutables grâce à leur ténacité et une excellente préparation. Leur premier coup d’éclat se produit en 1923, lorsque
John Duff et Frank Clement signent un surprenant 4e rang au Mans, malgré un budget limité. Cet essai encourage Bentley à revenir plus formellement l’année suivante. De là, naît une série de victoires qui va sceller la légende Bentley
dans les années 1920.
Les années 1920 : la conquête du Mans et la montée en cylindrée
Bentley 3 Litre (1919-1929)
Le premier modèle produit par Bentley Motors, le 3 Litre, voit le jour à la fin de l’année 1919, et sa commercialisation s’étend jusqu’en 1929, avec plusieurs évolutions. Il adopte un moteur quatre cylindres en ligne, à soupapes en tête, d’une cylindrée de 2 996 cm³. Grâce à un châssis plutôt rigide et un couple appréciable, la 3 Litre s’impose rapidement dans les compétitions d’endurance. C’est cette voiture qui, en 1923, offre à Bentley un honorable 4e rang au Mans.
En 1924, Bentley remporte pour la première fois les 24 Heures du Mans, avec John Duff et Frank Clement à bord d’une 3 Litre “modifiée.” Cet exploit inaugure l’ère des victoires Bentley sur le circuit de la Sarthe et accroît la renommée
de la marque. S’appuyant sur ce succès, W. O. Bentley décide d’augmenter la puissance et la cylindrée pour rivaliser plus efficacement en course.
Bentley 3L
La Bentley 3 Litre, produite de 1921 à 1929, était équipée d’un moteur quatre cylindres de 3 litres avec double arbre à cames en tête, délivrant 70 chevaux dans sa version de base et jusqu’à 100 chevaux dans le modèle Super Sports.
La version Speed Model pouvait atteindre 145 km/h, et le modèle Super Sports, produit à seulement 18 exemplaires, pouvait dépasser 160 km/h.
Bentley 3L SUPERSPORTS
La Bentley Supersports de 1923 est une version haute performance de la Bentley 3 Litre. Ce modèle est rapidement devenu légendaire pour être l’une des premières voitures de série à franchir la barre des 100 mph (environ 160 km/h).
Équipée d’un moteur quatre cylindres en ligne de 3 litres, modifié pour délivrer une puissance d’environ 85 chevaux, la Supersports a été spécialement développée pour offrir des performances supérieures. Bentley a conçu ce modèle
en réponse aux courses d’endurance comme les 24 Heures du Mans, bien que la Supersports n’ait pas remporté cette course.
Seulement 18 exemplaires de la Bentley Supersports ont été produits. La plupart de ces voitures étaient des roadsters deux places, dotées de caractéristiques comme les freins sur les quatre roues, une innovation à l’époque.
Bentley 4½ Litre (1927-1931)
W. O. Bentley, estimant que “there is no replacement for displacement,” conçoit une version plus musclée : la Bentley 4½ Litre, avec un moteur quatre cylindres porté à 4,4 litres.
Produite en 720 exemplaires environ, cette voiture devient un symbole de robustesse et de couple. Les Bentley Boys, notamment Tim Birkin, exploitent la 4½ Litre au Mans.
Bien que la 4½ Litre ne gagne qu’en 1928 (avec Woolf Barnato et Bernard Rubin), elle s’illustre dans beaucoup d’autres épreuves. Tim Birkin, personnage flamboyant, poussera l’idée plus loin encore avec la fameuse “Blower Bentley” (4½ Litre
suralimentée).
Bien que la version “Blower” n’ait jamais remporté Le Mans, elle incarne la démesure de la course dans les années 1920, et Birkin la rendra légendaire par ses exploits, notamment un duel mémorable contre la Mercedes de Caracciola lors
de la course Brooklands Double Twelve.
Bentley 4.5L
La Bentley 4.5L « Le Mans Bobtail » de 1929 est l’une des voitures les plus emblématiques de Bentley, notamment pour ses performances aux 24 Heures du Mans. Conçue spécifiquement pour la compétition, elle était équipée d’un moteur quatre
cylindres en ligne de 4 398 cm³, développant environ 150 chevaux. Ce modèle a été conçu avec une attention particulière aux modifications de carrosserie, notamment l’arrière court et arrondi qui lui a valu le surnom de « Bobtail ».
Lors des 24 Heures du Mans 1929, cette Bentley a terminé en 3e position, un exploit considérable face à une concurrence féroce. Elle a également participé à plusieurs autres courses prestigieuses, dont la Double Twelve de Brooklands.
Seulement quelques exemplaires de cette version ont été produits.
Bentley 4.5L BLOWER
Née contre la volonté de son créateur, construite avec l’argent d’une héritière passionnée de courses hippiques, la Bentley Blower n’a jamais remporté la moindre épreuve majeure. Elle demeure pourtant, près d’un siècle plus tard, la Bentley de compétition d’avant-guerre la plus célèbre et la plus admirée au monde.
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Bentley 6½ Litre et Speed Six (1926-1930)
W. O. Bentley ne s’arrête pas au 4,5 litres. Il développe un six cylindres en ligne de 6,6 litres (6½ Litre), décliné ensuite en version “Speed Six,” plus puissante, dès 1928-1929.
Ces Bentley plus imposantes affichent de meilleures reprises et une vitesse de pointe supérieure, grâce à un couple important. La Speed Six, en particulier, brille au Mans en 1929 et 1930, avec Woolf Barnato associé respectivement
à Tim Birkin, puis à Glen Kidston. Ces deux victoires assoient Bentley au sommet de l’endurance, Ferrari et Alfa Romeo n’étant pas encore dominantes sur la scène internationale. C’est la Speed Six qui symbolise le plus la “Bentley
victorienne,” offrant un luxe non négligeable pour l’époque, allié à un potentiel redoutable en ligne droite.
En 1930, la Speed Six pilotée par Barnato et Kidston boucle le Mans à plus de 125 km/h de moyenne, confortant le prestige de la marque. On raconte que Barnato, un héritier de fortune, s’engageait autant pour l’honneur que pour l’amour
de la vitesse. Son investissement aide la firme à développer constamment ses châssis et moteurs, mais la situation financière devient toutefois délicate, car W. O. Bentley investit massivement dans la compétition, au détriment de
la rentabilité de l’entreprise.
Bentley 8 Litre (1930-1932) : l’ultime chef-d’œuvre d’avant-crise
En 1930, Bentley présente la 8 Litre, un majestueux six cylindres en ligne de 7 983 cm³. C’est la plus grande Bentley d’avant-guerre, pensée comme un compromis entre la performance et le confort. W. O. Bentley clame que la 8 Litre
est capable de rouler à 160 km/h (100 mph) en carrosserie berline, ce qui reste impressionnant pour un véhicule de près de deux tonnes.
Cependant, sa commercialisation coïncide avec la Grande Dépression, et l’entreprise, déjà fragilisée par les investissements en course, ne peut en faire un succès.
Rolls-Royce rachète Bentley en 1931. Cette absorption met fin à la période glorieuse des “Bentley Boys” et scelle une parenthèse où la marque, née à peine 10 ans plus tôt, avait décroché pas moins de cinq victoires au Mans (1924, 1927,
1928, 1929, 1930).
Le rachat par Rolls-Royce et la mise en sommeil sportif (années 1930-1940)
Après le rachat par Rolls-Royce en 1931, Bentley se retrouve cantonnée à la production de modèles dérivés des châssis Rolls, rebadgés Bentley, et perd son identité sportive. W. O. Bentley quitte la firme en 1935.
Rolls-Royce cherche à positionner Bentley comme un “petit Rolls” plus dynamique, mais s’oppose à une participation officielle en course. Ainsi, pendant les années 1930-1940, la flamme sportive s’éteint.
Durant cette période, la marque produit des Bentley “Derby” (3½ Litre, 4¼ Litre, Mark V) et, après-guerre, la Mark VI, toutes plus orientées vers le luxe que vers la performance pure.
Cette latence sportive perdure jusqu’à la fin des années 1940 et 1950, quand quelques écuries privées utilisent des Bentley sur des rallyes, mais la firme ne renoue pas avec l’endurance.
Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle, et surtout les années 2000, pour voir un réel retour.
L’embellie ponctuelle : les Continental et la renaissance progressive
Les modèles post-guerre et la Continental
Dans les années 1950, Bentley sort la R-Type Continental (1952-1955), un coupé rapide, plus léger que les berlines Rolls-Royce. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un engagement en course, la R-Type Continental s’inscrit dans un esprit “grand
tourisme,” apte à rouler à vitesse élevée sur de longues distances. Après la S1, S2 et S3 Continental, la marque continue sous la tutelle de Rolls-Royce, restant concentrée sur le confort. Les souvenirs des victoires au Mans s’estompent,
la marque mise davantage sur l’élégance que sur la piste. Sur le plan des épreuves, le public associe plus ces Bentley à des rallyes de régularité historiques qu’à l’endurance.
Absence notoire en compétition officielle
Pendant plusieurs décennies, Bentley ne revient pas en endurance. Les amateurs de la marque se rabattent sur des sorties historiques, des rallyes de collectionneurs (Bentley Drivers Club, etc.), où l’on revoit les 3 Litre, 4½ Litre
ou Speed Six.
La légende des Bentley Boys demeure vivace dans l’imaginaire, attachant l’entreprise à la notion d’“impossible n’est pas Bentley,” mais Rolls-Royce bride les velléités sportives au bénéfice d’un positionnement “high-luxury.”
Les Bentley Boys, une image indissociable de la marque
Il est impossible de parler de Bentley en compétition sans évoquer plus avant les “Bentley Boys.” Ce surnom s’applique, dans les années 1920, à une poignée d’aristocrates, d’entrepreneurs, de playboys (selon la presse), qui investissent
leur fortune et leur enthousiasme dans les voitures de W. O. Bentley. Parmi eux, on retrouve :
- Woolf Barnato : héritier de diamants sud-africains, multiple vainqueur au Mans (1928, 1929, 1930).
- Sir Henry “Tim” Birkin : excentrique, promoteur de la Blower Bentley suralimentée, engagée à Brooklands et au Mans.
- Glen Kidston : officier de la Royal Navy, passionné d’aviation et de vitesse, vainqueur à deux reprises (1929, 1930).
- Dudley Benjafield : pilote et médecin de profession, contribue au triomphe de 1927.
Leur style de vie, fait de soirées mondaines, de voyages, de bravades, tranche avec l’image plus “ingénieur” d’autres écuries. Mais c’est cette alliance de glamour et de détermination sportive qui catapulte la marque Bentley dans le
cœur du public.
Les Bentley Boys illustrent la philosophie “Win on Sunday, party on Monday,” participant à l’essor de la réputation Bentley. D’un point de vue marketing, leur popularité nourrit la légende.
Dans la foulée, Bentley profite de ce rayonnement pour promouvoir ses modèles routiers comme étant des “vraies sportives de gentlemen,” franchissant ainsi la barrière du luxe pour séduire les passionnés de vitesse.
Même après les années 1930, la figure des Bentley Boys demeure un repère culturel.
À chaque fois que Bentley renoue avec la compétition (comme en 2003 avec la Speed 8), les médias rappellent la mémoire de Birkin, Barnato et consorts, comme s’ils étaient éternellement l’âme sportive de la marque.
Le grand retour au Mans au début des années 2000 : la Speed 8
En 1998, le groupe Volkswagen rachète Rolls-Royce & Bentley. Rolls-Royce est cédé à BMW, tandis que Volkswagen conserve Bentley. Cet événement marque une opportunité pour Bentley de retrouver un caractère plus dynamique et, notamment,
de revenir en compétition. À l’aube du XXIe siècle, la marque entreprend de préparer un prototype pour les 24 Heures du Mans, renouant ainsi avec ses exploits des années 1920.
Bentley EXP Speed 8 (2001-2003)
La Bentley EXP Speed 8 naît du soutien de Volkswagen, désireux de promouvoir la légendaire marque anglaise sur la scène la plus mythique de l’endurance. Les ingénieurs s’appuient sur l’expérience du groupe (dont Audi, alors victorieux
au Mans) et conçoivent un prototype LMP900 muni d’un moteur V8 biturbo d’environ 4,0 litres. Les premières apparitions ont lieu en 2001, sous le nom “EXP Speed 8,” signant un retour symbolique sur le circuit de la Sarthe, 71 ans
après la dernière victoire Bentley. En 2002, la voiture progresse, se classe sur le podium (3e place). En 2003, la Bentley Speed 8, pilotée par des équipages comme Tom Kristensen, Guy Smith, Rinaldo Capello, décroche la victoire
au général, offrant à Bentley sa 6e victoire au Mans, un exploit historique, puisqu’il s’agit d’un retour gagnant après sept décennies d’absence.
Les observateurs notent la parenté technique avec Audi (le moteur V8 dérive de l’Audi R8), mais la démarche reste cohérente : raviver la flamme Bentley en exploitant les synergies du groupe Volkswagen. Cette victoire de 2003 referme
un cycle symbolique pour la marque : le chevalier au cimeterre, marquant les années 1920, cède la place à une ère moderne, toute aussi victorieuse.
Crédit Photos :
Hphoto.fr – Photographe automobile, spécialisé dans les compétitions historiques et d’endurance, basé en France dans les Yvelines.
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